‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 283 sur 331 · II JUIN · texte numérisé non relu

II JUIN

Le deuxième jour dt; juin de l'an 1626, mourut au eollège de lîaii le 1*. Jean Sotuele, descendant d'une pieuse familie grec(|U(ï .établie dans le royaume de Naples, sur les bords de la iner Adriatique, [)Our se dérober h la ciuaul('' des niusulnuuis. 11 avait passé soixante ans dans la Comjiag-nie, et mourut en si haute réputation de sainteté, (pie deu?; ans seulement après sa mort, le concile provincial de Bari donna l'ordre de commencer les premières eii([uètes pour son procès île béatiiicaliou. î'rès d'un demi-siècle de sa vie fut consacré aux travaux apostoliipies ; plusieurs archevêques s'adressèrent tour à tour à Home pour obtenir que le saint missionnaire évangélisàt leur troupeau. Le cardinal nellarmiii eu paiticulier le g-arda trois aus près de lui, poui' rc'-l'ormer et sanclitier le diocèse de Capoue, et il avait coutume de dire: «Nous n'avons vraiment pas besoin datlendre la mort du 1*. Sotuele pour lui donner le titre de saint >•'. Dans leur estime et leur alTcction mutuelle, ces ik'Aix grands serviteurs de Dieu se réunissaient souvciit après les fatigues du jour pour s'entretenir des choses divines, et prolongeaient parfois leurs pieuses confidences jusqu'aux premières lueurs du jour.

Mais, au milieu de ses plus beaux triomphes, le P. Sotuele se

Il JllN. 1>. JEAN SOTUELE. 63

vit nssailli toul-ii-coup par une cfVroyable tempête. A force de caloiiuiies et il<.' faux léinoins, ([uelques misérables, envieux du salut d(>s âmes, doniu^M'cul les plus noires couleurs à ses industries les plus saintes. Tronipi' j)ar l'habileté de leurs artifices sacrilèges, l'archevccpu^ de l^ari lui interdit soudainement tout exercice du saint ministère. 1/liundjle religieux ne crut pas devoir dire un seul mot pour sa justifiealion : <( J'ai donne; à Notre-Seigncur ma rf'pnlation, répondit-il à ses amis, je ne la réclamerai pas. Que sa sagesse en fasse ou en laisse faiie aux hommes ce que bon lui send^lc)!. VA il ajoutait avec David, poursuivi d'outrages semblables par ses ennemis : « Donii/ii/s pnccepit ci lit iiialedicerct viifii ; et f/iifs est qui aiidcat (liccrc r/i/ari' sic fccerit ? Quand Dieu fit éclater enfin son innocence et la sainteté de son zèle, le P. Soluele n'épargna aucune démarclie pour éloigner ou du moins adoucir le châtiment de ceux ([ui l'avaient si cruellement poursuivi, l.a vertu que lui enviait le plus, ])ien des années avant sa mort, le (>ardinal lîellarmin, si bon juge en fait de dons et de vie surnalurels, c'était son humilité ; elle allait en ettct si loin cpie, d'ordinaire, après avoir absous en particulier quelque insigne pécheur, ]dein d'atlmiraiion pour une ùukî où Dieu venait de rentrer com- )ne dans son tem[)le, il se jetait aux pieds de son pénitent slup('fait et les lui baisait teudremenl.

(".or.UAîvv, /fis/or. Sor. , part. G-'. /. Il, //. 27, /;. *.). — Sant\g\ta, /.«rlor. (lelld Proçi/ic. (H Nripol. , t. 'i. />. ."JDH.

Le deuxième jour de juin de l'an 1591, mourut au Collège Romain le P. Louis Corbinelli, né à Florence d'une famille opulente et distinguée. Il était en France au moment où le roi Henri 11 mourut d'une manière si tragique, des siiiles de la blessure qu'il avait reçue dans un tournoi. Dégoûté de la vanité des choses humaines, Louis Corbinelli résolut de quilter le monde et sollicita son entrée dans la Compagnie. Quoiqu'il fût déjà avancé en âge et d'une santé fort délicate, il ne laissa pas de se conformer avec la plus scrupuleuse exactitude à toutes les observances de la vie religieuse, et de marcher avec un grand courage dans la voie de la perfection. Il fut un des bienfaiteurs du Collège Romain, (pril enrichit par ses largesses. H habitait cette maison et se trouvait à l'infirmerie en même temps que saint Louis de Gonzague, mais dans une chambre différente. Dans les derniers jours de sa vie, il apparut plusieurs fois au jeune saint, pour lequel il professait un profond respect, et la dernière fois, il lui adressa ces paroles : « Mon cher Frère, je touche au terme de cette misérable vie ; prie/ pour moi afin que mon passage soit heureux, et que Dieu me reçoive au séjour de sa gloire; je ne vous oublierai pas ».

Le P. Corbinelli mourut la nuit suivante. Saint Louis de (Jon/ague dit de lui au Vén. P. Bellarmin qu'il avait passé par le purgatoire, mais sans s'y arrêter.

JuvENCius, Histor. Societ., part. 5" , /. IG, n. '\, p. 358. — Naoasi, Ann. dier. memorah. , 2' /un. , p. 294. — Id. Preliosas Occupationes morient. in Soc. Jesu, c. 39, n. 7. — Patiugnani, Menai.. 2 ghtgno, p. G. — DnEws, Fasd Soc. Jes. , 1^ jun., p. 211. — Cei'vp.i, Vie de S.Louis de Gonzague. — GtiuÉE, Menol., 2 juin, p. 17S.

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