‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 240 sur 331 · XII MAI. — P. PAUL-AUGUSTIN AMORETTI · texte numérisé non relu

XII MAI. — P. PAUL-AUGUSTIN AMORETTI

celui-ci, jaloux de soustraire au danger une vie si précieuse, lui ordonne au contraire d'aller rejoindre les jeunes religieux qu'on avait envoyés à la maison de campagne, loin du foyer de la con*tagion.

L'obéissance vaut encore mieux que le martyre ; le P. Gherardi obéit sans murmurer. Quelle no fut pas sa joie, quand la môme obéissance lui ouvrit, quelques jours plus tard, cette arène qu'elle venait de lui fermer ! Il s'}' jeta avec une allégresse et un élan qu'il avait peine h contenir. Il ne s'y dépensa pas longtemps. Frappé presque aussitôt par le terrible mal, il rendit gi'àces à Dieu, qui daignait accepter son sacrifice. Dans son délire, on l'enten-? dait sans cesse répéter : « C'est par obéissance, pi'opter sanctam obedientiam y> . — a Heureux délire, dit le P. Patrignani, bien digne d'un enfant de saint Ignace », heureuse mort dont la vertu se iît sentir à son frère, Pyrrhus Gherardi, chanoine de la cathédrale de Parme, le désabusa du monde et l'enrôla sous le drapeau de saint Ignace ! Le P. François Gherardi n'était âgé que de trente ans ; il en avait passé quatorze dans la Compagnie.

ConoARi, Uistor. Societ., part. 6a, l. 15, n. 15, p. 353. — Alegambe, Heroes et Victimai charit., ami. 1G30, p. 291. — Patrignani, Menol., 12

"^Cgg; P- 85.

* Le douzième jour de mai de l'an 1783 mourut dans la mission de Cochinchine le P. Paul-Augustin Amoretti, de San-Remo, épuisé par les fatigues de l'apostolat et les rigueurs d'un climat "meurtrier. Quand le P. Vigliani était venu à Rome en 1771 recruter

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des ouvriers pour l'Orient, le P. Amoretti avait senti dans son àme un ardent désir de se dévouer au salut des infidèles. Or le P. Général, Laurent Ricci, pensait en ce temps-là même à envoyer à la cour de Pékin un peintre habile, pour remplacer les FF. Gastiglione et Attiret, morts depuis plusieurs années. 11 jeta les yeux sur le P. Amoretti, qui avait quelque connaissance en peinture, et lui adjoignit trois autres Pères destinés à la même cour, deux allemands mathématiciens, et un portugais médecin. Mais en arrivant à Canton, le P. Amoretti reçut l'ordre de se rendre au Tonkin, et des obstacles imprévus lui fermant l'entrée de ce pays, il se dirigea vers la Cochinchine.

Ce royaume était alors en proie à la guerre civile ; la religion chrétienne était persécutée et les missionnaires devaient se cacher pour exercer leur ministère. Le P. Amoretti déguisé en marchand s'établit au cœur même de la capitale ; puis il se rendit avec un Père portugais dans une province voisine du Cambodge. C'est là que le Bref de Clément XIV lui fut signifié dans les derniers mois de l'année 1774. En véritable enfant d'obéissance, il inclina la tète avec respect sous la main qui le frappait, et sans s'abandonner à des regrets stériles, il s'offrit aussitôt à partager les fatigues des prêtres français de la Société des Missions étrangères qui travaillaient dans cette contrée. 11 se jeta au milieu de la lutte contre l'infidélité, dit l'auteur de sa notice, « comme un enfant perdu, bravant tous les périls et la mort elle-même pour la gloire de Dieu et le salut des âmes ».

Il apprend bientôt que la llaute-Cochinchine, fameuse par l'insalubrité de son climat, n'a pas encore été évangélisée. Il sollicite la faveur d"aller y porter le nom de Jésus-Christ. A son arrivée.

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