‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 295 sur 331 · XIII JUIN · texte numérisé non relu

XIII JUIN

Le treizième jour de juin tle l'an 1657, mourut à Rome eu odeur de sainteté le jeune V. Scolastique François-Joseph Nappi, à peine âgé de ving-t-et-un ans. Issu d'une des plus nobles familles d'Ancône, son enfance fut également chaste et pieuse. Il ne datait cependant ce qu'il appelait sa conversion, que de l'âge de dix ans. A cette époque, Notre-Seigneur lui envoya une maladie, qui lui ouvrit les 3'eux. Dès qu'il fut guéri, il voulut faire une confession générale, demanda pardon à son maître de son étourderie et de sa i)aresse, et commença une vie nouvelle. Louis de Gonzague et Jean Berchmans devinrent ses modèles; il commença à se réserver comme eux, chaque jour, un temps réglé pour la méditation des mystères de Notre-Seigneur, surtout de sa douloureuse Passion, parvint à se procurer un ciliée et une discipline, dont il ne cessa plus de faire secrètement usage, en y joignant les jeûnes et les veilles. Mais il s'efforça surtout de rivaliser d'amour pour la très sainte Vierge avec ses deux aimables patrons, et il lui fit i)lusieurs touchantes donations de sa personne écrites et signées de son sang. Cette ferveur si étonnante dans un écolier de dix à onze ans, ne fit que s'accroître de jour en jour. Bien avant d'entrer au noviciat de Rome, vers l'âge de quinze ans, il proposait A. I. — T. I. — 8^1. mî

chaque soir un sujet de médilation à ses jeunes sœurs et aux servantes de sa mère, faisait le catéchisme aux pauvres et leur donnait ensuite laumône. Plein du désir de travailler au salut des Times, il se mit en relation avec un jeune homme dissolu, ramena à faire une confession g-énérale, et le convertit si bien que celui-ci entra dans l'Ordre des Carmes déchaussés, et voulut prendre les noms de François-Joseph, en souvenii- du jeune apôlre.

Les six années (jue François-Joseph Najipi vécut dans la (lompagnie furent dignes de ses modèles, Louis et Berchmans. Comme il faisait son pèlerinage pendant son noviciat, et parlait de Dieu, sur la place publique d'un village, à quelques pauvres pa}sans, une énergumène accourut vers eux et les menaça de révéler leurs fautes secrètes : « Non, s'écria le jeune pèlerin, tu ne feras ici la confession publique de personne, mais la mienne seulement, si tu veux)). — «Ah ! toi, reprit le démon, tu es un petit saint dont je n'ai rien à dire ; mais il n'en est certes pas de même de ceuxlà ». Ce trait d'humilité, joint à un pareil témoignage, détermina beaucoup de personnes à se confesser, et décida la réconciliation de deux malheureux prêtres ennemis. Au juvénat, le F. Nappi ht de rapides progrès dans ses études, et s'y livra tout entier par obéissance, pour le service et la gloire de Dieu. Pour ne rien perdre de sa ferveur, il rendait fréquemment compte de sa conscience à son directeur, et s'appliquait à l'exercice des humiliations. Sou amour de tout ce qui pouvait crucifier la nature, allait si loin, ([ue sur sa demande expresse, le P. l'abricius Pignatelli son supérieur, dut déclarer publiquement (|ue chacun pouvait désormais s'adresser à son aise au F. Nappi, et le charger de tout ce qu'il y aurait à l'avenir de plus vil et de plus répugnant dans la maison.

XIII JUIN. — P. l'ORTUNAT ACCARIGI. GC)7

Apprenant (juc la pcsle approchait de Rome, le l'\ Nappi (it aussitôt le voeu de se consacrer au service des pestiférés, comme déjà il avait fait celui de se dévouer au salut des infidèles dans les Indes ; mais sur ces entrefaites, il fut lui-même atteint du redoutable lïéau. Selon l'ordre des magistrats, il devait être transporté à l'hôpital ; le P. Recteur alla le lui annoncer. Vjn de nos Pères ajoutant que ce seraient là ses Iiules et son martyre: «Oh! l'excellente nouvelle ! s'écria-t-il, me voici prêt ; fjue la sainte volonté de Dieii s'accomplisse en moi » ! Trois jours après, il rendait doucement son àme, au moment même où l'on achevait de lui lire la Passion do Nolre-Seig-neur selon saint Jean. Ceux qui lavèrent son cor[)S pour l'ensevelir, ne le trouvèrent pas sans une singulière édification, revêtu encore de son cilice, dont les approches mêmes de l'agonie n'avaient pu le décider à se dépouiller.

