XXXI MARS
Le trente-et-unième jour de mars de l'an 1668, mourut à Trapani, le samedi saint, le P. Antoine Roseli,i, âgé de soixante-trois ans, et portant au tombeau l'innocence de son baptême. Dans l'art de conduire les Ames à la plus baute sainteté, « il n'avait pas son pareil », dit le P. Aguilera. Cet apostolat caché, mais si salutaire, du tribunal de la pénitence, excita au plus haut degré la rage des démons. Le P. Jérôme Tagliavia, cet admirable serviteur de Dieu, alors Recteur du collège de Trapani, entendit un jour à l'autel une voix céleste qui lui disait « de déclarer h Antoine Roselli, que sa constance serait mise à l'épreuve décisive de la croix ». Saisi d'un tremblement soudain à cette parole, le P. Tagliavia, la messe terminée, fît appeler le P. Roselli, pour le consoler et le fortifier tout à la fois, en lui communiquant la révélation qu'il venait de recevoir. Mais le saint homme l'écouta d'un air serein et le sourire sur les lèvres, car il était déjà lui-même instruit de tout.
Bientôt en effet, sa direction des consciences fut en butte aux
plus noires calomnies ; le P. Provincial lui interdit publiquement le
confessionnal ; de très humiliantes réprimandes lui furent infligées
du haut de la chaire: il ne prononça pas un seul mot pour se justi-
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fier. Gomme cette inaltérable patience commençait à ouvrir les yeux, et qu'on le traitait de nouveau avec honneur, d'autres dénonciations furent adressées à Rome, et le menaçaient déjà des plus tristes suites, lorsque la mort presque subite mais pénitente de son calomniateur, qui expira, dit-on, entre ses bras, détourna de sa tète ce dernier coup. Rappelé alors à Trapani et nommé Recteur du collège, le P. Roselli reprit avec plus de fruit que jamais la direction et la sanctification des âmes. En même temps, le Sauveur et sa sainte Mère lui prodiguèrent les témoignages de leur tendresse, en le comblant de ces grâces merveilleuses dont ne jouissent ici-bas qu'un bien petit nombre de leurs amis.
Aguilera, Histor. Provinc. SicuL. t. 2, p. 914.
* Le trente-et-unième jour de mars de l'an 162G, le F. François MuRENA, Scolastique, mourut au collège de Sciacca en Sicile, victime de sa charité au service des pestiférés. Tous les dons de la nature et de la grâce brillaient en lui avec éclat, et promettaient fi la Province un utile ouvrier de la gloire de Dieu. Mais la peste s'étant déclarée dans la petite ville où il enseignait les belles-lettres, le F. Murena, sans souci du péril, courut au secours des plus pauvres et des plus abandonnés; bientôt il contracta lui-même le terrible mal, et expira après deux jours, à l'âge de vingtquatre ans. Deux Frères coadjuteurs du même collège, le F. Jean- Baptiste BoNERBA, âgé de cinquante-six ans, et le F. Antoine
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ViRDUcci, Cigé (lo soixante-dix-hnit ans, l'avaient précédé de quelques jours à peine dans cette arène glorieuse. Le F. Virducci fut atteint le premier ; il languit quelque temps, séparé du reste de ses frères, par' crainte de leur communiquer la contagion. Quand on lui apporta le saint viatique, il interpella à haute voix Notre-Seigneur, et le conjura avec instances, s'il avait pour agréable le sacrifice de sa vie, de préserver de toul mal, et le prêtre qui vctuiil lui offrir les suprêmes consolations, cl le Frère qui l'avait assisté dans sa maladie : touchante prière qui fut exaucée. Peu après, le l)on vieillard expira doucement, couronnant par ce dernier acte de charité une longue vie de travail cl <lc prière, sanctifiée par toutes les vertus.
Aguilerv, Hislor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 'iO."». 20(i. — At,k<;\mbe, Heroes et Virtimn- rharit. , rtnn. 1626, p. 26'».
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