‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 279 sur 331 · XXX MAI. — P. ANTOINE CRIMINALE · texte numérisé non relu

XXX MAI. — P. ANTOINE CRIMINALE

donnant le jour au salut des âmes, et la nuit aux voyag-es après quelques heures de repos. Parmi tant de travaux et de souffrances, cet infatigable apôtre trouvait encore le temps de se recueillir fréquemment à genoux, sachant bien que toute vertu pour lui-même, et toute puissance sur les cœurs ne lui pouvaient venir que de Dieu. Quand il mourut au bout de trois ans, deux cent mille adorateurs de Jésus-Christ peuplaient ces chrétientés, où Xavier ne lui en avait guère confié que quarante mille ; et sans le zèle trop indiscret d'une petite garnison portugaise, qui, loin d'imiter sa charité pour les infidèles, la remplaçait trop souvent par des outrages, l'idolâtrie n'eût pas tardé à s'éteindre dans ces contrées.

Antoine Griminale se trouvait près de la célèbre pagode de Trichandour, lorsque sous prétexte de venger leurs brames et leurs dieux, des nuées de Badages, soutenus par les sectateurs de Mahomet, fondirent sur les Portugais et les néophytes de toute la côte. Ce fut alors, dit le P. du Jarric, dont nous résumons le récit, un déplorable spectacle ; les uns couraient à la mer, et fuyaient à la nage vers les navires. Les autres ne sachant que faire, allaient vagabonds de çà et de là. Les mères éperdues criaient et se lamentaient, serrant leurs petits enfants entre leurs bras. Mais tous, ajoute-t-il, auraient donné leur vie et celle de leurs enfants, pour sauver de la mort le saint apôtre. Lui cependant, sans s'inquiéter de son sort, ni céder aux prières de ceux qui le voulaient mettre en sûreté, demeurait tranquille ; voyant les ennemis à un jet de flèche, il se mit à genoux, les yeux, les mains et le cœur au ciel, attendant d'un visage serein tout ce qu'il plairait à Dieu. Une première troupe de barbares court alors vers lui et passe

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outre sans le frapper ; bientôt un second détachement arrive de même et l'épargne. Enfin un troisième bataillon l'atteint, et tandis que les idolâtres semblent le respecter encore, un Sarrasin le frappe d'un coup de lance au côté gauche, et le P. Criminale tombe baigné dans son sang. Toute la troupe alors se jette sur lui pour le dépouiller de sa soutane ; « et tant s'en faut qu'il les empêchât, nous dit le récit de sa sainte mort, que plutôt il les aida à la dépouiller, estimant que c'était une grande faveur que Dieu lui faisait que de mourir en même état que son Sauveur ». Puis comme il se relevait avec peine pour aller rendre l'âme au pied de l'autel où il avait, peu auparavant, célébré le saint Sacrifice, il fut de nouveau renversé de trois coups mortels. Après lui avoir coupé la tête, ces barbares allèrent l'offrir aux brames de Trichandour, pour la suspendre toute sanglante au faîte de leur temple comme un trophée.

Orla.ndiniis, Hîstor. Soc. Jes., l. 3, n. 53, /». 87 ; l. 5, n. 96, p. 168 ; l. 9, n. 112, p. 285. — Bartoli, L'Asia, part. 1, l. 5, p. 305 et suiv.

— Id., Degll uomini e dé' Fatti, l. 2, p. 76 et suiv. — d'Oultreman, Tableau des personnages signalés de la Compagnie. . . — du Jarric, Histoire des choses mémorables advenues. . . es Indes, l. 2, p. 380 et suiv. — Alegambe, Mortes illustres, p. 5 seqq. — Patrignani, MenoL, 26 magg., p. 185. — Nadasi, Ann. dier. memor., 7^ f'ebr., p. 74. — Drews, Fasti Soc, 7* febr., p. 51. — Nieremberg, Varones ilustres, t. 2, p. 39. — S. François Xavier, Lettre à S. Ignace, Cochin, 14 fanv. 1549. — Rho, Variœ virtut. Histor., p. 349, 696. — Sommervogel, Biblioth., t. 2, p. 1659.

— Maffei, Le Istorie délie Indie Orientali, l. 12, p. 392 ; l. 14, p. 459, Bergamo, 1749.

XXXI M Aï

Le trente-et-unième jotir de mai de l'an 16H, mourut en odeur de sainteté à Manille le P. Angk Armand, né en Toscane, |)arti de Rome pour les missions espagnoles du Nouveau-Monde, h l'âge de vingt-deux ans. 11 était consumé d'un zèle ardent pour le salut des infidèles ; et cependant, <piand il eut reçu les ordres saeiés, l'obéissance le retint jus([u'à l'âge de trente ans au collège de Mexico pour y enseigner la grammaire, et <liriger en même temps une congrégation des élèves les plus avancés dans leurs études. Telle fut l'ardeur toute céleste avec laquelle il se dépensa dans ces deux ministères , qu'en peu d'années cent cinquante de ses congréganistes et de ses élèves quittèrent le monde pour entrei' dans la Compagnie de Jésus ou en d'autres Ordres religieux. Ainsi se préparait-il à l'apostolat des Philippines, que Dieu lui réservait pour couronnement de sa l'ervenr et de sa trop «•ourte vie. Kn allant à Manille, il sauva du naufrage le vaisseau presque désenq)art' (pii le ])ortait, en attachant au grand mat une image de saint Ignace ; mais à son arrivée dans cette ville, il vit de uouveau sa n'signation mise h l'épreuve, et dut rempli)- à la fois, durant un assez long tenqis, \o triple oHice de Recteur, d<i professeur de rhétorique et de grammaire au si-minaire espa- A. I. — T. r. — 79. 62o

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gnol de Saint-Joseph. Le tlétail des grâces qu'il reçut de Notre- Seigneur pour prix de son obéissance, n'est pas parvenu jusqu'à nous, mais l'humble religieux ne [)ut dissimuler qu'elles avaient été surabondantes.

Toutefois, d'autres faveurs plus douces encore pour un apôtre l'attendaient au milieu des combats, comme aumônier des troupes espagnoles de terre et de mer, et ()armi les tribus indiennes d'Antipolo et de Marinduque. Là surtout, rien de ce que peut désirer la nature ne se rencontrait. Un esclave envo^^é à sa recherche par un commandant espagnol pour lui portei" un message, ne put prendre part sans dégoût h sa misérable nourriture. De plus, les barbares encore inlidèles se mettaient souvent en embuscade dans leurs forets et l'attendaient au passage, l'arc et les flèches à la main, pour se délivrer dtî sa présence. Ils allèrent même jusqu'à mettre le feu à sa cabane et à son église, comptant (pi'il pc-rirait au milieu du brasier. Mais ses néophytes l'aimaient tendrement ; dans une chrétienté, à la nouvelle de sa mort, ils se réunirent deux jours de suite dans la pauvre église où il les avait instruits avec tant de zèle, pour témoigner tous ensemble leur douleur en pleurant, priant et se flagellant. Le P. Armano était âgé de quarante ans ; il en avait passé vingt-deux dans la Compagnie.

Colin, Labor cvangcL, Minister. apostoL. en las hlas Filipinas, /. 4, c. ;29. — PATRiGNA.Nr, Mciwl., ."51 "uigg.. p. 214. — N.VD.vsi, Ann. dicr. nicmor., 31" maii, p. 291. — Duews, Fasti Soc, lil" ninir., p. 207. — Liller. Ann. Societ., ann. 1011, p. 793 scqq.

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