III JUIN
Le troisième jour de juin de l'an ly75, mourut en odeur de sainteté à Messine le P. Ange Sibilla, surnommé l'Ancien, et déjà prêtre dans la petite ville de Venetico sa patrie, lorsqu'il fut gagné à la Compagnie par un Scolastique malade, de la même famille et (lu même nom. Rien de ce qui peut naturellement mériter l'estime des hommes ne se rencontrait en lui, mais il était si riche des dons surnaturels, de charité, d'obéissance, d'ardents et très efficaces désirs de devenir un saint, que le Père Maître des novices l'accueillit avec joie, devinant sans peine de quel trésor Dieu enrichissait sa communauté. Quant au P. Ange Sibilla, il lui sembla dès le premier jour qu'il était dans la demeure des bienheureux ; aussi se plaisait-il à nommer la porte du noviciat, la porte du paradis. Les dix-huit années qu'il vécut au milieu de nous, se passèrent à peu près sans interruption dans riuimble el laborieux ministère de la confession. H y faisait un bien immense, et beaucoup de ses pénitents arrivèrent à une haute perfection. A force d'instances, il avait obtenu du sacristain et du portier la faveur d'êtj-e constamment dérangé de jour et de nuit, avant tous les autres, quand on demanderait un confesseur. Dans les derniers temps de sa vie, le P. Sibilla ne quittait même plus, du jnatin au
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ASSISTANCE D ITALIE
soir, le saint tribunal de la pénitence. Nombre de p(?cheurs, entré.s comme par hasard dans notre église, sans la moindre pensée de chercher un prêtre, étaient touchés à la vue de ce bon pasteur <|ui semblait les attendre, et se jetant à ses pieds, ils déposaient le fardeau de leurs fautes et rentraient en grâce avec Dieu.
Sacchinus, Histor. Soc, part, "i" , l. .5, n. r)9, p. l'iO. — AGuii-Kn», Histor. Provinr. Sicul., t. I, p. 20.'5. — AMiicicri, I.stor. dclla Prnviiir. <U Sicil. y p. ;îO(>. — Patrignani , McnoL, 3 giiignn, p. 10.
Le troisième jour de juin de l'an 1776, niouï-ul à Rome, dans la maison professe du Gesù, le P. I^m.mamel Quep.im, né dans l'île de Zaute, dont sojï père ('tait gouverneur pour la république -de Venise, et reçu à l'âge de seize ans dans la Province Komaijie, au noviciat de Saint-André. 11 obtenait à vingt-et-un ans, du P. Michel-Ange l'amburini, les belles missions du Paraguay, et parlait de ('adix l'année suivante, sur la Hotte espagnole de l'Améi'ique méridionale, avec plus de soixante-dix autres enfants de la (]ompagnie. Simple missionnaire des Guaranis, puis fondateur cl orgaiîisalcur de la première rc'duction des Pampas, Recteur des collèges de l'Assomption, de Buenos-.Vyres , de ('ordoue, du Tucuman , Maître des novices et Provincial du Paraguay , le P. Kmmanuel Ouerini fut toujours regardé, dans ces différents em- [)l<)is, coninu' ini «les plus sages et <les plus saints i-eligicux. Rien ne paraissait hii coûter dans les privations de la vie sauvage, par- ■cc que, dès ses ])iTMnières années, «lit le P. Peramas, il avait lia-
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liitué son corps, par amour (\o Nolro-Seignoiir, à no jamais reoii- \vr devant aucune soullVanco. Durant plus de trente années, son lit fut la terre nue ou une |)lanche ; sa nourriture, celle des Indiens ou des pauvres nègres esclaves. Sa préparation de cœur h loul ce (pii pouvait lui arriver de plus terrible (Hait telle, cpie la destruction sidjite de toutes les œuvres de la Compag-ni<? en Amé- (jue, ne lui ai'raelia d'autre plainte ([ue ces belles paroles du Roi Prophète : « Ji/stus es. Domine, et revtiiui jiidicium luiini ! vous êtes juste, Seig-neur, et votre jugement est plein d'équité » !
