‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 198 sur 331 · XXIII AVRIL · texte numérisé non relu

XXIII AVRIL

Le vingt-troisième jour d'avril de l'an 1609, mourut saintement à Nangasalvi le P. Organtino de Brescia, l'un des plus vénérés apôtres du Japon, qu'il évangélisait depuis trente-neuf ans. Né à Casto-di-Yalsabia, dans les Etats de Venise, à une époque où les Hottes musulmanes désolaient une grande partie de la Méditerranée, sa pieuse mère tressaillait de joie en l'entendant répéter fréquemment aux compagnons de ses premiers jeux : « Oh ! si nous pouvions aussi tomber dans les mains des Turcs et mourir sous leurs coups, martyrs de la sainte foi, pour Notre-Seigneur Jésus- Christ » ! Tourmenté jeune encore d'une douloureuse hernie que les médecins déclaraient incurable, il eut recours à la Reine des anges, et lui fit vœu de se rendre en pèlerinage à Lorette, si elle le guérissait. Au même instant son mal disparut; et sans tarder, il se mit en route. Mais cette première faveur n'était que le prélude de celles bien plus excellentes dont il allait être comblé. Pendant qu'il voyageait seul en priant : « Je sentis dès le premier jour, dit-il, mon âme inondée de délices que je n'avais encore jamais goûtées, et qui semblaient destinées, non à un pécheur tel que moi, mais aux plus intimes amis de Dieu » 1 Elles ne cessèrent de croître les jours suivants ; et quand le jeune pèlerin parvint

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au seuil de la sainte chapelle, il ne se reconnaissait plus luimême, tant le désir des choses célestes avait effacé de son cœur l'amour des joies d'ici-bas. Rentré dans la maison paternelle avec l'inébranlable résolution de la quitter bientôt pour toujours, il dut cependant consacrer quelque temps au règlement de ses affaires ; mais à peine accordait-il ça et là quelques heures à sa famille ; il ne voulait pas même habiter sous le même toit ; enfermé dans une solitude voisine, il donnait à l'oraison et aux exercices d'une très rude pénitence, la plus grande part de ses jours et de ses nuits. Huit mois après, il disait le dernier adieu à sa mère, entraînant ses deux frères au noviciat ; et cette généreuse femme, au moment de demeurer seule sur la terre, privée de son époux par la mort, et de ses enfants, qui allaient la quitter pour Dieu, les bénissait d'un œil serein, en rendant grâce à Notre-Seigneur de les prendre tous trois pour lui.

Organtino n'oublia pas, dans la Compagnie, les premiers désirs de son enfance, de beaucoup souffrir et de verser son sang pour Jésus-Christ. Fax attendant la permission de partir pour l'Orient, il s'exerçait par d'étonnantes austérités à tout ce que les lettres des successeurs de saint François Xavier promettaient de plus pénible aux nouveaux apôtres ; et nous savons par son propre aveu que ses trente-neuf années de missions furent comme un perpétuel enchaînement de croix. Mais aussi, bien peu d'hommes apostoliques eurent une plus large part à la formation et au merveilleux accroissement de l'Eglise Japonaise. Dans une seule de ses premières années, il baptisa jusqu'à onze mille néophytes. Le redoutable Nobunanga l'accueillait presque avec les mêmes honneurs que le roi de Bongo avait accordés au grand Xavier ; et

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