XI JANVIER
Le onzième jour de janvier de l'an 1380, mourut à Ceuta en Afrique, en servant les pestiférés, le P. Alexandrk Vallareggio, né à Reg'gio dans le duché de Modène, et jugé digne par Notre-Seig-neur, disent les historiens de la Compagnie, de beaucoup travailler et de beaucoup souffrir pour sa gloire, en Europe, en Asie et en Africpie, durant près de vingt ans. L'une de ses premières expéditions eut lieu sur ces mêmes côtes barbaresques, où il devait l'evenir chercher la mort ; il y accompagna, par ordre du P. Laynez, en 4S64, dom Garcia de Toledo, sur la flotte que Philippe 11 venait d'armer contre les pirates ; et telle fut son ardeur à se dépenser au service des soldats et des matelots, que l'intrépide capitaine avait coutume de dire dans la suite : « Donnez-moi encore des hommes de dévouement comme le P. Vallareggio ». L'année suivante, il s'embarquait à Lisbonne sur la flotte des Indes. Les maladies contagieuses dont furent atteints plus de cent passagers, ouvrirent un vaste champ à son zèle. Le travail auquel il se livra, joint aux souffrances de la traversée, brisa ses forces, et l'on désespéra même de sa vie. Mais tant d'Ames avaient encore besoin de lui, que Notre-Seigneur le guérit subitement, sans autre remède que l'extrême-onction.
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Le p. Jacques Laynez, si plein de l'esprit de saint Ig-nace, et si bon juge en fait de talents et de vertus, avait autorisé le P. Alexandre à choisir lui-même, une l'ois arrivé en Orient, U' pays où il croirait rendre le plus de gloire à Dieu. Le Japon avait alors le privilège d'attirer plus vivement que tout autre les âmes apostoliques, et Vallareggio courut se mettre sous l'obéissance du vénérable compagnon de Xavier, Gôme de Torrès, qu'il aborda en se prosternant à terre, pour lui baiser les pieds. Ses lettres nous ont conservé le récit du tendre accueil que lui lit le vieil apôtre. L'indigence où Torrès était réduit, ne lui permit guère d'offrir à son nouvel hôte qu'un peu de riz noir et un petit poisson, pour le rel'aire de ses longues fatigues. «Mais c'était vraiment, écrit-il, l'image de cette aimable hospitalité, et de ces repas tout célestes des Pères du désert, où les saintes paroles et les douces joies de la charité remplaçaient avantageusement les délices de la nourriture corporelle. Oh ! béni soit Notre-Seigneur, qui m'a fait jouir d'un si grand bien ! » Durant quatre années, l'ile de Goto fut le paradis du P. Vallareggio, également joyeux de la persécution des bonzes, et du merveilleux progrès de la foi. Là, il eut le bonheur de baptiser jusqu'à six cents catéchumènes en un seul jour ; et une fois, on vit pendant la semaine sainte des processions de mille néophytes se flageller publiquement, sous les yeux des infidèles, et arroser les rues de leur sang, en mémoire de la Passion.
Mais bientôt l'excès de travail épuisa de nouveau l'intrépide missionnaire. Saint François de Borgia en fut averti, et lui ordonna de revenir en Europe. « C'était la plus lourde croix qui pût m'être imposée, écrit le P. Alexandre, et je ne pus retenir mes larmes, à la pensée que mon troupeau allait rester sans pasteur ;
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mais l'obéissance a parlé ; que la sainte volonté de Dieu soit faite » ! Il revint donc à Rome, et le Père Général, ravi de sa soumission, lui donna pour le consoler la procure des Indes, du Japon et du Brésil, à Lisbonne. C'était s'occuper encore de ses chers néophytes et de leurs apôtres. 11 le fit avec le même dévouement, jusqu'au départ du roi dom Sébastien pour sa malheureuse campagne d'Afrique. Il obtint alors de reprendre son ancien apostolat d'aumônier militaire, et affronta vaillamment le feu et le cimeterre des infidèles sur le champ de bataille d'Alcazar Kébir, assistant les blessés et les mourants au milieu même de la mêlée et de la déroute. Puis chargé de fers par les vainqueurs, il mena une année entière la vie d'esclave et de père des esclaves, en butte aux plus indignes traitements. Racheté enfin par ses frères, il revint bientôt en Afrique avec d'abondantes aumônes , pour délivrer ses compagnons de captivité ; mais comme beaucoup de ces malheureux étaient en proie à une affreuse contagion, il courut à leur secours, se fit leur serviteur, leur médecin, leur consolateur et le sauveur de leurs âmes, et succomba enfin à la peine en les assistant.
