‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 321 sur 331 · XXVIII JUIN · texte numérisé non relu

XXVIII JUIN

Le vingt-huitième jour de juin de l'an I606, mourut dans la maison professe de Naples le P. Joseph Gustapane, le premier des cinquante-neuf Pères et Frères de la Province de Naples qui périrent en moins de trois mois au service des pestiférés. Véritable enfant d'obéissance, il résumait dans la pratique de cette vertu toute la perfection demandée par les règles du sommaire. Il n'admeltait en ce genre ni interprétation ni réserve, comme s'il eût dû rendre compte chaque jour à saint Ignace de ses victoires sur lui-même. Notre-Seigneur lui avait communiqué dans un degré bien rare le talent d'une conversation toute surnaturelle, digne récompense de son amour pour l'oraison et la mortification. Telle était la rigueur de ses austérités, qu'on craignit un moment pour sa vie. Aux ciliées et aux tlagellaiions, il joignait un jeûne rigoureux pendant Pavent, et tous les samedis de l'année, en l'honneur de la très sainte Vierge; la veille des fêtes de . Notre-Dame, il se contentait de pain et d'eau.

Maître des novices. Recteur ou Préposé de la maison professe, le P. Gustapane sut si bien se gagner les cœurs, qu'on vit les difl'érentes cités qui le possédèrent tour à tour, faire de solennelles démarches, et recourir même à Rome pour empêcher son départ

OU pour le posséder de nouveau ; ce fut en sa considération que le peuple de Bénévent choisit unanimement saint Ignace et saint François Xavier pour patrons. Quand il eut obtenu d'aller s'exposer à la mort, dans le grand hôpital des pestiférés, le supérieur et tous les Pères de la maison professe de Naples voulurent l'accompagner jusqu'au seuil de sa nouvelle demeure, et ils demeurèrent là plus d'une heure, fondant en larmes, sans pouvoir se ré- .soudre à l'abandonner. Le P. (lustapane les consolait avec le plus aimable sourire et se félicitait devant eux d'avoir enfin trouvé les clefs et la porte <lu paradis. Les derniers jours de cet homme de Dieu dépassèrent encore l'attente que ses vertus avaient fait concevoir. Après avoir reçu l'extrême-onction et le saint Viatique, il se mit en prière à genoux, comme il avait coutume de le faire on bonne santé, pressaTit sur sou cœur et sur ses lèvres l'image de Jésus crucifié, et il attendit doucement et joyeusement la mort qui ne tarda pas en elfet h le frapper.

Ai-EGAMBK, Heroes et Victim. charit., p. 517. — Pathignam, Menol., 28 gîugno, p. 204. — Na.d\si, Annus dier. meinor., 2H* j'un., p. 335. — Drews, Fasti Soc. Jes., 28* /un., p. 246.

* N. B. — On assure que plus de deux cent mille personnes tombèrent victimes de cet horrible fléau. Quand il eut pris fin, on chercha à se rendre compte des causes qui avaient pu l'amener et des etïorts qu'on avait faits pour le combattre. Plusieurs se plaignirent des Ordres religieux, et les accusèrent auprès du Pape Alexandre Vil de n'avoir pas rempli tout leur devoir dans ces douloureuses circonstances. Pour venger la Compagnie d'un reproche immérité, le P. Agnello Frattasi exposa dans un court mémoire ce qu'avaient fait et souffert les Jésuites de Nuples ef des villes vol-

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