‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 316 sur 331 · XXV JUIN · texte numérisé non relu

XXV JUIN

Le vingt-cinquième jour de juin de l'an 1703, mourut en [)leine mission sur les rives du Lac Majeur, le P. Jean-1'ierre Pinamonïi, le compagnon, l'émule et le glorieux continuateur du P. Paul Seg-neri, durant un apostolat de trente-huit ans. Dieu semblait cependant l'avoir condamné dès son noviciat, et lorsqu'il avait à peine quinze ou seize ans, à la plus désolante inutilité, paf d'excessives douleurs de tète qui ne cessèrent (ju'avec sa vie. Il reçut cette lourde croix avec une si |)arfaite résignation à la volonté de Dieu, i[ue jamais il ne voulut se dérober aux exercices de la vie commune, ni choisir ou fuir de lui-môme les essais ou les remèdes tour à tour tentés par les supérieurs pour le distraire ou le soulager. La première fois qu'il fut donné pour compagnon au P. Segneri, et qu'il essaya avec son obéissance ordinaire, d'entendre quelques pécheurs au saint tribunal de la pénitence, il fut réduit en quelques minutes à une sorte d'impuissance ; il se contraignit néanmoins à ne pas bouger, et comparait son état à celui d'un cheval rétif qu'on force d'obéir à coups de bâton. Mais sentant bien que son corps défaillait dans une pareille lutte, il eut recours à saint François Xavier et lui lit vœu de persévérer jusqu'à la mort dans ce laborieux ministère, autant que le lui permettrait l'obéissance,

718 MÉNOLOGE S. J. ASSISTANCE d'iTALIE.

s'il obtenait le degré de force nécessaire pour confesser. Il fut exaucé dans la mesure môme qu'il avait sollicitée ; durant les trente-huit ans qu'il vécut encore, il ne cessa de remplir les deux fonctions de confesseur et de catéchiste ; or il n'était pas rare qu'il passât douze ou quinze heures au tribunal de la pénitence dans une même journée, bien qu'une simple lecture d'une demiheure fût au dessus de ses forces.

Au reste, comme sa joie était de soulfrir, voici le genre de vie qu'il avait adopté au milieu de ses travaux. Après trois ou quatre heures de sommeil sur la paille ou sur une planche, il se flagellait lentement pendant un quart d'heure. C'était son premier exercice, qu'il recommençait souvent deux et trois fois par jour, surtout pour acheter au prix de son sang quelque âme rebelle. Puis il s'armait d'un eilice et d'une chaîne de fer, et se livrait ensuite à l'oraison pendant au moins une heure et demie. Hors le temps de la sainte messe, il demeurait toujours pieds nus, pendant les six mois qu'il donnait chaque année aux missions, et parcourait ainsi non seulement les villes et les villages, mais aussi les montagnes et les forêts. Lorsque la saison l'obligeait à interrompre son ministère apostolique, il [)artageait entre Dieu et les âmes ce repos forcé, amassait les matériaux de ses ajuvres spirituelles, qui sufliraient seules à sa gloire, et aidait même le P. Segneri à composer quelques-uns de ses plus beaux livres. Qu'il suffise de citer ici deux de ces chefs-d'œuvre, auxquels il eut presque une égale part. Le chrctieii instruit des devoirs de sa religion, et Le directeur, ou Vart de diriger les âmes dans les voies de la perfection.

Parvenu à l'âge de soixante-et-onzc ans, le P. Pinamonti venait

XXV JLIN. P. JEAN-I'RANÇOIS GIOVANELLI. 719

de reprendre ses courses, à la fin du carême de 1703, quand peu de jours après son arrivée dans la petite ville d'Orta, l'épuiseincnl de ses forces le contraignit de s'arrêter. Se voyant frappé à niorl, il se traîna cependant sur une hauteur voisine pour faire son dernier catéchisme, mais il ne put rentrer à sa demeure (pfà grand' peine et déjà presque agonisant. Le peuple réclama la consolation de le voir encore ; et l'homme de Dieu se prêta paternellement à ses désirs. Puis le Père (jui lui servait de compagnon, lui demanda de vouloir bien encore une fois entendre l'aveu de ses fautes et l'absoudre ; le P. Pinamonti le lit avec joie, et il expira un moment après.

DuR.vzzo, Haccolto dclU virlit del P. Pinamonti, lîoma. 1709. Cf. Cirayon, Bibliographie hisforiquc, nn. 2380-2382 et 'iblî). — PAiaiGNAM, Menologio, 25 giugno, p. 186 et sim>. — Mazzolari, Comment, et Ellog., p. 47 scqq. — DE Backer, liiblioth., 1"" édit., t. 3, p. 583 et suiv. — Felï-eb, Dictionn. histor., t. 5, p. 59.

Le vingt-cinquième jour de juin rappelle le souvenir de la sainte mort du P. Jean-Fkançois Giovanelli , arrivée en 1622, pendant ([u'il se rendait du Mexique aux Philippines. Dès son entrée dans la Compagnie, il avait soupiré après les travaux et les fatigues des missions et s'était embarqué pour la Nouvelle-Lspagne. Pendant la traversée, sa ferveur parut un peu se refroidir; mais à son arrivée à Mexico, il la ranima dans les Exercices ; sa transformation fut si complète, que ses compagnons en étaient dans le ravissement et avaient peine à le reconnaître. Il dérobait chaque nuit

720 MKNOLOGE S. J. ASSISTAN'CE d'iTALIE.

plusieurs heures à son sommeil, et les passait en adoration devant le saint Sacrement ; la flamme qui le consumait rejaillissait jusque sur son visage et plusieurs allaient l'observer en secret pendant ses oraisons, comme pour se réchauffer eux-mêmes aux ardeurs de sa charité. A la prière, il joignait de rigoureuses mortifications. Ghacjue jour, il se flagellait jusqu'au sang, et la veille des fêtes de la sainte Vierge, il redoublait encore ses austérités.

Mais l'attrait principal du P. Giovanelli était de se conformer en toutes choses à la volonté de Dieu. 11 aimait à répéter ces paroles <[u'il portait continuellement avec lui ; « Inveni virum secunduni cor meu/n, qui faciet omries voluntates meas : j'ai trouvé un homme selon mon cœur, prêt à faire toutes mes volontés ». (Act. 13, 22. ] Il recommandait aux autres cette même pratique en laquelle il trouvait l'abrégé de la perfection. Cette disposition le fortifia d'une manière admirable dans ses derniers moments. 11 jouissait alors d'une paix si profonde que les témoins de sa mort disaient ensuite avec un grand sentiment de joie : « Nous avons vu mourir un saint ».

Nad\si, Ann. dier. mentor., 25* y««., p. 331. — Patrignani, Menol., 25 giugno, p. 186. — Guidée, Ménologe, 25 juin, p. 204.

Page 1