XVII AVRIL
Le <lix-seplièine jour d'avril de l'an 1613, mourut dans la »naison professe de Naples, le P. I'all Principe, surnommé communément le Père de la doctrine chrétienne et des catéchismes, parce qu'il exerça toute sa vie cet humble et utile apostolat, auprès des enfants et des ignorants. L'extrême médiocrité de ses talents lui interdisait tout ministère brillant de la parole, et néanmoins les évêques de Catanzaro, de Cosenza et de Castellamare, qui le possédèrent tour à iour, affirmèrent que pas un orateur n'aurait fait en dix ans dans leurs diocèses le bien que ce simple catéchiste y accomplissait en un an ; tant il laissait partout le pauvre peuple instruit des vérités de la foi et des plus salutaires pratiques de la ])iété !
Appelé à Naples, où les Pères de la maison professe n'avaient pas encore introduit l'explication publique du catéchisme dans leur église, le P. Principe réunit, dès les premiers jours, urî nombreux auditoire, avide d'instruction religieuse. La mise en scène des principales vérités de la foi, qu'il faisait représenter par de jeunes enfants, à l'approche des grandes fêtes, attirait et électrisait en l'instruisant la plus ignorante populace. On peut se faire une idée de ces représentations dramatiques par celle qui
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fut publiée sous le titre de « l'Ange gardien », et lui fit recueillir, dit l'auteur de son éloge, les fruits les plus consolants. Son Trésor de La doctrine chrétienne^ et sa Pratique des principaux exercices de la vie spirituelle, bien c[ue sous une forme simple et tout à fait élémentaire, n'en exercèrent pas moins la plus salutaire influence pour la sanctification des âmes. Le second de ces deux ouvrages, renuirquable en particulier par la plus haute perfection dont il trace de si rares leçons aux âmes pieuses, n'était au témoignage du célèbre P. Antoine Beatillo, que la fidèle image et le détail des actes journaliers de loute la vie du I*. Paul Principe.
S.vNTAGATA, [storia délia Provinc. di Napoli, t. 3. p. 502. — Sotuel- Lus, Biblioth., p. b5;i. — ■ d3 B.vckek, Biblioth.. I""*^ cdit., t. 4, p. 608.
* Le dix-septième jour d'avril de l'an 1763, mourut en prédestiné au collège de Sainle-Lucie ù Bologne, l'angélique F. Antoine Sa- GRAMOSO, Scolastique, victime de son zèle pour le salut des juiies. Dès sa première enfance, il s'était senti attiré vers la Compagnie. Ecolier de notre collège de Parme, son attrait ne faisait que grandir, quand loul à coup une aversion presque insurmontable envahit son cœur ; pendant quatre années entières, il se débattit entre la voix de Dieu, qui ne cessait de l'appeler, et ses propres répugnances ; celles-ci allaient si loin que le pauvre jeune homme en était arrivé, disait-il, à craindre la Compagnie plus que l'enfer. Enfin la grâce demeura victorieuse. Pendant les seize mois qu'il dut rester encore au collège, Antoine mena la vie d'un saint.
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En franchissant le seuil du noviciat de Bologne, il se dégagea de tous les souvenirs et de toutes les affections qui auraient pu le distraire: « Désormais, dit-il, il n'y a plus rien au monde pour moi que l'enceinte du noviciat et la voix du supérieur».
La mort d'un de ses parents, le P. Marc-Antoine Fracastor, vint encore ajouter à sa ferveur : « Que le F. Antoine, avait dit le moribond, se souvienne bien que pour mourir content dans la Compagnie, il faut avoir beaucoup travaillé pour la gloire de Dieu ». Le jeune religieux recueillit cette suprême recommandation comme un testament; et en attendant qu'il pût se dépenser dans les ministères apostoliques, il se prépara vaillamment à devenir un jour un digne instrument de la gloire de Dieu et du salut des âmes. Son Maître des novices a tracé un rapide tableau de ses vertus : il loue son esprit de foi, son obéissance, sa fidélité aux plus minimes observances ; jamais on ne l'a vu manquer à la règle du silence et à celle qui prescrit aux scolastiques de parler latin. Mais sa vertu caractéristique est la mortification ; il faut mettre un frein à la sainte haine avec laquelle il se persécute et se crucifie. « J'ai demandé, avait-il écrit, de porter la croix de Jésus-Christ, et de prendre le divin Sauveur pour modèle de ma mortification ». Tous ses discours sont de Dieu, et ses compagnons déclarent comme autrefois ceux de Louis de Gonzague, qu'ils sortent de ses entretiens plus fervents que de l'oraison elle-même. Sous cette influence bénie, continue son Maître des novices, le noviciat de Bologne est devenu une image de celui de Saint-André.
