‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 197 sur 331 · XXII AVRIL. P. PHILIPPE TRENTO · texte numérisé non relu

XXII AVRIL. P. PHILIPPE TRENTO

troupes dans les rues et les places publiques , livrés à tous les vices qu'engendrent l'ignorance et la misère, effrontés, voleurs, tellement qu'il était passé en proverbe de dire : «. Enfant de Pistoie, gibier de potence ». Le P. Trento entreprit de les arracher à cette double dégradation physique et morale, et d'en faire des hommes et des chrétiens. A l'aide de petits cadeaux, de friandises et de quelque menue monnaie, il sut d'abord les apprivoiser et se les attacher ; puis les réunissant dans la grande salle de la congrégation des artisans, il leur faisait le catéchisme, les préparait à la première communion et à la confirmation, et pour les prémunir contre les dangers du désœuvrement, les plaçait en apprentissage chez d'honnêtes ouvriers qui voulaient bien leur servir de maîtres et de gardiens.

Les habitudes d'indépendance de ces enfants n'étaient pas réformées en un jour, et le P. Trento n'avait pas peu à faire pour réprimer leurs saillies. Mais rien ne le décourageait, ni leurs incartades répétées, ni les railleries et les oppositions que plusieurs ne lui épargnaient pas, même autour de lui. Toute son ambition était d'empêcher, ou du moins de diminuer l'offense de Dieu. Souvent, au moment où quelques-uns, cédant à de funestes suggestions, allaient s'abandonner à de fâcheux écarts, il apparaissait tout à coup, et par sa présence, déjouait leurs desseins les plus secrètement concertés ; ils se demandaient avec étonne ment s'il n'avait pas été instruit de tout par une voie surnaturelle. L'affection qu'il leur portait était sans bornes ; il la puisait au Cœur même de Notre-Seigneur : « Une mère, disait-on, n'aurait pu faire davantage ». Avec la permission de ses supérieurs, il se privait de dessert toute l'année pour ajouter quelque régal

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à leurs maigres repas. On cite même des grâces merveileuses obtenues du ciel en leur faveur.

L'un d'eux, apprenti cordonnier, travaillait un jour sur la rue en avant de son échoppe. Un âne vint à passer, et de sa charge, heurta le banc sur lequel il avait mis ses outils et le renversa. Il se lève furieux, et courant après l'âne, lui plonge son tranchet dans les flancs, et s'enfuit très effrayé de ce qu'il venait de faire. La nouvelle en arrive bientôt au P. Trento, qui se hâte d'accourir, pour essayer de réparer le mal, s'il est possible. La pauvre bête perdait le sang en abondance ; on parlait déjà de l'abattre. Le Père s'y oppose, et dit qu'il suffira de mettre un emplâtre sur la plaie ; on ne put s'empêcher de sourire du remède ; mais par respect pour le saint homme, on l'appliqua. Le lendemain, au milieu d'une foule nombreuse, étonnée de retrouver l'animal encore vivant, l'emplâtre fut levé ; il ne restait nulle trace de blessure. Les cris mille fois répétés : « Miracle ! miracle » ! éclatèrent aussitôt, et le Père eut grand' peine à se dérober à une ovation.

Le P. Trento mourut dans soixante-treizième année de son âge, entouré de l'estime et de la vénération universelle, acclamé comme un saint par l'immense multitude qui se pressait à ses funérailles ; il avait passé cinquante-quatre ans dans la Compagnie.

Compendio délia vita { ms. } del P. Filippo Trento dal P. Carlo Leoki (Archiv. Rom.).

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