‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 324 sur 331 · XXX JUIN · texte numérisé non relu

XXX JUIN

Le trentième jour de juin de l'an 4665, mourut au collège de Trapani le P. Jérôme Ballaro, dont Notre-Seigneur parut vouloir manifester, dès qu'il eut rendu le dernier soupir, la haute sainteté cachée jusque là presque entièrement aux yeux des hommes . On le regardait à la vérité comme un irréprochable modèle de la vie commune, mais sans toutefois soupçonner qu'il eut su parvenir en secret, surtout par les actes intérieurs, au sommet de la plus haute perfection. Or, le jour même de sa mort, il apparut tout brillant de lumière à une sainte âme, tenant une palme à la main, et le front couronné de l'auréole des martyrs comme s'il eût versé jusqu'à la dernière goutte de son sang pour Jésus-Christ. C'était, dit-il, la récompense des souffrances qu'il avait acceptées de la main de Notre-Seigneur, et qu'il s'était infligées à lui-même jusqu'à l'âge de soixante-treize ans. Quelques négligences ce])en(lanl l'avaient retenu plusieurs heures loin de Dieu dans les flammes du purgatoire ; mais son ange gardien était descendu près de lui [)our le consoler, et la très sainte Mère de Dieu venait enfin, ajou-

734 MÉNOLOGE S. J. — ASSISTANCE d'iTALIE.

tait-il, d'ouvrir les portes de sa prison, et de le conduire elle-même aux pieds de son divin Fils.

Aguileka, Histor. Provinc. Sicul., t. 2, p. 840.

Le trentième jour de juin, l'an 1622, mourut dans la maison professe de Naples le P. François Mastrilli, de la noble famille de ce nom qui a donné plusieurs de ses membres à la Compagnie. Lorsqu'il reçut pour la première fois le corps de Notre-Seigneur des mains du P. Antoine Spinelli, celui-ci fut si frappé de sa modestie, de son recueillement, de sa piété tout angélique, qu'il n'hésita pas à déclarer que cet enfant serait un jour religieux et mourrait comme un saint. François Mastrilli ne parut pas cependant d'abord donner raison à l'homme do Dieu. Car après de brillantes études, il reçut le sacerdoce et partit pour Rome, où il entra à la Cour pontificale en qualité de prélat domestique du pape Clément VIII qui le prit en singulière estime et alfection. Mais l'exemple de trois de ses oncles enrôlés sous l'étendard de saint Ignace, et plus encore peut-être les entretiens du P. Aquaviva, Général de la Compagnie, qui avait renoncé pour l'amour de Jésus- Christ à des honneurs semblables, firent sur son âme une impression profonde, et s'arrachant à ses biens et à ses espérances, il se renferma, pauvre et dépouillé de tout, au noviciat de Naples. Presque aussitôt, il demanda la grâce d'aller joindre ses fatigues à celles que le P. Nicolas Mastrilli, son oncle, supportait en Amérique dans les missions du Paragua3\ Repoussé une première fois, il revint à la charge avec une constance que l'Histoire de la Province de Naples relève avec raison comme un des traits les

XXX JUIN. P. KRAN'ÇOIS MASTKILLI. 735

plus glorieux à sa mémoire. 11 ne laissait [)as s'écouler une année sans l'aire parvenir de nouvelles instances au Pèn-e Général. On lui représentait la faiblesse de sa santé ; il se procura des attestations favorables de plusieurs médecins ; on lui objectait que la mission qu'il sollicitait était contraire à son tempérament ; il s'offrit pour toute autre qu'on voudrait lui désigner ; il ne serait à charge à personne, ajoutait-il ; sa famille ferait tous les frais des voyages ; enfin si sa Paternité ne jugeait pas à propos d'accéder à ses désirs, ce vrai lils de saint Ignace voulait au moins protester qu'il se tenait prêt à répondre au premier appel et à travailler dans n'importe quel pays du monde.

Cette pensée de l'apostolat lointain ne le quittait pour ainsi dire ni jour ni nuit ; elle lui communiquait une force incro3'able pour se dévouer, malgré une complexion délicate et les cruelles souffrances de la goutte, à tous les ministères de notre vocation, la confession, l'évangélisation des pauvres, la direction de la congrégation des communiants, instituée par saint Ignace pour promouvoir le culte de la sainte Eucharistie. Jusque dans les braa de la mort, le P. François Mastrilli ne put détacher son cœur du souvenir des missions. Sans doute, il mourait avec joie, disait-il ; mais ce n'était pas sans emporter le regret d'expirer dans un lit, au lieu de tomber sous le fer des bourreaux, pour rendre témoignage à Jésus-Christ. Il était âgé de quarante-cinq ans et en avait passé dix-sept dans la Compagnie.

CoRDARA, Hislor. Societ. Jes., part. 0* , lib. 7, n. 27, p. 353. — San- TAGATA, Islor. dclUi P fovinc . di Napoli., t. 4, p. 224. — Sciunosi, Istor. délia Proi'. di Napoli, t. 1, /;. 6G.

TABLE DES MATIÈRES ^'

ASSISTANCE D'ITALIE

Page 1