Au collège de Sainte-Lucie, où il fut envoyé après avoir prononcé ses vœux, le F. Sagramoso porta les mêmes vertus et les mê- A. I. — T. I. — 57.
mes exemples, et commença l'exercice du zèle apostolique. La pensée de la perte des âmes l'animait à tout faire, à tout souffrir pour les sauver: « Eli quoi, disait-il avec tristesse, tant d'Ames se perdent, et un Jésuite penserait à soi »! 11 multipliait pour elles les prières et les pénitences. A l'hôpital, il parlait aux malades avec tant de force et de persuasion tout ensemble, c[u'il ne manquait jamais d'en amener plusieurs à faire une confession générale. Chargé de la congrégation des apprentis et garçons de bou lique, il la dirigea avec tant de zèle, que bientôt elle fut toute renouvelée, et grandit en nombre comme en ferveur. Il accompagnait quelquefois les missionnaires dans leurs courses. Obligé un jour de monter en chaire sans aucune préparation, il dépeignit avec des couleurs si vives les folies et les erreurs du inonde, que tout le peuple se jetant à genoux se mit à crier à Dieu pitié et miséricorde. « Oh vraiment, disait son Maître des novices. Dieu se complaît en ce bon Frère ; s'il nous le garde, nous aurons un saint ».
Mais le dernier jour du F. Sagramoso n'était plus éloigné. Un pécheur, dont l'Ame lui était chère, refusait obstinément de revenir à Dieu ; pour obtenir de vive force cette conversion, il offrit sa vie, et son sacrifice fut agréé ; bientôt après, il tomba dans une maladie de langueur. Sa patience, sa douce sérénité, ses colloques avec Jésus et Marie ravissaient d'admiration tous ceux qui avaient le bonheur de le voir : « Je n'aurais jamais pensé, disait-il, qu'il fût si doux de souffrir ». Il conserva jusqu'à la fin le libre usage de son intelligence, et il en profitait pour répéter les actes les plus parfaits de foi, d'espérance et de charité. A un moment, se tournant vers un des Pères qui l'assistaient, il
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parut demander quelque chose ; le Père lui fit signe de regarder le ciel ; le F. Antoine Sagranioso leva les yeux, et l'instant d'après, il expira. II était âgé de vingt-trois ans, et en avait passé un peu plus de trois dans la Compagnie.
Al M" Revdo in X" Padre P. Gianfrancesco Fracastoro, d. C. d. G., Bologna, 26 giugno 1763, Franc. Ignazio Porbo, d. C. d. G. — Lettre ms.p. 1-81. {Archiv. Prov. Taurin).
* Le dix-septième jour d'avril de l'an 1768, mourut à Ancône le P. François-Xavier Bianchi, vaillant missionnaire et maître très habile dans l'art de donner les Exercices spirituels. Sa jeunesse jusqu'à l'àge de trente ans environ s'était dissipée au milieu des frivolités du monde. Doué des plus séduisantes qualités du cœur et de l'esprit, avenant, bien fait de sa personne, il était, dit son biographe, l'idole des salons. Mais pendant qu'il jouissait avec délices de cette vie facile, et n'avait en tète que bals, chasse et chevaux, la mort inopinée de son unique frère, emporté brusquement au lendemain de ses noces, vint rompre le charme trompeur et ramener le brillant gentilhomme à des pensées plus sérieuses : il fit une retraite, se prépara au sacerdoce, et après son ordination, entra dans la Compagnie : il avait alors trente ans.
Sauvé par les Exercices, le P. Bianchi résolut, avec l'autorisation des supérieurs, de se consacrer sans réserve à la conversion et à la sanctification des aimes par le moyen de ces mêmes Exercices, et d'acquitter ainsi sa dette de reconnaissance. Tant que
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ses forces le lui permirent, il parcourut, eu compagnie du célèbre P. Jean-Baptiste Scaramelli, l'Etat pontifical, la Toscane, le Modénais, et évangélisa plus de quarante diocèses, recueillant partout des fruits extraordinaires, non seulement par la force entraînante de sa parole, mais encore par l'incomparable mansuétude avec laquelle il accueillait les pécheurs, par la vertu de ses prières, de ses disciplines sanglantes et de ses autres macérations. Il gagna ainsi même des Juifs, des hérétiques, et d'insignes malfaiteurs prêts à monter sur l'échafaud.
C'était son invariable coutume, dans chacune de ses missions, d'adresser une fois la parole aux prêtres seuls, et de les entretenir familièrement de leurs devoirs, et il en résultait un bien immense pour les fidèles confiés à leurs soins. Le pape Benoît XIV, qui l'avait entendu au temps où il était archevêque de Bologne, et avait eu souvent recours à ses services, le fit venir à Rome à l'occasion du jubilé, et voulut qu'au cours de la mission prêchée au Gesù, il donnât à tout le clergé de cette grande capitale, du monde, une de ces conférences dont les effets étaient si salutaires. Par ses ordres, des invitations furent envoyées partout, même aux plus hauts dignitaires de l'Eglise et aux membres du Sacré Collège. Le jour venu, le P. Blanchi vit se presser dans la grande église, la remplissant jusqu'aux extrémités, une immense multitude, cardinaux, prélats, prêtres séculiers, religieux de tout ordre, la plus solennelle et la plus auguste, dit un témoin oculaire, qu'il m'ait jamais été donné de contempler. Le missionnaire fut digne de sa tache, et même ceux qui avaient des préventions contre la Compagnie, ne purent refuser leurs éloges à sa sainteté et à son zèle apostolique.