XXVI AVRIL. P. FÉLIX ANDREA
Le vingt-sixième jour d'avril de l'an 1652, mourut à Messine le P. Félix Andréa, missionnaire des plus rudes habitants de la Sicile, dont il fît, jusqu'à l'épuisement complet de ses forces, son troupeau de prédilection. Il avait demandé dans sa jeunesse la grâce de porter l'Evangile dans quelqu'un des royaumes infidèles, où il y aurait le plus à souffrir pour Jésus-Christ. Mais on le trouva si faible de corps, que c'eût été, selon toute apparence, l'envoyer à une mort prochaine. L'obéissance lo retint donc en Sicile, surtout pour le salut du peuple des montagnes, et Dieu lui donna, par un secours qui semblait tenir du miracle, la force de faire et de souffrir jusqu'à soixante ans ce que lui eût à peine permis d'oser entreprendre le plus robuste tempérament. Aux fatigues de ses prédications et de ses courses, en toute saison de l'année, par des pays souvent sans route, il joignait le jeûne des anachorètes, et d'autres incroyables austérités. Il se levait toutes les nuits et se flagellait avec une chaîne de fer, jusqu'à ce que son bras n'eût plus la force de frapper. Toujours revêtu d'un ciliée, au milieu de ses plus pénibles travaux, jamais il ne permit, ni à la vieillesse, ni à la fièvre, ni même à l'agonie et à la mort, de l'en dépouiller.
Telle était cependant sa faiblesse, mais en même temps son zèle des âmes dans ses dernières années, qu'il fallait le conduire sur un âne jusqu'aux églises, et le porter ensuite à bras dans la chaire pour satisfaire le peuple de Messine ou des villes environnantes, qui ne se lassait pas d'écouter sa parole. Peu de mois avant sa mort, le P. Andréa évangélisait encore ainsi Ragusa, à quatre journées de Messine, d'une voix presque défaillante, mais
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avec d'admirables fruits de salut. Ce tut là qu'un jour, racontent les gens du pays, un oiseau sembla vouloir lutter avec lui, et le couvrit si bien de son chant, que le saint vieillard ne parvenait plus à se faire entendre. Alors d'un ton plein de douceur : « 0 créature du bon Dieu, lui dit-il, tais-toi et ne trouble plus les louanges de ton Seigneur » ; et à la grande stupéfaction de son auditoire, l'oiseau se tut sur-le-champ.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 594.