XII AVRIL
Le douzième jour d'avril de l'an 1591, mourul au Collège Komain, le F. Innocent Fontana, célèbre dans l'histoire du premier siècle de la Compagnie, par les luttes qu'il eut à soutenir pour sa vocation. II appartenait à la première noblesse de Modène. Envoyé par son père au Séminaire Romain, sous la direction de la Compagnie, le pieux enfant ne vécut pas longtemps dans cet asile des plus belles vertus, sans éprouver un extrême dégoût pour le monde. Un jour comme il assistait à l'office du vendredi saint, saisi soudainement d'un transport d'amour pour son Sauveur mourant et crucifié, il fit vœu de chasteté et s'engagea pareillement par vœu à entrer dans la Compagnie de Jésus. Les difficultés étaient si grandes, qu'il n'obtint longtemps du Père Général qu'un inexorable refus. Après trois années de douloureuse attente, ses désirs parurent enfin exaucés. Mais à peine au milieu des novices de Saint-André, Innocent Fontana, sur un ordre obtenu du Souverain Pontife, fui enlevé d'entre les bras de ses frères, traîné au palais d'un de ses oncles, et contraint de quitter, malgré ses larmes, l'habit de la Compagnie. Aucun genre d'attaques, même les plus criminelles, ne lui fut épargné ; mais la Reine des anges veilla sur lui. Son oncle brûlait surtout de connaître et de cliâ- A. I. — T. 1. — 54. 425
426 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.
tier l'auteur de son invincible constance. Presque poussé à bout par tant d'importunité, Innocent promit enfin de le satisfaire.
A sa demande on réunit la maison, car il ne voulait plus, disait-il, faire un mystère du nom de son conseiller. Prenant alors à témoin son nombreux auditoire : « Eh bien, dit-il d'une voix ferme, apprenez le nom de ce Père qui m'a persuadé d'embrasser la vie religieuse. C'est celui à qui nous disons, vous et moi : « Notre Père qui êtes aux cieux » ! Plus d'une réponse de ce genre finit par imposer silence à ses plus redoutables agresseurs. A l'un des serviteurs du palais, qui lui présentait un vêtement magnifique, en lui demandant s'il en trouverait de pareil dans la Compagnie : « Sachez que je serai toujours assez délicatement vêtu, à la suite d'un Dieu attaché nu sur une croix » ! Un autre de ses oncles, accouru de Modène à Rome uniquement pour lui livrer un nouvel assaut, faisait valoir les fatigues de ce voyage, et jusqu'à une chute de cheval qui avait mis ses jours en danger : « N'avez-vous donc pas reconnu la main de Dieu vous terrassant comme Saul sur le chemin de Damas, et sa voix vous criant : Pourquoi me persécutes-tu » ?
Une seule tentative parut un moment le troubler: « .l'ai vu dernièrement dans les rues de Rome, lui dit un grand personnage, un ermite des plus austères, dont le seul aspect attestait la vie pénitente ; et comme je l'interrogeais sur les motifs qui l'avaient fait embrasser une vie si rude : « .J'ai passé quelque temps dans un noviciat des Jésuites, me répondit-il, mais l'abnégation qu'ils demandent m'a paru trop insupportable ; et ce que j'ai maintenant à souffrir, ne me semble rien en comparaison ». A ce récit, le F. Fontana garda quelque temps le silence ; mais après avoir