XXIX JUIN
Le vingt-neuvième jour de juin de l'an 1656, mourut au collège de Naples le F. Coadjuteur Onofrio Como, peintre distingué, mais qui laissait volontiers son pinceau pour se livrer aux plus humbles occupations. Pour ne jamais perdre de vue le souvenir de Notre-Seigneur, il s'était fait une pieuse habitude de distinguer tous les moments du jour et de la nuit, suivant les mystères douloureux qui s'y accomplirent. GrAce à cette pieuse industrie, il n'éprouvait aucune peine à répondre en une seule journée par des centaines et des milliers d'actes d'amour, à l'amour infini du Cœur de Jésus. Souvent même, quand l'un de ses frères lui demandait l'heure à l'improviste, il ne trouvait d'abord que cette réponse : « C'est l'heure où Notre-Seigneur a été fouetté à la colonne ; celle où il a été cloué à la croix, percé d'une lance », paroles dont le ton simple et pénétrant faisait une profonde impression. Avec de pareils sentiments, on ne s'étonnait pas de l'avidité du F. Como pour les souffrances. La seule vue de son ciliée faisait horreur ; cependant il joignait d'ordinaire au ciliée une croix hérissée de clous, ou d'autres instruments de pénitence pour les différentes parties de son corps. Mais les opprobres du Sauveur dans sa Passion ne lui étaient pas moins chers, surtout quand ils se
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rencontraient unis à quelque acte de charité ou d'obéissance. Plus on semblait mal juger, et sévèrement blâmer sa conduite, i)lus il se portait avec ardeur à tout ce que ses supérieurs l'invitaient à faire, ou lui permettaient. La peste ayant éclaté à Naples, et beaucoup des Nôtres étant atteints de lii terrible contagion, le F. Gomo se tlt leur inlirmier, sans plus d'égard pour lui-même, dit le P. Alogambe, et sans plus de ménagement, que s'ils avaient souiîert de la tlèvre la plus bénigne et la plus inoffensive. Il donna joyeusement sa vie dans cet olfice de dévouement et de charité. Il était âgé de quarante ans et en avait passé vingt dans la Compagnie.
Âi.EG\MBK, ticroes et Victimx charitat., anno 1656, p. 531.
* Vers la fin du mois de juin, l'an 1686, mourut à Naples au service des pestiférés le P. Lucius Pignatelli, neveu d'Antoine Pignatelli ({ui fut plus tard élevé au pontificat sous le nom d'Innocent XII. Loin de se laisser éblouir à l'éclat des honneurs qui semblaient l'attendre, le jeune Pignatelli dit adieu au monde dès l'âge de seize ans, et embrassa l'humilité de la vie religieuse dans la (compagnie. Bientôt après, il sollicita la grâce d'aller s'ensevelir pour jamais dans les plus obscures et plus laborieuses missions des Indes. Déjà il était à Lisbonne, où sa ferveur lui avait mérité le surnom d'ange, ([uand l'obéissance le rappela subitement à Naples. Il y remplit plusieurs charges importantes, et dirigea avec de grands fruits la congrégation des nobles. Lorscjue la peste
de 4656 se déchaîna sur cette ville, le P. Pignatelli .s'empressa
d'ofTrir ses services; il succomba bientôt aux atteintes du redoutable lléau, heureux, puisque le martyre du sang lui avait été
refusé, de cueillir au moins la palme du martyre de la charité.
Il n'avait que quarante-deux ans, et en avait passé vingl-ciuq dans la Compagnie.
Ai.icG.\MBE, Heroes et Victimsc. charilat., p. 52 1. — Din:\v,s, Fa>^li Soviet. Jes., 28» jun., p. 246.