Pkii.vm.vs, De vitn et nwribus ses saccrdot. Paraguaijcoiuin, />. t> 1-102.
Le tioisième jour de juin de l'an 1779, mourut à (liugliano, dan.s la (lampagne de Rome, où il s'était retire'' après l'expulsion des .jésuites de Naples, le P. Fi.amimo Sirti, modèle pendant sa vie et à sa mort de la plus admirable charité. Missionnaire dans les .\bruzzes, ou Recteur des collèges de Monteleone, Catanzaro et (losenza, il porta partout, avec un complet oubli de ses aises et de ses intérêts, nu dévouement sans bornes au prochain et \\\\ zèle ardent à se dépenser pour lui. Il entourait surtout les ])auvres d'une tendresse particulière ; il ne soufFrail pas f[u'aucuii d'eu.v le ([uittàt sans avoir reçu (pudcpie S(;cours ; vX ([uand, à la Muj)pression de !a Compagnie, les pouvoirs d'exercer le saint ministère^ lui lurent retirés pour un temps, il reporta sur eux toute s;i sollicitude. .Mais bientôt sa charité devait jeter un éclat encore plus vif.
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Une épidémie meurtrière s'était déchaînée sur le territoire de Giugliano; en mcMne temps, une sécheresse prolongée faisait craindre la perte des moissons et la famine. Dans cette terrible épreuve, le peuple se tourna vers Dieu, et pour fléchir sa colère, organisa une procession solennelle de pénitence, dans laquelle on porta la statue de saint Biaise, protecteur de la cité. Le P. Sirti fut invité à prendre la parole. A la vue de cette population plongée dans le deuil, accablée sous le poids des maux présents et sous la menace des maux à venir, son cœur compatissant fut saisi d'une indicible tristesse. Tout à coup, cédant à une inspiration d'en haut : « 0 Dieu, s'écria-t-il au milieu des sanglots de son auditoire, ne permette/ pas que je sois témoin de la mort de ce peuple ; prenez-moi plutôt ; ma mort ne fera point couler de larmes ; mais épargnez ceux-ci, et que les enfants n'aient pas à pleurer la perte de leurs parents ».
Cette héroïque prière fut exaucée. Quelque temps après, l'homme de Dieu fut frappé par la maladie. A cette nouvelle, la consternation fut générale ; oubliant ses propres douleurs, le peuple de Giugliano ne pensa plus qu'à obtenir de vive force, pour ainsi dire, la guérison de celui qu'il aimait comme un père : « Rendez-lenous, Seigneur, répétait-il ; car si nous devons mourir, il nous a.ssistera, et nous mourrons résignés et contents ». De si touchantes supplications parurent quelque temps exaucées ; mais après une amélioration passagère, le mal reprit son cours, et le P. Sirti expira, joyeux de donr.er sa vie, à l'exemple du bon Pasteur. 11 avait <lit que sa mort ne ferait point couler de larmes. Or, nul père, nulle mère ne furent pleures comme cet étranger, jeté là par la persécution quelques années auparavant. D'après le récit d'un témoin
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oculaire, c'était à la lettre un deuil public ; on n'entendait que lamentations ; il fallut faire les funérailles sans les chants ordinaires <le l'Kglise, parce que les gémissements et les sanglots étouffaient la voix des prêtres. En même temps, on invoquait le P. Sirti comme un saint ; le jour même de sa mort, plusieurs grâces miraculeuses furent obtenues au contact de ses restes ou des objets qui avaient été à son usage. Le même témoin ajoute que huit ans après, on portait encore de maison en maison, pour l'appliquer aux malades, le chapelet du martyr de la charité.
Vita ( ms. j del P. Flaminio Sirti délia Provincia di Napoli { Afch. Rom. ).
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