XII MARS
Le douzième jour de mars de l'an 1587, mourut à Rome le P. Michel Loretano qui partage avec notre Bienheureux Père Ignace et le Souverain Pontife Grégoire XIII, le beau nom de père du collège Germanique ; il en fut le véritable organisateur durant les quatorze dernières années de sa vie. Issu d'une famille illyrienne, mais né dans la petite ville de Recanati, il avait passé toute sa jeunesse à l'ombre de la sainte chapelle de Lorette, et faisait partie des chœurs de jeunes enfants qui, chaque jour, y chantaient les louanges de la bienheureuse Mère de Dieu. Ce fut là qu'il voulut dès lors, en l'honneur de Notre-Dame, échang<M" son nom de famille en celui de Loretano, et conçut en même te mps cet ardent amour de toute sa vie pour le respect et la beauté du culte divin. Ce fut là aussi qu'il connut nos premiers Pères, et que ravi de leur sainteté, il entra lui-même en 1556 dans la Compagnie. Après les épreuves ordinaires du noviciat, de l'enseignement et des études, où ses compagnons le regardèrent toujours comme un homme véritablement intérieur, également mort au monde et à lui-même, il fut appliqué au gouvernement, d'abord du collège de Bologne puis de celui des Germaniques.
Le bel ordre qu'il établit dans cette maison, et les constitutions
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qu'il lui donna, solennellement approuvées et promulguées par une bulle de Grégoire XIII, sont un magnifique monument de la prudence naturelle et surnaturelle de ce saint homme. Rien ne lui échappait de ce qui pouvait contribuer à préparer d'utiles apôtres à l'Allemagne. Tout autre soin lui était étranger. Non content d'en faire son occupation de tout le jour, il consacrait encore plusieurs heures de la nuit, parfois même les nuits entières, à réfléchir et à prier. Pour inspirer à ses élèves le zèle de la maison de Dieu, jusque dans les plus petits détails, on le voyait, à l'approche des fêtes, laver et balayer lui-même le pavé de l'église, frotter les chandeliers, orner les autels et les images des saints. Rien ne semblait lui coûter de ce qui pouvait rehausser la splendeur et la majesté du culte divin. Comme un Père Visiteur trouvait ses dépenses exagérées et lui demandait de les réduire, le P. Loretano porta l'affaire au P. Mercurian, Général de la Compagnie, et fit si bien valoir ses raisons, qu'il eut gain de cause et put continuer ses pieuses prodigalités. Ces jeunes gens apprenaient ainsi à ne se permettre plus tard aucune négligence, en présence des hérétiques de leur pays. Pour les aguerrir à l'avance contre les persécutions, il fit retracer sous leurs yeux les tourments et les victoires des martyrs, entre autres dans les célèbres peintures de Saint-Etienne-le-Rond. Mais rien ne servait plus à les animer ou à fortifier leur vertu, que les exhortations du saint Recteur. Pour les rendre plus efiicaces, le P. Loretano s'y préparait immédiatement par l'oraison, la pénitence et la confession, afin qu'il n'y eût rien en son âme qui pût mettre obstacle à la lumière et aux grâces du Saint-Esprit.
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Sacciunus, Histor. Soc. ^part. 5a, lib. 7, n. 9 seqq., p. 313. — Litt. Ann. Soc, ann. 1587, p. 12. — Patrignani, Menol., 12 marzo, p. 84. — Nadasi, Ann. dier. mentor.., 12» niart., p. 135. — Rho, Varias virtut. Histor., p. 548. — Gbegor. XIII, Bullar. Roman, constitut. 160a, édit. Turin, t. 7, p, 447, année 1584.
* Le douzième jour de mars de l'an 1632, mourut dans la maison professe de Ronte le P. Alexandre Gottifredi, neuvième Général de la Compagnie, moins de deux mois après son élection. Dans les charges importantes qu'il avait précédemment remplies, tour à tour professeur de théologie, Recteur du Séminaire Romain, Secrétaire du P. Mutins Vitelleschi, Visiteur des Provinces de Naples et des Flandres, et enfin Provincial de Rome, il s'était toujours distingué par une rare prudence, un zèle ardent pour le maintien de la discipline religieuse, une force d'àme invincible au milieu des épreuves et des contradictions. On n'admirait pas moins sa profonde humilité, son oubli de lui-même et de ses aises, son amour de l'oraison qu'il prolongeait souvent jusqu'à cinq heures de suite aux pieds de Notre-Seigneur.
11 fut montré plutôt que donné à la Compagnie dans la charge de Général. Ses deux prédécesseurs, le Vén. P. Vincent Caraffa et François Piccolomini, n'avaient eu eux-mêmes qu'un gouvernement très court. Depuis sept ans, c'était la troisième fois que la Congrégation générale se réunissait pour l'élection de notre premier Supérieur. Les sufl'rages venaient à peine de se réunir sur son nom, que le P. Alexandre Gottifredi tomba malade. A la pensée de tant de fatigues, de dangers, de difficultés de toute sorte qui accompagnaient d'ordinaire le voyage des électeurs obligés de venir à Ro-
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me des pays les plus éloignés, l'humble religieux conjura Notre- Seigneur, si c'était sa volonté, de le retirer de ce monde, avant que la Congrégation se séparât, afin qu'elle pût lui nommer un successeur, sans avoir besoin de se réunir de nouveau. Cette touchante prière fut exaucée ; le P. Gottifredi expira doucement au milieu de ses frères, heureux de donner sa vie par charité. Il était dans la cinquante-septième année de son âge et la quarantedeuxième depuis son entrée dans la Compagnie.
Litter. P. GoswiNi Nickel ad Provint-. Cf. Litter. Ann. Soc.., ann. 1652, p. 6. — Patrign.\ni, Menolog. , 12 marzo, p. 89. — Nadasi, Ann. dier. memor., 12a ntart., p. 137. — Drews, Fasti. . ., 12a mart.., p. 96. — So- TUELLus, Biblioth. . p. 21. — Sommervogel, Biblioth., t. 3, p. 1623. — Guidée, Ménologe, 12 mars, p. 91.