XVI JUIN. K. SIMON BUCCERI
mée de pointes, qui se repliait autour de son cou, de sa poitrine, de son dos et de ses jambes, sans qu'une pareille armure l'empèchàt non seulement de travailler et de marcher avec aisance, mais de faire des voyages entiers à cheval, ou de porter les plus lourds fardeaux. Durant le même temps, sa nourriture ordinaire, qu'il ne prenait qu'une fois le jour, le plus souvent au coucher du soleil, ne consista qu'en un peu de pain et de légumes, et les jours de fêtes, dans un œuf ou un peu de poisson salé. La violence de ses disciplines, déchargées sur toutes les parties de son corps, finit par lui émousser à un tel point le sentiment de la douleur, ipiil dut en suspendre l'usage ; ce n'était plus pour lui qu'un exercice de parade. Non content d'avoir pris sur une planche, pendant plus de trente années, le peu de sommeil qu'il accordait à ses membres épuisés, il ne voulut plus dormir, depuis l'âge de soixante-dix ans jusqu'à sa mort, qu'assis sur un escabeau, et le corps sans aucun appui. Seize ans plus tôt, il avait demandé au Sauveur, qui la lui accorda, une perpétuelle rage de dents, mais si douloureuse, que ses cheveux lui sendjlaient se dresser sur sa tête chaque fois ([u'il entendait le signal du repas.
Malgré l'estime et la vénération dont il jouissait, deux supérieurs qui ne le connaissaient pas se laissèrent tellement prévenir contre lui, lorsqu'il était chargé du soin des novices, qu'ils le privèrent de son emploi, sans qu'il dît un mot pour se justifier, car il se regardait très sincèrement comme le plus misérable et le plus indigne des pécheurs. « Je vous assure, dit-il un jour à l'un de nos Pères, que le monde entier pourrait se mettre à genoux devant moi, ou se partager mes vêtements comme des reliques, sans m'inspirer, ce me semble, le plus léger sentiment de vaine gloire.
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tant m'est présente et m'iiumilie la très claire vue de ce que je suis en réalité devant Dieu ».
Ce martyre intérieur et extérieur du l'i ère Bucceri ne l'empochait pas cependant de porter en toute sa personne une douceur et une sérénité admirable ; avec l'amoui' de Dieu et l'humilité, nulle vertu ne lui était plus précieuse que la charité fraternelle et l'obéissance ; on disait communément que pour obéir, il avait des ailes. Aussi était-il regardé comme la I;énédiction du noviciat de Palerme ; les plus jeunes enfants de la Gompag-nie s'animaient à devenir des saints rien qu'en le voyant. Les grâces dont ce véritable ami de la croix fut comblé, durant sa longue et admirabU; vie, par les anges et les saints, mais surtout par saint Stanislas, la très sainte Vierge et Jésus crucifié, égalent tout ce ([ue nous savons des plus illustres serviteurs de Dieu. Les miracles qui suivirent sa glorieuse entrée dans le ciel, firent commencer presque aussitôt les premières démarches pour obtenir cpi'il prit place un jour sur nos autels parmi les l)ienheurcux de la Compagnie.
Conn.vRA, llistor. Soc. Jcs., parf. (v' , /. l"2, ri. IG, p. 100. — Aguilk-
Rv, Hi.^lor. Provinc. Siciil., t. t. p. o34 ; t.. 2, p. 228 seqq. — Pathigna-
Ni, Menol.. IG giugno, p. 107. — N\d\si, Ann. ilier. menior., 16'' ju'i.,
p. 317. — DuEws, Fasti Soc Jcs., 16" jiiii., p. 228. — Nikkemiîkrg,
Varones iluslrcs, t. 3, j). 167 et .'utiv.
*Le seizième jour de juin de l'an 1619, le P. Jean-Baptiste Cakminata mourut dans la maison professe de Palerme, sa patrie;, à
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l'âg-e (le quatre-vingt-lrois ans dont il avait passé soixantc-liois dans la Compagnie. Il s'esl signalé par un zèle infatigable, une pureté virginale au milieu des plus rudes assauts des tentations, et une rare prudence dans le gouvernement des Nôtres. Son talent pour la cliairo n'était pas moins admirable. Dès les premières années de sa vie religieuse, il opéra des merveilles de conversion ; au dire d'un de ses biographes, chacune de ses paroles était une semence qui, sous la bénédiction de Dieu, devenait féconde en fruits de salut. C'est lui qui le premier inaugura les prédications du carême dans l'église de la maison professe à Rome ; plus tard, prêchant à Naples, au milieu d'un immense concours, il eut la joie de gagner à Dieu et à la Compagnie Bernardin Realino, cpii avait cru voir en lui un auti'e saint Paul. 11 gouverna k différentes reprises la Province de Sicile, et fut Visiteur dans celles de Venise, de Pologne et de Rome ; puis de graves différends s'étant élevés entre l'évêque de Malte et les chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, il fut, à la demande des uns et des autres, envoyé à Malte ; et par sa douceur et sa sagesse, il réussit à ramener la bonne entente et l'union enlre les parlis divisés. Nommé Assistant d'Italie, il jouit de la faveur des plus grands personnages, et en particulier du Vén. P. Bellarmin, qui recourait souvent à ses conseils, et se recommandait à ses prières comme à celles d'un saint.
Au milieu de tous ces témoignages d'estime, le P. Carminata demeurait profondément humble ; il se regardait en toute sincérité comme indigne du pain qu'il mangeait. Les deux dernières années de sa vie furent une sorte de martyre ; mais au milieu des plus cruelles soulfrances, il ne perdit rien de son inaltérable soumission
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à la volonté de Dieu. Il ne cessait, pour ainsi dire, de prier jour et nuit. Les angoisses de l'àme se joignirent aux douleurs de son corps. On ne pouvait voir sans compassion cet homme, dont la longue vie s'était tout entière dépensée au service de Notre-Seigneur, et avait été favorisée plus d'une fois de grâces extraordinaires, trembler de fra^'eur à la pensée des jugements divins, et se recommander avec instances aux prières de ses frères. Enfin le calme se fit. Aux noms bénis de Notre-Dame, d'Ignace, de François Xavier, de Louis de Gonzague , qu'il avait assisté au lit de la mort pendant qu'il était Provincial de Rome, et du Vén. Bernardin Realino, son fils spirituel, toutes ses craintes s'évanouirent ; une joie céleste illumina son visage, et il s'endormit paisiblement du sommeil des justes. Au même moment, le P. Rutilius Scirotta vit l'àme du P. Carminata rayonnante de gloire, emportée au ciel entre les bras de ses bienheureux protecteurs.
CoRDAiu, Histur. Soc. Jes., part. 6» , l. k, n. 18, p. 182. — Aglileu\, Histor. Provinc. SicuL, t. 1, p. 535, 543; t. 2, p. 83 seqq. — Al- BERTi, Istor. délia Provinc. di Sicil., p. 125, 248, 346, etc. — S.v>taga- TA, Istor. délia Provinc. di Nnpoli, t. 4, p. 129 et suiv. — Nadasî, Annus dier. memorab., 16'" jun., p. 317. — Drews, Fasti Soc, 16=> jun., p. 228. — SoMMERvoGEL, Bîbliot/i.., t. 2, p. 754. — Patrignani, Mcnol., 16 giugno, p. 104. — Ilno, Variœ virtut. Histor.^ p. 325, 848. — Guidée, Ménol.^ 16 juin, p. 194. — Mongitore, Biblioth. Siciil., t. 1, p. 325.