‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 13 sur 331 · VII JANVIER · texte numérisé non relu

VII JANVIER

Le septième jour de janvier de l'an 1647, mourut à Palerme le P. AlphonsI'; (iMn'ANO, du plus noble sang de la Sicile, mais selon la résolution <(u'il avait prise en quittant le monde, entièrement sourd, aveug-le et muet à toutes les choses de la terre. Il observait à la lettic cette triple résolution ; il refusait les plus innocentes jouissances à ses oreilles et à ses yeux, et ne voulait rien savoir qui n'eût pour objet le service et la gloire de Notre-Seigneur. Son accueil néanmoins était si aimable, ([ue parmi les Nôtres et les étrangers, tous ceux, assurait-on, qui voulaient devenir des saints, s'adressaient à lui. Quand on voyait dans une communauté quelques jeunes religieux d'une vertu plus qu'ordinaire : « Voilà sans doute, disait-on, des juyénistes ou des novices du P. Gaetano ». Sa prudence toute surnaturelle était si frappante que le Vén. P. Louis La Nuza passait pour ne rien entreprendre sans en avoir conféré d'avance avec lui.

Cet admirable serviteur de Dieu avait écrit en gros caractères, dans l'intérieur <le sa cellule la belle inscription, trouvée peu d'années auparavant, dans la grotte et près du corps de sainte Rosalie : « Ego Rosatia aniore Doniini nici Jesu Christi, in hoc antro hahitare decrevi; moi Rosalie, pour l'amour de Jésus-dhrist mon Sei-

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gneur, j'ai résolu de me fixer dans cet antre. » Il n'en sortait jamais pour prendre l'air el se réeréer ; dans les [)lus brûlantes chaleurs des étés de Palerme, il n'en ouvrait pas même la porte ou la fenêtre, et demeurait seul en oraison une grande partie des jours et des nuits. Néanmoins, il endurait de violentes et continuelles douleurs de tête ; mais ne croyant pouvoir jamais trop souffrir, il se gardait bien de les trahir par un signe ou un mot. Cet amour de la croix et de la retraite n'empêchait pas le P. Gaetano de travailler très efficacement, par lui-même et par les autres, au salut d'un grand nombre d'Ames. (îe fut par ses conseils que le Y. P. La Nuza entreprit en Sicile l'apostolat des Bohémiens. La (Congrégation des pauvres mendiants fut également son ouvrage ; il la dirigeait en môme temps que la Clongrégalion des nobles. Elle se composait d'environ deux cents malheureux, ((ni venaient recevoir de lui, luw fois chaque semaine, l'aumône corporelle et spirituelle. Pour ne pas laisser mourir après lui une instilnlion si salutaire et si sainte, il parvint, non sans peine, à fonder une rente perpétuelle pour la distribution des aumônes ; et nous apprenons du P. Aguilera, que cette belle œuvre de miséricorde était encore dans toute sa fleur un siècle plus tard.

Aguileka^, Histor. Proviiiv. Sivul., t. 2, p. 483, seqq. — Sotuellus, Biblioth. Script. Soc. Jesu, p. 35. — dk B\ckeh, Bibliolh. des Ecrivains. .. , édit. SOMMERVOGEL, iii-fol.. t. I, p. 1995.

* Le septième jour de janvier de l'an 4733, mourut à Home le P. Germanicus Gigi.i, prodige inouï de mortillcation et de sainte^ A. I. — l. I. — 6.

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haine de lui-même. Longtemps retenu par les oppositions de sa famille, qui occupait à Sienne un rang- considérable, il n'avait pu revêtir les livrées de saint Ignace, qu'à l'âge de vingt-quatre ans. Presque aussitôt, il sentit un vif désir d'aller se dévouer au salut des infidèles dans les missions, et il en fit la demande au Père (.îénéral, Michel-Ange Tamburini, dans une lettre signée de son sang. 11 renouvela ses instances à la lin de ses études : « Eh bien, oui, aile/, lui dit le Père Général; mais Notre-Seigneur veut que les Indes pour vous soient le Séminaire Romain ». L'humble religieux baissa la tète, en signe tout à la fois de douleur et de soumission. « Du inoins, demanda-t-il, qu'il me soit permis dans ces Indes où Votre Paternité me retient, d'oflVir, du mieux que je pourrai, quelques souffrances en compensation, et de les unir à celles qu'endurent là-bas nos ouvriers apostoliques ». — « Soit, dit le Père Général ; faites ce que le Seigneur vous inspirera ».

