‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 170 sur 331 · VIII AVRIL · texte numérisé non relu

VIII AVRIL

Le huitième jour d'aviil de l'an 1592, mourut au collège de Messine, à l'âge de soixante-douze ans, le P. Antoine Sardo, né à Lentini. Regardé à juste titre comme le premier médecin de la Sicile, il jouissait de tous les dons de la fortune el des joies d'une belle et florissante famille, et vivait au milieu du monde en parfait chrétien, lorsqu'un jour, pendant qu'il priail, Notre-Seigneur daigna lui adresser ces paroles : « Afitoni, vettl post me, faciarti te fierl niedicuni aniniarwn. Antoine, viens et suis-moi, je ferai de toi un médecin des âmes ». Sa femme était encore vivante, mais tout embrasée comme lui de l'amour divin ; aussi cette nouvelle imprévue, loin d(" lui causer aucune tristesse, la remplit d'une vive et céleste joie. Suivie de sa fille aînée, elle se consacra aussitôt à Dieu dans un monastère de religieuses très renommées pour leur vie pénitente, tandis que ses quatre fils entraient au novicial de Messine, quelques mois seulement avant leur père, qui dut prendre d'abord les ordres sacrés. Antoine Sardo vécut vingt-el-un ans dans la Compagnie, aussi fidèle à ses moindres règles que s'il en eût porté le joug dès sa jeunesse, et très célèbre pour son habileté à guérir les âmes et à les conduire à lu vie parfaite.

Parmi ses plus belles œuvres pour la gloire de Dieu, on cite

414 MÉNOLOGK S. .1. ASSISTANCE d'iTALIE.

en particulier la fondation des religieuses de rimmaculée-Concep tion à Palerme ; on peut en voi)- les détails dans la vie de leur première abbesse, Benoîte Reggio , morte en odeur de sainteté . Comme la plupart des entreprises les plus utiles à la gloire de Dieu, celles du P. Sardo se virent plus d'une fois traversées par la calomnie. 11 «lut même aller jusqu'à Rome pour se justifier auprès du Souverain Pontife . Mais au lieu de le condamner , Sixte-Quint loua hautement la prudence du saint directeur , et l'encouragea pai' plusieurs grâces insignes à poursuivre avec le même zèle ses travaux pour le bien des âmes, sans s'effrayer des contradictions que le monde et l'enfer lui susciteraient.

Aglilera, llistor. Provinc. Sîcul., t. I, p. 312 seqq. — Nadasi, Ann. (lier, memor., 8^ april., p. 191. - — ^ Duews. Fasti Sncie.t. Jes., 8» april.., p. 134. — Litter. ann. Soc, ann. 1592, p. 30.

* Le huitième jour d'avril de l'an 1621 rappelle la mémoire du P. Pierre Belloni, mort dans la maison professe de Palerme, après avoir supporté avec une admirable patience les ennuis et l'isolement de la cécité pendant quinze ans. 11 avait longtemps parcouru la Sicile en apôtre, recueillant partout des fruits abondants de conversion et de sanctification. La prière et les plus rudes pratiques de pénitence étaient les auxiliaires de sa parole. Jusqu'à la plus extrême vieillesse, il ne se dépouilla jamais d'un âpre ciliée et ne cessa de se flageller chaque jour sans miséricorde. Sa pen-

VUI AVRIL. V. MICHKl. MADRESH. 445

sée et son cœur étaient sans cesse occupés de Dieu. Au souvenir des perfections et des amabilités divines, des larmes intarissables jaillissaient de ses yeux. A force de couler, elles affaiblirent peu à peu sa vue et enfin l'éteig-nirent sans retour.

Loin de s'en attrister, le P. Belloni ne fit que remercier Notre- Seig-neur d'une grâce qui écartait désormais de lui toute cause de distraction, et sa vie fut plus rpie jamais consacrée à la prière. A part les lieures qu'il passait au confessionnal, ou donnait aux exercices de la vie commune, il ne cessait de s'entretenir avec Dieu, la sainte Vierge et les saints. A l'exemple de saint Alphonse Rodriguez, il avait toujours le rosaire en main ; il venait de le réciter et de le baiser pieusement, quand le divin Maître, couronnant enfin les mérites et l'invincible résignation de son serviteur, l'appela à contempler sa gloire dans les splendeurs du ciel . Le P. Belloni était âgé de quatre-vingts ans.

Aguilera, Histor, Provinc. SicuL, t. % p. 121,

* Le huitième jour d'avril de l'an 1638, mourut à Reggio de Calabre le P. Michei, Madrese, homme apostolique, ([ui pendant sa longue carrière de quatre-vingt-dix ans, ne cessa de travailler au salut des âmes avec un zèle ardent et des fruits immenses. Telle était la force et l'onction pénétrante de sa parole, que nul pécheur, dit-on, ne pouvait lui résister. C'est la prière surtout qui lui donnait cette puissance victorieuse. Le repos de la nuit inter-

416 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.

rompait à j)eine ses communications avec Dieu. A l'autel, on le voyait comme abîmé dans la contemplation du mystère sanglant de la croix, et les larmes jaillissaient de ses j-eux avec une impétuosité qu'il ne pouvait contenir.

Vers la lin de sa vie, les jambes du P. Michel Madrese se couvrirent de plaies douloureuses ; mais rien ne put enchaîner l'ar- «leur de sa charité. Aussi quand il eut rendu le dernier soupir, au jour qu'il avait annoncé d'avance, la ville de Reggio tout entière fut dans le deuil, el vint à ses funérailles comme à celles d'un saint ; de nombreux" miracles attestèrent sa gloire et son crédit auprès de Dieu.

Aguileha, Histor. Provinc. Sicid., t. 2, p. 360.

Page 1