VIII JANVIER
Le huitième jour de janvier de l'an 1734, mourut an collège de Parme, à l'âge de quatre-vingt-quatre ans, le P. Jean-Baptiste So- LARi, Génois. Un acte héroïque d'humilité i'ut, dit-on, l'origine du très haut degré de perfection auquel Notre-Seigneur l'éleva . Il remplissait la charge de Ministre au pensionnat de Turin, et grâce aux dons naturels qu'il avait reçus de Dieu pour s'emparer du cœur des jeunes gens, l'amour de l'étude et de la vertu (leurissait parmi les élèves ; lorsqu'il tut dénoncé faussement au Père Provincial par (juelques esprits brouillons, comme un novateur qui bouleversait par caprice tous les usages de la maison. Rien n'était plus opposé à la conduite du P. Solari. Mais prévenu par les faux rapports qu'il avait reçus, le Provincial envoya l'ordre au Recteur de lui faire une réprimande sévère, avec menace, s'il ne se corrigeait pas, de le retirer de son emploi. Le serviteur de Dieu n'aurait eu qu'un mol à dire pour se justifier ; mais il comprit que c'eût été perdre une grâce de choix ; tombant aux genoux de son supérieur, il s'offrit, sans la plus légère excuse, à la plus sévère pénitence, pour toutes les fautes dont il s'avouait coupable dans son oflice, devant les hommes et plus encore devant Dieu.
A partir de ce jour, toutes les humiliations, quelqu e soudaines et
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vives qu'elles pussent être, eureiU pour le V. Solari une inexprimable douceur. H ne souhaitait (pie Je passer pour vil aux yeux de tous, comme il l'était aux siens. Un de ses mois de prédilection était chaque année le temps des vacances ; car alors, pendant que les autres religieux se reposaient des fatigues de l'année, à la maison de campagne, il restait au collège pour nettoyer luimême leurs chambres, et ne voulait céder à aucun de nos Frères cet acte de charité et d'abaissement. Il avait pris pour protecteur spécial el pour modèle saint Siméon Salus, qui s'était sanctifié en faisant le lou |)oiir l'amour de Jésus-Christ. Comme lui, autant que l'obéissance l'y autorisait, le P. Solari s'appliquait, selon le sens de la onzième règle du sommaire, à passeï' pour un ignorant et un insensé, sans manquer toutefois à aucun de ses devoirs. Mais il suffisait de le voir en adoration devant le saint Sacrement, pour comprendre la valeur de cette sainte folie ; aussi ne put-il empêcher que la ville de Parme ne le vénérât comme un homme rempli d'une sagesse toute surnaturelle, et très cher au cteur de Dieu.
BoEno. Menologio, S Ccnn. , /;. IGO.
* Le huitième jour de janvier de l'an 1627, mourut dans la malson professe de Palerme le P. Joseph Scammaca, emportant au ciel l'innocence de son baptême, à l'âge de soixante-dix-sept ans. On peut même dire ([u'il fut comme le martyr de la pureté, puisque pour échapper au danger de la perdre, il n'hésita pas un jour k se
vin JANVIER. V. .lOSKPH SCAMMACA. 47
précipiier d'ini lion Irôs (''levô. En récompense de cetle héroïque victoire, Dieu lui aecoi'dii la grâce d'être afTranchi de toute rébellion des sens. Pendant quarante-cinq ans, il ne cessa «l'annoncer la parole de Dieu avec »in zèle qui éclatait sur son visage, et était toujours accompagné de nombreuses conversions. On vit plus d'une fois, assure le P. Nadasi, des rayons lumineux environner son front, et une colombe se reposer sur sa tète. Le démon montra lui-même combien il soufl'rait impatiemment les conquêtes de l'homme do Dieu, et il suscita contre lui des persécutions de tout genre. Mais le P. Scammaca, confiant <lans le secours du ciel et dans la protection de la sainte Vierge, ne fit que rire de sa rage impuissante, et continua de ramener les âmes au bon Pasteur.
11 travailla sans relâche jusqu'à une vieillesse avancée; il sentit alors un plus ardent désir de (piitter la terre pour se réunir à Dieu. .'Wec une simplicité que peut seule donner l'innocence, il se rendit auprès du Père Provincial : « Mon Père, lui dit-il, permettezmoi de Tne mettre au lit; je veux mourir ». (lomme il n'avait ni fièvre ni mala<lie d'aucune sorte, on ossa^'a de le distraire de cette idée ou de ce caprice : k Non, dit-il, c'est Dieu qui me prépare lui-même ; je veux mourir » ; et il ajouta : <( Le Père Préposé de la maison professe, (c'était le P. Jacques Domeniei,) s'en ira le premier ; je le suivrai de près ». Tout se passa comme il l'avait annoncé. Le jour de l'Epiphanie, il eut un très léger accès de fièvre. Le lendemain, il demanda le saint viatique : « Demain, ajoutat-il, je recevrai l'extrême-onction ; et puis, adieu o. Rien n'égalait sa joie et l'aimable familiarité de ses colloques avec Notre-Seigneur ; son cœur débordait d'amour : Fidcite me floribjis, stipate tne inalis, répétait-il avec l'épouse des Cantiques. Tout à coup, le
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P. Scammaca se tut : il venait d'aller contempler dans la gloire celui qu'il avait tant aimé. La vénération populaire se disputa ses reliques, et de nombreux miracles consignés par écrit attestèrent sa sainteté et son crédit auprès do Dieu.
CoRDARA. Histor. Societ. Jes. , tomus poster. , pari. G", lib. 12, n. i5, p. 99. — Patrignani, Menol.^ 8 Genn.^ p. 87. — Nadasi, Ann. (lier, metnorab., 8" Januar.., p. 15. — Drewh, Fasti Soc. Jes.. S» jnnuar., p. 11. — Agui- LEi'.A, Histor. Proi'inc. SicaL, t. 2, p. 21(5. ser/q. — Sotukixii.s, Biblioth. Scriptor. Soc. J.. p. .'>2.'ï. — de Backer, Biblioth. \" édit.. t. h, p. 660. — NiEREMBERG, Vurones iluslres, t. 2, p. .528. — Rho, Varias Virtut. Hisl., p. 19, ri5, 222. 730. — Mongitore, Biblioih. Sicula, t. 1, /;. 402.