XV JANVIER. — P. PIERRE GRAVINA
lait et priait, les sauvages accoururent pour Tarraclier, comme ils le croyaient, à l'incendie.
Les austérités du P. Gravina étaient très rigoureuses ; il les redoublait encore quand il s'agissait d'obtenir quelque grâce extraordinaire. Ainsi, appelé un jour par les Indiens pour confesser une pauvre femme mourante, et n'ayant pu arriver à temps, il se retira à l'écart, et se mit à déchirer son corps, en implorant de Notre-Seigneur la grâce de cette âme, sans cesser de se llageller jusqu'à ce qu'il fiit exaucé. Revenant alors près de la morte: « Ma fdle, lui dit-il en présence de tous les Indiens, voulez-vous maintenant vous confesser?» — «Oui, mon Père», répondit-elle: et dès que le missionnaire lui eut donné l'absolution, elle s'endormit de nouveau, pour aller jouir de Dieu. Une autre fois, le capitaine espagnol, Pierre Suarez, partant avec une petite troupe chrétienne, pour aller au loin réprimer l'insolence de plusieurs tribus rebelles, commença par recommander sa périlleuse entreprise aux prières du P. Gravina ; et l'homme de Dieu les lui promit. Or, le jour du combat, et au moment oîi Suarez se croyait près de succomber sous une nuée de barbares, le Père lui apparut sur une hauteur voisine, son crucifix dans une main, et dans l'autre sa discipline toute ruisselante de sang. Ce fut comme le signal de la terreur et de la fuite des rebelles. Mais quand les vainqueurs furent de retour, et que le capitaine vint rendre grâce au missionnaire d'une si merveilleuse assistance, celui-ci le supplia de n'en jamais parler.
Patrignani, Menai., 15 Geiin., p. 137. — N\d\si, Aiin. dier. ineinor. , '15a Jan.,p.Tl. — Dkew.s, Fasti Soc. Jes., I5a Jan.. p. 19. — Aguii,e«\,
Histor. Prov. Sicul., t. 2, p. 288. — Nierembekg, Varones ilustres, t. k, p. 200 et suiv. — A. Ferez, Missiones de Cinaloa, d. Nieremberg, l. c. — DE Backer, édit. SoMMERvoGEL, m-/b/., t. 1, p. 2245. — Florencia, S.J., Menologio de los Varones. . . S. .]. de Nueva-Espaha, ann. 1747, p. 23. — Alegre, s. J. , Historia de la Compahia de Jésus en. Nueva-Esparia. . , Mexico, 1841, /. 2, p. 63, 200, 431.
* Le quinzième jour de janvier de l'an 1690, le V. .Jérôme Tolo- .MEi mourut au collège d'Ambalacate, dans la mission du Malabar. 11 appartenait à une noble famille de Sienne, et était venu à Rome en qualité de page de Doua Bérénice, femme de Dom Mario Chigi, frère d'Alexandre Vil. Toutes les qualités qui promettaient un gentilhomme parfait brillaient en lui ; mais il était d'une nature si vive et si remuante, qu'il ne pouvait tenir en place, ni se plier à aucune discipline ; on l'avait surnommé le lutin du Collège Romain. Il ne laissait pas d'avoir une foi très ardente. Un jour qu'il assistait à la messe et fixait les yeux sur la sainte hostie, il s'échappa de celle-ci un rayon si vif et si pénétrant, que son cœur en fut comme transpercé ; il fut changé en un clin d'oeil, et à partir de ce moment, il apparut tout autre à ses condisciples étonnés.
Jérôme Tolomei résolut bientôt de quitter le monde et d'entrer dans la Compagnie ; des obstacles presque insurmontables se dressaient devant lui : il était fils unique, et toutes les espérances de sa famille reposaient sur sa tête ; mais le courageux jeune homme ne se laissa détourner de son projet, par aucune considération de tendresse ni d'intérêt, et il finit par triompher. Il ne fit pas son sacrifice à demi. Il avait soif de beaucoup souffrir, et d'accompli)- de grandes choses pour la gloire de Dieu et le salut des