‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 300 sur 331 · XV JUIN. P. PAUL SEGNERI LE JEUNE · texte numérisé non relu

XV JUIN. P. PAUL SEGNERI LE JEUNE

troisième probation à Florence, il entra dans la carrière si glorieusement parcourue par son saint oncle. On raconte que lorsque le grand missionnaire eut rendu le dernier soupir à Rome, Paul Segiieri, alors Scolastiquc au Collège Romain, alla prier de longues heures près de son tombeau ; et c'était l'opinion commune qu'il avait demandé et obtenu d'hériter dans toute sa plénitude du même esprit apostolique. Sept années seulement lui furent données ; mais comme François Xavier et François Régis, il compensa la brièveté du temps par l'activité de son zèle et la merveilleuse fécondité de ses travaux. Pour en assurer le succès, il mettait en œuvre tous les moyens naturels et surnaturels. Grâce à des aumônes abondantes, ([ui ne lui faisaient jamais défaut, il subvenait lui-mèmo aux frais de ses missions. Aucune église n'étant assez vaste pour contenir les foules qui se pressaient autour de lui, il faisait ériger des autels en plein air, dresser des tentes immenses pour protéger ses auditeurs contre la pluie ou le soleil. Mais surtout il faisait appel à la prière, qu'il prolongeait pendant des heures entières dérobées au sommeil ; il recourait à la confiance en Dieu, à l'humilité, à la mortification, soit en secret, soit en public dans les fameuses processions de pénitence ou dans la chaire, ((uand il voulait j)orter quelque grand coup et ramener les âmes à Dieu. Il se flagellait alors si ilprement que plus d'une fois, il tomba évanoui, baigné dans son sang.

Aussi l'ébranlement était prodigieux, et les conversions sans nombre. A Modène, le duc Raynaud avait fait élever sa chaire dans une place immense qui pouvait contenir soixante-dix mille personnes ; à Florence, le grand duc Gosme lll de Médicis lui avait assigné la vaste place qui s'étend devant l'église Sainte-Groix ;

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après l'avoir entendu, la foule courait à flots pressés aux confessionnaux, et tous les prêtres de la ville, séculiers et réguliers, avaient peine à suffire à son empressement. La renommée portait au loin la réputation et les triomphes de l'apôtre. Non seulement la Compagnie, mais les autres Ordres religieux eux-mêmes lui envoyaient des disciples à former, et parmi eux, on distinguait un lils de saint François, qui fut plus tard saint Léonard de Port- Maurice.

Cependant cet homme, qui opérait tant de merveilles, dont la parole ardente respirait l'amour de Dieu et des âmes, et que tous vénéraient comme un saint, était en proie, surtout dans les derniers temps de sa vie, aux plus désolantes tentations de la crainte des jugements divins, et presque du désespoir. Mais il portait ■courageusement sa croix : « Qu'importe, disait-il ; aimons Dieu, bien qu'il soit caché». — « J'avais cru, disait-il encore, qu'il existe bien des manières d'aimer Dieu ; mais je vois à présent qu'il n'en est ({u'une, c'est de souffrir ». Ainsi son Ame achevait de s'épurer au creuset de l'épreuve. L'heure de la récompense n'était pas éloignée. Le P. Segneri donnait une mission à Sinigaglia ; bien qu'il fût épuisé, il ne laissa pas de se livrer à tous les exercices ordinaires de pénitence et de prédication. 11 succomba enfin, et fut obligé de s'aliter . Ce fut alors une constenuition générale : le saint Sacrement fut exposé dans les églises; les membres de toutes les confréries firent des processions, pieds nus, la corde au cou, une couronne d'épines sur la tête pour obtenir sa guérison. Tant de supplications ne furent pas entendues. L'incomparable apôtre rendit son Ame à Dieu le jour même de la fête du saint Sacrement et fut enseveli dans le caveau des évoques. 11 n'avait

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