XIII MARS
Le treizième jour de mars de l'an 1605, mourut eu odeur de sainteté, au collège de Naples, le F. Goadjuteur Ange Mattei, depuis longtemps célèbre à Rome par ses rares connaissances en médecine et en pharmacie. 11 était entré à quarante ans au noviciat de Saint-André. Donné par saint François de Borgia au collège de Naples, il y remplit durant plus de trente ans l'office d'infirmier, voyant et servant Jésus-Christ dans la personne de ses frères avec autant de foi que d'humilité. Le zèle de son emploi lui avait fait créer un double jardin botanique, rempli des plus précieuses plantes des Indes que lui envoyaient les missionaires ; et nombre des plus savants hommes de l'Italie, ou même des pays étrangers, le consultaient fréquemment par lettres sur les vertus des plantes médicinales. Mais toutes les amorces de la vanité humaine le trouvaient insensible, grâce à sa perpétuelle union d'esprit et de cœur avec Dieu.
Parvenu h l'âge d'environ soixante-quinze ans, le F. Mattei tomba sans aucun signe de maladie dans un épuisement absolu. Réduit à ne pouvoir plus bouger, il trouvait une très douce consolation dans la prière. Le P. Jules Mancinelli, qui habitait alors le même collège, venait souvent le visiter pour jouir de sa conversation A. I. ï. i. /,1. 321
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toute sainte ; c'est lui qui administra au pieux malade le saint viatique. Au moment où il se tournait vers lui avec le corps de Notre- Seigneur, il le vit tout environné d'esprits célestes, qui unissaient leurs adorations aux siennes. Enfin, lorsque le F. Ange Mattei eut rendu le dernier soupir, le même P. Mancinelli fut aussitôt divinement instruit de sa gloire, et rencontrant peu d'heures après le P. Antoine Beatillo dans les rues de Naples, il lui dit par une gracieuse allusion au nom de baptême du bon Frère : « J'ai vu tout à l'heure le saint Ange monter au ciel, aussi brillant que le soleil au milieu du firmament »!
Santagata, Istoria délia Provinc. di Napoli, t. 3, p. 182. — Cellesi, Vita del P. Giulio Mancinelli, p. 542.
Le treizième jour de mars de l'an 1608, mourut au noviciat de Novellara un autre Frère coadjuteur, à la vertu duquel le démon luimême parut contraint par Notre-Seigneur de rendre un solennel hommage. Le F. Faustin Salodiano, âgé de quarante-trois ans, remplissait depuis vingt-trois ans l'office de sacristain à Novellara, ne songeant qu'à observer toutes ses règles, pour l'amour de Dieu, et à recevoir tout de sa main. Or, durant ses funérailles, une pauvre possédée, brisant tout à coup les cordes dont elle était étroitement liée, courut en fureur à l'église et se mit à crier d'une voix lamentable : « Oh ! misérable petit bonhomme qui ne savais manier qu'un balai, et qui occupes maintenant le trône d'où j'ai été précipité » !