PA'rniGN.vNi. Mcnologio^ 13 giugno, j). 1\.

Le treizième jour de juin de l'an 171-3, mourut à Sienne le P. PoRTLNAT AccAKua, martyr de son zèle, suivant l'expression do sou Provincial, à l'âge de quarante-cinq ans, dont il avait passé trente dans la Compagnie. Dès son enfance, il avait entendu l'appel de Notre-Seigneur à la vie parfaite ; quand il se présenta au noviciat de Saint-.\ndré, il apportait dans sa première fleur l'innocence de son baptême. Un parfum de pureté s'exhalait de toute sa personne, et comme on le raconte de quelques âmes privilégiées, sa vue seule suffisait à dissiper les images importunes.

G68 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.

Les premières épreuves terminées, il i^iil pour règle, malgré une santé délicate, de se dépenser tout entier au service de Notre- Seigneur et de la Compagnie, de ne refuser aucun travail, si pénible qu'il fût, et de l'accomplir avec toiite la perfection possible: généreuse résolution à lacpielle il fut iuébranlablemeut fidèle et qui lui coûta la vie. Chargé d'une classe de grammaire, il apparut, dit le P. Patrignani, « comme l'idéal du professeur dans l'art d'instruire et de sanctifier la jeunesse confiée à ses soins ». Un grand nombre de ses élèves dirent adion au monde, et embrassèrent la perfection évangélique dans différents Ordres religieux. Il remplit ensuite successivement et souvent tout à la fois plusieurs fonctions importantes, et l'on no pouvait assez s'étonner, ajoute le mémo historien, de voir un homme habituellement maladif, soutenir tant do fatigues.

Mais le théâtre principal de son zèle fut le collège de Città di Castello, dont il avait dû accepter le gouvernement, malgré les répugnances de son humilité. A vrai dire, il n'}' fut pas accueilli d'abord sans quelque appréhension. Sa réputation do sainteté ellemême et son exactitude scrupuleuse dans l'observation de la règle, faisaient craindre à plusieurs trop de sévérité et une certaine contention. Mais le P. Accarigi sut allier avec tant de tact et de prudence l'autorité du supérieur et la tendresse du père, que bientôt les inquiétudes furent dissipées et les cœurs gagnés. Il s'appliqua dès l'abord à faire régner dans la communauté la plus étroite union et une véritable charité fraternelle. Il aimait lui-même tous ses inférieurs, et il leur en donnait des marques si empressées, que chacun pouvait se croire privilégié ; il aimait surtout ceux qui dépensaient leurs forces dans des emplois plus humbles

XIII JUIN. P. FORTUNAT ACCARIGI. 6GÎ>

OU plus pénibles. Ainsi, il avait clos alleutions particulières, cl on pourrait dire maternelles, pour les régents des basses classes et pour les Frères Coadjuteurs ; les menus cadeaux ([u'il leur faisait, étaient relcA^és par une telle expression de bonté, un si vif désir de leur être agréable, que nul ne pouvait se défendre contre cette séduction enchanteresse, et que tous se portaient avec une ardeur incroyable à raccomplissement des plus pénibles devoirs.

La même estime et la môme vénération entouraient le P. Accarigi dans la cité. II donnait aux âmes tous les loisirs dont il pouvait disposer. II avait une grâce particulière pour assister les moribonds : mourir entre ses bras était regardé comme un gage de prédestination. Aussi la douleur fut grande dans la ville et au collèg-e, quand le saint Recteur, épuisé par des fatigues au-dessus de ses forces, dut renoncer à son emploi, et bientôt après, sur l'ordre des supérieurs, se retirer à Montepulciano d'abord, et ensuite à Sienne, pour essayer d'un climat plus doux. Mais son mal était désormais sans remède ; après avoir reçu à genoux le saint viatique et s'être traîné, la veille môme de sa mort, à la chapelle pour faire sa dernière visite à Notre-Seigneur, le P. Accarigi expira doucement, salué d'une voix unanime comme « un vivant abrégé de toutes les règles de saint Ignace », et « un homme rempli de Dieu ».

P.vTRiGNANi, MenoL, l;} i^iugno, p. 79

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