‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 245 sur 331 · XV MAI · texte numérisé non relu

XV MAI

Vers le quinzième jour de mai de l'an 1666, mourut à Palerme le P. Pierre Salerno, religieux d'une haute perfection et l'un des plus grands bienfaiteurs de la Compagnie. Depuis son adolescence jusqu'à sa mort, on ne vit jamais rien en lui de médiocre ; ni la générosité de son cœur, ni la hauteur et la fermeté de ses vues ne se contentaient d'une demi-perfection. Résolu à quinze ans d'embrasser la vie religieuse, il lutta si victorieusement contre les résistances de sa famille, qu'après avoir enlevé de vive force, pour ainsi dire, l'autorisation de son père et de sa mère, il entraîna, par la seule influence de ses paroles et de son bon exemple, ses trois frères et ses deux sœurs à quitter le monde pour se donner à Jésus-Christ. Pendant ses premières épreuves au milieu des novices de Palerme, il fit un jour une chute terrible, et on craignit un instant pour sa vie. Gomme son père demandait alors avec les plus vives instances de le faire au moins transporter et soigner chez lui : « Sachez, lui répondit l'héroïque enfant, qu'il m'est bien plus doux de mourir entre les bras et sous le toit de la Compagnie ma mère, que de vivre parmi les douceurs de cette maison de mes pères à laquelle j'ai renoncé pour jamais ».

Professeur de grammaire et d'éloquence, il devint bientôt sans

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rival parmi les humanistes de la Compagnie en Sicile ; pas un d'entre eux, dit son historien, le P. Aguilera, n'a écrit avec tant d'élégance dans la langue de Gicéron et de Virgile. Il ne tarda guère non plus à parler celle d'Homère et de Démosthène avec la même aisance. Chargé d'enseigner tour à tour pendant plus de vingt ans toutes les sciences sacrées et profanes, il s'en acquitta de même aux applaudissements unanimes de ses disciples et des maîtres les plus éminents.

Mais rien ne fut plus digne d'admiration, dans la belle vie du P. Salerno, que son double gouvernement du collège de Palerme, Egalement capable de concevoir et d'exécuter les plus grandes choses, il s'environnait encore des meilleurs conseillers. Telle était la sagesse de ses décisions, qu'avec lui, disait le P. Marcel Spinelli, Provincial de Sicile, « je pourrais gouverner le monde entier ». Plus de soixante ans après sa mort, on considérait encore comme un malheur de s'écarter en quoi que ce soit, et jusque dans les détails de l'administration temporelle, des prescriptions laissées par le P. Salerno. L'immense héritage de son père et de sa mère lui permit de réaliser tout ce qu'il avait conçu, et dont l'Histoire de la Sicile nous a conservé le détail. Il aurait même doté Palerme d'une université complète, sans l'opposition misérable des adversaires de la Compagnie. Mais la dispersion des Provinces d'Allemagne par la guerre et par l'hérésie servit surtout merveilleusement à faire éclater la générosité de ce grand homme. Il écrivit au Père Général, s'offrant à nourrir tous les jeunes religieux exilés, et à subvenir à tous les frais de leur voyage soit d'Allemagne en Sicile, soit du retour dans leur patrie. Et comme un Père de ses amis lui reprochait une telle prodigali-

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