S\ccHiNus, Histor. Societ. Jesu, 'part, ^i, lib. 6, n. 208, p. 197 ; lib. 8, n. 258, p. 28G. — Niehemberg, Varones ilustres, t. 4, p. 610. — Gin- NARo, Saverio orientale, t. 1, part. 2, lib. 9, cap. 9, p. 241 et suîv. — Patrignam, Menol., 14 inarzo, p. 99. — Drews, Fasti Soc. Jesu, 11» januar. , p. I.t. — Alegambe, Heroes et victimie charit., p. 64. seqq. — Franco, Annus gloriosus Societ. les. in Lusitan., p. 19. — Carayon, Bibliographie historiq.^ n. 701, p. 93, 1"^° col.
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* Le onzième jour de janvier de l'an 1598, mourut à Lorette, près du sanctuaire oii il avait rempli trente années de suite les fon(!tions de pénitencier, le P. Janvier Cavalieri, Goadjuteur spirituel. il avait apporté du monde dans la ('ompag-nie une admirable pureté de cœur, qu'il avait mise dès son enfance sous la protection de la Reine des vierges, et dont il avait fait sa vertu de prédilection. Professeur d'une basse classe de grammaire dans les collèges de Noie et de Naples, il (Uait prêt à consumer toute sa vie dans cet emploi, pour avoir lo bonheur d'aider des jeunes enfants h garder intacte la fleur de leur innocence. Envoyé plus tard à Lorette, il n'avait point de plus ardente préoccupation que d'inspirer à la foule des pénitents, qui du matin au soir se pressaient à son confessionnal, l'amour de l'augélique vertu.
Un acte d'obéissance couronna la vie de ce fidèle serviteur de Marie. Un professeur de grammaire vint à manquer tout à coup dans un collège voisin. Le Père Provincial exprima au P. Oavalieri le désir de le voir prendre la place vacante: le P. Cavalieri avait alors soixante ans; il ne fit aucune objection, et une heure ne s'était pas écoulée, que déjà il sétait mis en route. La charge fut plus lourde qu'il n'avait pensé; car à l'enseignement, il dut joindre le ministère de la confession, et bientôt après, le gouvernement du collège. Ses forces fléchirent sous le fardeau. Prévoyant que sa fin était prochaine, il demanda la permission de revenir à Lorette, où il avait passé la moitié de sa vie, et où, disait-il, il avait laissé son cœur. Sur le point d'expirer, il déclara devant tous ses frères, réunis autour de sa couche, qu'il mourait avec une grande consolation et une ferme espérance de son salut, parce qu'il s'était a. I. — T. i. — 8.
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entièrement consacré au service de la très sainte Mère de Dieu. Le P. Cavalier i était âgé de soixante-et-un ans.
Lilter. etnn. Societ. Jesu, ann. 1598, p. 35. — Patrigna.ni, Menolog., 11 Genn., p. 103. — Schinosi, Istoria délia Provinc. di Napoli, t. 1, p. 132,
* Le onzième jour de janvier de l'an 1734, mourut dans la maison du Gesù à Rome, le F. Vincent Dandini, Goadjuteur temporel, en très haute réputation de sainteté. Au sentiment de son confesseur, il était une des Ames les plus éclairées de Dieu qui fussent alors ; et un autre Père, consulteur de la sacrée Congrégation des Rites, n'hésitait pas à déclarer qu'il ne manquait rien au F. Vincent, pour qu'on fût autorisé à introduire devant lo tribunal de la Congrégation l'examen juridique sur l'héroïcité de ses vertus.
Le F. Vincent Dandini était né à Florence d'une famille d'artistes, dont plusieurs se sont fait un nom dans l'histoire des beauxarts, .\près avoir étudié au collège de la Compagnie, il fut, suivant les traditions des siens, appliqué à la peinture, pour laquelle il avait d'ailleurs des aptitudes et un goût remarquables ; puis, sans qu'on en sache la raison, il fut engagé dans une maison de commerce. Mais le très pur jeune homme demanda bientôt la permission de s'en retirer, pour ne pas être obligé de traiter avec des femmes, et il revint à sa palette et à ses pinceaux. Sa piété grandissant tous les jours, il eut le désir de quitter le monde, et d'aller mettre le trésor de son innocence à l'abri, dans la Compagnie de Jésus, Malheureusement, l'extrême délicatesse de sa santé et des