‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 259 sur 331 · XXII MAI. — P. HYACINTHE GRILLO · texte numérisé non relu

XXII MAI. — P. HYACINTHE GRILLO

signation montrèrent avec éclat que dans son obscur labeur, il avait uniquement cherché la gloire et le bon plaisir de Dieu.

Patrignani, Menol. 22 niagg. , p. 158.

* Le vingt-deuxième jour de mai rappelle la mémoire du P. Hyacinthe Grillo, mort à Parme, l'an 1630 , avec dix-huit autres de nos Pères et Frères du même collège, au service des pestiférés. Pendant son juvénat , Hyacinthe Grillo s'était laissé séduire par les côtés extérieurs et brillants de la littérature ; il semblait ne viser qu'à parer son style de tous les ornements alors à la mode. Cette préoccupation presque exclusive de la forme n'était pas sans donner quelque inquiétude à ses supérieurs. Le moindre péril était celui de la vanité. Le jeune religieux ne paraît pas y avoir échappé. Heureusement il était capable d'écouter un bon conseil. Il comprit ce qu'il y avait de puéril et même d'inconvenant pour un homme apostolique, dans cette recherche exagérée, et il s'appliqua à se former une manière plus digne où les choses tiendraient plus de place que les mots.

Au reste des pensées plus hautes germaient déjà dans son âme ; il aspirait à s'oublier lui-même, à se dépenser au service de Dieu et du prochain. Son bonheur était d'aller, les jours de congé, dans les hôpitaux et les prisons. Bientôt le désir des missions lointaines l'enflamma d'une ardeur nouvelle. Il s'offrit au Père Général, et déjà il se croyait près de recevoir une réponse favorable, quand la nouvelle des horribles ravages que la peste fai-

594 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

sait à Parme, parvint à ses oreilles. Il était alors à Plaisance. Il se jette aussitôt aux pieds du Père Provincial, lui arrache, à force d'instances, la permission de se dévouer, et vole dans la ville infectée. En mettant le pied dans le collège de la Compagnie, son courage, pourtant si ferme , eut un moment de surprise, et presque de défaillance. Un des Pères venait de mourir ; un autre était à l'agonie ; un troisième avait reçu les derniers sacrements ; plusieurs luttaient contre le terrible mal à l'infirmerie. Mais se ranimant bientôt : a Eh bien, dit-il, mourons nous aussi, victime de la charité ». Et sans vouloir s'accorder un moment de repos, il passa cette première nuit auprès des malades. Le lendemain, il commença son ministère dans la cité, avec un dévouement, une allégresse véritablement héroïques. Il parut quelque temps comme invulnérable à tous les coups de la contagion. Mais un jour, en traversant le pont, il fut abordé par un prêtre d'un aspect majestueux qui le félicita de son zèle, et l'assura qu'il en recevrait bientôt la récompense.

En effet, dès le lendemain, jour de la Pentecôte, pendant qu'il était à l'autel et faisait l'oblation de l'hostie, le P. Grillo fut assailli par les symptômes ordinaires du fléau. Le Père Recteur se hâta d'accourir ; le malade se jette à ses pieds : « Mon Père, lui dit-il le visage rayonnant de joie , donnez-moi votre bénédiction, car je m'en vais au Paradis ». Et en effet, trois jours après, il remettait son âme courageuse entre les mains de Dieu. II n'était âgé que de trente-quatre ans et en avait passé dix-huit dans la Compagnie.

Page 1