XXII MAI. — P. LOUIS GUIDONI. S9Î
à la porte pour éviter à ses frères la peine d'être pris pour compagnons à pareille heure.
Quand il s'était fatigué tout le jour dans le rude travail du four et de la boulangerie, son amour pour Notre-Seigneur lui faisait encore dérober du temps à son sommeil pour le donner à la prière ; et si quelquefois l'assoupissement semblait près de le vaincre, il se réveillait à force de coups. Sa seule présence était à la fois la bénédiction temporelle et spirituelle des maisons qui le possédaient. Beaucoup de séculiers avouèrent s'être décidés à venir au secours de la Compagnie par d'abondantes aumônes, rien qu'en le voyant. Sa mort fut regardée comme une calamité publique ; on ne put voir sans attendrissement près de son saint corps, l'évêque et les plus hauts personnages de Malte confondre leurs larmes avec celles des pauvres esclaves d'Afrique, si souvent l'objet de la tendre charité de l'homme de Dieu.
Aguilera, Histor. Provinc. Sicul. , t. 1, p. 648. — Nadasi, Ann. dier. memor. , 19* april. , p. 216.
* Le vingt-deuxième jour de mai de l'an 4689 mourut à Florence le P. Louis GuiDONi, dont toute la vie, dit son biographe, pourrait se résumer en ces quelques mots : « Ce fut un homme d'une simplicité antique, d'une fidélité entière à toutes les observances religieuses, mortifié, pieux, patient ». Après sa profession solennelle, il fut envoyé du collège de Pérouse à celui de Florence ; et là, il se renferma pendant quarante années de suite jusqu'à la
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vieillesse et au complet épuisement de ses forces, dans une classe de petits enfants. Il ne connaissait ni distractions, ni repos, et au temps même des vacances, il ne discontinuait pas ses leçons en faveur de ceux que les familles lui envoyaient en grand nombre. Ce dévouement de tous les jours à une tâche si laborieuse, car il n'avait pas moins de cent écoliers à former chaque année aux premiers éléments de la grammaire et même de la lecture, ne tarda pas à lui concilier l'estime et la vénération de toute la ville. Le grand duc de Toscane était des premiers à lui en donner les témoignages les plus flatteurs ; mais le P. Guidoni ne consentit jamais à s'en prévaloir, ni même à se présenter à la cour. Sa classe était son palais ; c'est là qu'il avait concentré toutes ses pensées et toutes ses affections. Ses supérieurs lui offrirent plus d'une fois une chaire plus digne de ses talents ; il refusa toujours.
Vers la fin de sa vie, un ulcère lui vint au visage ; il n'y prit d'abord pas garde, et se contenta, pour ne pas omettre sa classe, de le couvrir d'un voile léger ; mais peu à peu le mal s'étendit, et lui dévora un œil et une partie de la figure. Force fut alors au courageux vieillard de se reposer enfin sur cette nouvelle et plus rude croix. Au travail de l'enseignement, le P. Guidoni en avait joint un autre, non moins méritoire et non moins cher à Notre Bienheureux Père, celui du catéchisme. Pendant ces quarante années, il n'avait cessé chaque dimanche d'enseigner la doctrine chrétienne aux enfants avec un soin, une diligence, un désir •de faire connaître et aimer Notre Seigneur qui ne subirent jamais ini détente ni ennui. Le P. Guidoni acheva de se sanctifier au miilieu de sa douloureuse inaction ; sa patience et son inaltérable ré-