Sur cette parole, dont le P. Tamburini n'avait pas sans doute prévu toutes les conséquences, le P. Gigli, par une permission de Dieu, se crut en droit de se livrer sans mesure, et, n'était sa bonne foi, nous dirions, sans pi'udence, à tous les excès de sa ferveur, et il fit de son corps un véritable martyre. Cependant les fonctions qu'il remplissait au Séminaire Romain, où se réunissait l'élite de la noblesse, semblaient les moins faites poui' ses désirs passionnés de mortification . 11 était chargé de la direction et de la surveillance des arts d'agrément, et de la préparation des fêtes littéraires et dramatiques. Tout le jour, il n'avait en tête que décors de théâtre, exercices de déclamation, leçons de danse, de musique, d'escrime. A voir l'aisance, la bonne humeur, l'entrain qu'il mettait à tout cela, on aurait cru qu'il n'était pas né pour autre chose.

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Mais il se vengeait la nuit, de lu contrainte du jour; c'est alors qu'il lâchait en quelque sorte la bride à sa passion de se tourmenter. Après trois courtes heures de sommeil, sur le plancher ou sur un mauvais matelas semé de cailloux pointus et d'épines, il commençait sa douloureuse passion : disciplines sanglantes, portement d'une lourde croix, sur la([uelle il demeurait ([uelquefois étendu des heures entières, à l'imitation du Sauveur; oraisons prolongées devant le saint Sacrement. Pendant les vacances, f[u'il passait à Tivoli avec les pensionnnaires, c'étaient de nouvelles inventions; il se faisait un lit de cosses de châtaignes, et s'étendait avec délices sur ces pointes acérées; d'autres fois, il se roulait au milieu des halliers les plus épineux, et mettait sa chair en lambeaux.

Ainsi se consolait-il de ne pouvoir partager les fatigues et les souffrances des missionnaires ; mais il désirait aussi travailler directement lui-même au salut des âmes. Les pauvres, les mendiants, les prisonniers, les bergers, qu'il allait, dans la belle saison, chercher jusqu'au sommet des montagnes, étaient les objets privilégiés de sou zèle ; il leur consacrait toutes les heures dont il pouvait disposer, et il associait les élèves du Séminaire à son humble apostolat. Il continua pendant près de quarante ans cette vie pénitente et laborieuse. Enfin il sentit, à l'épuisement de ses forces, qu(! la mort n'était plus éloignée: il voulut s'y préparer par unc^ confession générale.

C'est alors ([u'il découvrit à son confesseur, le P. Gaétan (liorgi, le secret de ses étranges macérations. Epouvanté à cette confidence, le P. Giorgi lui demanda comment il avait cru pouvoir, en conscience, se traiter lui-même avec cette inhumanité. Le P. Gigli répondit que le Père Général ne lui avait point donné d'autre règle

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que l'inspiration de Dieu, et qu'en agissant comme il avait fait, il n'avait point cru se mettre en désaccord avec la volonté divine. Le P. Giorgi lui défendit de continuer plus longtemps, et aussitôt avec la simplicité d'un enfant, le saint vieillard laissa tout, donnant ainsi la meilleure preuve qu'il avait voulu suivre uniquement l'esprit do Dieu. Il expira peu après dans le baiser du Seigneur, pour l'amour duquel il s'était si généreusement crucifié. Il était âgé de soixante-quinze ans, et en avait passé cinquante-et-un dans la Compagnie.

BoERO, Menolog., 7 Genn. , p. 141.

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