XII AVRIL. — P. BRUNO BRUNI DE SAINTE-CROIX
élevé son cœur à Dieu : « Quand il en serait ainsi, reprit-il, j'espère que ce même Seigneur qui m'appelle, me donnera, dans sa miséricorde, la force dont il a daigné revêtir tant d'autres de ses serviteurs, pour vivre et mourir sous cette règle, quelque pesant à la nature que puisse paraître son joug » ! Tant de générosité ne se démentit pas un seul moment. Après treize années de vie religieuse dignes d'une si admirable lutte, Fontana rendit saintement son âme à Notre-Seigneur, le jour même où il avait fait jadis le vendredi saint le vœu de le suivre jusqu'à la mort dans la Compagnie de Jésus.
Sacchinus, Histor. Societ., part. 4, liù. 5, n. 23 seqq., p. 137. — P.v- TRiGNANi, MenoL, 4 april., p. 35. — Id., Vite di alcuiii Nobili Convittori del Semin. Roman., t. I, p. 189. — Nadasi, Aiin. dier. mcmor., 12» april., p. 201.
* Le douzième jour d'avril de l'an 4612, à Frémona en Ethiopie, mourut glorieusement le P. Bruno Bruni de Sainte-Croix, pendu et lapidé par les schismatiques en haine de la foi. Elève du Séminaire Romain, il avait senti son zèle s'enflammer au récit des conquêtes évangéliques que les missionnaires de la Compagnie de Jésus faisaient dans les Indes, et avait conçu le désir d'aller un jour prendre sa part de ces glorieux travaux. A peine admis au noviciat, il sollicita la faveur de s'embarc[uer pour l'Orient. Mais il dut attendre quatorze années entières, pendant lesquelles il redoubla de ferveur pour grossir le trésor de doctrine et de vertu nécessaires à un apôtre. Enfin le P. Mutins Vitelleschi lui ouvrit
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la carrière si ardemment convoitée. Il partit avec le P. Jacques Sicco, sacré évêque de Nicée par le Souverain Pontife, et futur successeur du P. Alphonse Mendez, patriarche d'Ethiopie, qui était alors à notre collège de Goa. Mais le P. Sicco succomba avant d'arriver au terme de cette longue navigation. A Goa le P. Bruni se joignit au P. Mendez et prit avec lui la route de l'Ethiopie. Pendant la traversée, un événement extraordinaire fit briller l'ardeur de sa foi, et l'entoura, aux yeux de l'équipage, d'une auréole de sainteté. Comme il offrait le saint sacrifice, une tempête furieuse se déchaîna tout à coup, menaçant le navire d'une ruine inévitable, .\lors le P. Bruni prit dans ses mains l'hostie consacrée, et se tournant vers la mer il lui commanda, au nom et par la vertu de celui qu'il portait en main, de calmer ses fureurs ; et les flots, dociles à cette voix toutepuissante comme autrefois ceux du lac de Génésareth, tombèrent subitement et il se fit un grand calme.
En mettant le pied sur la terre d'Ethiopie, le premier soin du P. Bruni fut de relever de ses ruines une vieille église construite autrefois par l'impératrice Hélène, et d'entrer en discussion avec les schismatiques ; il eut le bonheur d'en ramener un bon nombre à l'Eglise romaine. II pouvait se promettre des succès encore plus éclatants, lorsque l'empereur qui l'avait accueilli avec bienveillance, mourut et fut remplacé par un prince dont les dispositions devinrent bientôt ouvertement hostiles, sous la pression de quelques seigneurs, partisans acharnés du schisme. Le patriarche et les missionnaires furent chassés du royaume ; ceux qui restèrent avec le P. Bruni pour prendre soin des fidèles, furent réduits à se cacher. Surpris un jour de fête au milieu de leurs chrétiens