X JUIN
Le dixième jour de juin de l'an 1629, mourut au Paraguay le P, Alphonse di Aragona, de la Province de Naples, consumé à l'âge de quarante-quatre ans par ses travaux apostoliques et les souffrances volontaires qu'il y ajoutait. Nous ne trouvons dans sa notice que peu de lignes sur son enfance et ses premières années dans la Compagnie ; mais ces lignes suffiraient seules pour rendre sa mémoire à jamais vénérable. « J'ai connu tour à tour, disait un Père de sa Province, trois jeunes Scolastiques de la Compagnie, d'une perfection consommée : Louis de Gonzague, Sertorio Caputo, Alphonse di Aragona ; et il me semblait impossible de décider lequel des trois était le plus saint». — «Aux yeux de tous leurs frères, écrivait un autre, Alphonse di Aragona et Vincent Caraffa semblaient, dès le temps de leurs études, marcher d'un même pas vers la sainteté ». Enfin le P. Duran Mastrilli, son compatriote et son supérieur au Paraguay, assurait ne pas connaître un homme d'une plus haute vertu.
Parti de Naples à l'âge de trente-et-un ans, le P. di Aragona espérait bien, dès son arrivée à l'Assomption, pouvoir s'enfoncer dans les déserts à la poursuite des tribus sauvages. Mais comme pour éprouver la générosité de son cœur, le P. Provincial du Paraguay le nomma professeur d'une classe de grammaire ; il passa deux années dans cet emploi, sans vouloir autre chose que le bon
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plaisir de Dieu. Ce fut là sa préparation aux dix années de mission que Notre-Seigneur lui réservait. Dans les douze premiers mois seulement de sa vie apostolique avec le P. Gonzalez de Santa- Cruz, il tira de leurs antres et de leurs forêts plus de quatorze cents barbares, semblables à de véritables bêtes fauves, et il en fit des hommes et des chrétiens. Souvent outrage, battu, mourant de faim, il n'en passait pas moins, sans se lasser, douze heures chaque jour à prodiguer les soins d'une mère à ces indociles disciples. Ne pouvant obtenir la mort sanglante ([ui faisait l'objet de tous ses vœux, il y suppléait par de si cruelles macérations, que tout son corps était couvert de plaies, où l'on vit même plus d'une fois les vers s'engendrer. Mais il n'en paraissait pas moins aima-^ ble. Ses prières et l'imposition de ses mains suffisaient pour guérir les malades. Le P. di Aragona fut averti d'avance par une lumière divine du jour de sa mort, et comme on eut tout lieu de le croire, du glorieux martyre des deux Pères Alphonse Rodriguez et Gonzalez de Santa-Gruz ; car les recevant dans sa réduction, peu de jours auparavant, lorsque rien ne faisait prévoir une fin si prochaine, il écrivit au dessus de leur tête, pour le repas d'adieu qu'il leur donnait , ces paroles de l'Apocalypse : Beati qui ad cœnam Agni vocati simt ; bienheureux ceux qui sont appelés au festin de l'Agneau! (Apoc, 19, 9).
CoRDARA, Histor. Soc. Jes.. part. 6», l. 14, «. 243, p. 340. — Patri- GNANi, McnoL, 10 giugno, p. GO. — Sotuellus, Bihlioth. , p. 32. — Som- MERYOGEL, BibUothèquc, t. \, p. 495. — S.vntag.vta, htor . clella Provinc. di Napoli, t. 4, p. 514 et suiv. — Uho, Varùr virtul. Histor., p. 61, 795, 867.