XXV MAI. — P. FRANÇOIS CASTIGLIA
d'exercer. Retiré au collège de Palerme, le P. Lavagi ne pensa plus qu'à se préparer à paraître devant Dieu. Chaque jour il se mettait en présence de sa dernière heure ; et avant de prendre son repos, récitait les prières des agonisants. Quand il fut sur le point de mourir, Notre-Seigneur permit qu'il sentît vivement la crainte de ses redoutables jugements ; et comme un Père, confident des secrets de son âme, essayait de l'encourager en lui rappelant l'aimable sollicitude de la Providence à son égard : « Je ne crains pas tant, répondit le moribond, mes fautes et ma malice, que les bienfaits de Dieu et mon ingratitude ». Et peu après, il expira. Il était dans la soixante-troisième année de son âge, et la quarante-huitième depuis son entrée dans la Compagnie.
Aguilera, Hîstor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 782.
* Le vingt-cinquième jour de mai de l'an 1739, mourut au collège de Palerme le P. François Castiglia, homme d'une telle innocence, qu'on lui donnait le nom d'ange, et que lui-même, quelque temps avant de mourir, put déclarer à son confesseur n'avoir jamais commis de péché mortel en toute sa vie ; ni même, depuis son entrée en religion, un seul péché véniel de propos délibéré. Son horreur pour l'offense de Dieu était comme instinctive ; il appelait la mort de toute l'ardeur de ses désirs, parce quelle devait le mettre à l'abri du péché et le soustraire à la vue de tant de fautes commises contre la Majesté divine.
Cette admirable pureté de cœur s'alliait à la plus profonde hu-
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milité et à une rigoureuse pénitence. Malgré les charges importantes qui lui furent confiées pendant la plus grande partie de sa vie, le P. François Castiglia s'estimait sincèrement le plus misérable des hommes ; il allait avec une joie extrême au-devant des humiliations ; on le vit un jour conduire une bête de somme et la charger de fumier, au milieu des rues les plus fréquentées de la ville où il était supérieur : « En vérité, disait-il souvent, je ne puis comprendre comment Dieu me supporte : je me fais une telle horreur à moi-même, que c'est à en mourir de honte et d'épouvante » .
Aussi se traitait-il sans ménagement. Pendant près de trente ans, il ne goûta jamais un fruit: il jeûnait souvent, prenait à peine quelques heures de sommeil, sur une chaise ou une planche, se flagellait jusqu'au sang et couvrait ses épaules d'un rude cilice. Telle était la circonspection de ses regards, qu'il ne les arrêta jamais sur le visage d'une femme ; il gouvernait sa langue avec la même sévérité ; il avait pris la résolution de ne dire aucune parole qui ne fût pour Dieu, et comme si elle devait être la dernière de sa vie. Il réservait ses communications et ses épanchements pour le temps de la prière : il aurait mieux aimé, disait-il, perdre la vie que d'omettre une seule oraison. En retour de tant de fidélité, Notre-Seigneur comblait le P. Castiglia des grâces les plus extraordinaires, comme de pénétrer dans le secret des consciences, d'annoncer les choses à venir, de sentir même, à l'exemple de saint Philippe de Néri, l'infection morale des âmes souillées du péché impur. L'annonce de sa fin prochaine le remplit de joie : « Voici enfin, s'écria-t-il, le jour du Seigneur ; réjouissons-nous, tressaillons d'allégresse: Hsec elles quant feclt Do-