‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 194 sur 331 · XXII AVRIL · texte numérisé non relu

XXII AVRIL

Le vingl-deuxièino jour d'avril de l'an 10 M, mourut à Catane le Vén. P. Beknaru Colnago, dont les vertus et les œuvres, durant les trente-trois dernières années de sa vie, semblent égaler ce que l'histoire des saints nous offre de [)lus surprenant. Kt néanmoins quand il se rappelait, déjà vieux, les leeons et les exemples de sa mère, qu'il s'était efforcé de suivre dès ses plus tendres années : « Oh ! que j'avais alors, s'écriait-il les larmes aux yeux, bien plus de courage et d'ardeur que maintenant pour nni perfection » ! Ses talents naturels donnaient les plus magniliques espérances. A treize ans, il avait parcouru avec éclat le cercle entier des études littéraires et philosophiques, il parlait la langue d'Homère et celle de Virgile comme sa langue maternelle, et adaptait les douze livres de l'Enéide au divin mystère de la Rédemption. Deux ans après, ne pouvant vaincre par ses prières la dure et longue résistance de son père, il s'enfuyait .secrètement de la maison paternelle et courait s'enfermer au noviciat do Messine. Il commençait dès le premier jour une vie nouvelle, bien supérieure à celle qu'il avait menée jusqu'alors, mais dont on peut dire cependant qu'ell»^ n'était rien encore auprès de celle que la ma-

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g-nificence do Dieu lui réservait. Ce fut au collège de Naples et Jix-neuf ans plus tard seulement, que s'opéra par un sacrifice héroïcpie cette dernière transformation.

Bernard Colnago enseignait la théologie avec une grande réputation et les docteurs les plus renommés l'appelaient Le Maître, lorsqu'il lui vint un jour en pensée, durant son oraison, de se livrer à la risée publique, sous le déguisement et les allures d'un fou. Longtemps il refusa de croire que Dieu lui demandât un tel sacrifice. Les plus spécieux raisonnements se présentaient en foule à son esprit pour l'en détourner ; mais une parole intérieure qui ne lui laissait pas de repos, déjouait toutes ses objections par cette unique réponse, que Dieu est le maître de ses demandes, et qu'il n'appartient pas au sens humain de lui imposer des lois. Un mois entier se passa dans cette lutte ; il comprit que la seule voix de l'obéissance pouvait être en cette matière la voix de Dieu. Il résolut donc d'aller faire part de ses tourment.s au P. Antoine Lisio, Recteur du collège, bien persuadé, comme il le raconta dans la suite au Vén. P. Lancicius, qu'une pareille autorisation ne lui serait jamais accordée. « Mais quelle ne fut pas ma stupeur, ajoutait-il, ([uand j'entendis tout à coup cette réponse : Allez, mon Père et faites ce que la grâce de Notre-Seigneur vous a inspiré ! En ce moment, la plus honteuse mort des criminels par la main du bourreau m'eût été cent fois préférable «. Il n'hésita pas cependant; et peu de moments après, il parcourait, dans un indescriptible accoutrement, avec les gestes et les paroles d'un fou véritable, les places les plus fréquentées de Naples, jouet de la populace et des enfants, mais souffrant moins encore de leurs outrages que de la douleur de ses amis et de

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ses disciples, qui gémissaient sur cette belle intellig-ence perdue.

Ces quelques heures achevèrent de détruire ce qu'il y avait encore en lui de terrestre et d'imparfait. Dès lors, ses conversations de chaque jour et en quelque sorte de chaque heure avec les anges et les bienheureux, mais surtout avec saint Antoine de Padoue, saint François de Paule, sainte Agathe et la très sainte Mère de Dieu, passent pour ainsi dire toute croyance. .Jamais ami ne fut plus libre et plus familier avec ses amis. Il leur recommandait et obtenait d'eux la guérison et la visite de ses protégés ou de ses malades, leur communiquait ses sermons et ses projets pour la gloire de Dieu, se plaignait de leurs moindres retards à secourir les malheureux, auxquels il avait promis leur assistance, et semait le plus souvent en leur nom les miracles de tout genre, avec une amabilité pleine de grâce, et une profusion inouïe. Ainsi, rien que pour sécher les larmes d'un petit enfant, il tirait subitement de son sein, aux yeux de toute une famille saisie de stupeur, un charmant oiseau paré des couleurs les plus brillantes.

Toute l'Italie, qu'il parcourait en apôtre, fut, aussi bien que la Sicile, témoin de ces innombrables merveilles ; et cependant par une permission très extraordinaire de Dieu, un des Pères de sa Province, ministre du collège où il vivait, et qui plus tard, après avoir perdu sa vocation, finit d'une manière lamentable, s'acharna si furieusement à le noircir comme menant une vie singulière, peu conforme aux idées de saint Ignace, que cet homme admirable put craindre un instant de se voir chassé de la Compagnie. Bientôt, pour le soustraire à une persécution devenue publique, le P. Claude Aquaviva, juste appréciateur de sa sainteté, dut le faire venir à Rome ; et quand il l'eut vu de plus près, il déclara n'avoir

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