‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 59 sur 331 · XXXI JANVIER · texte numérisé non relu

XXXI JANVIER

Le trente-et-unième jour de janvier de l'an 1615, mourut dans la maison professe de Rome le P. Claude Aquaviva, cinquième Général de la Compagnie, qu'il gouvernait depuis trente-quatre ans, avec autant de gloire aux yeux de Dieu et des hommes, que de sagesse, de courage et de sainteté. Nul autre, dit Bartoli, ne fut élevé à cette charge avec des signes plus manifestes et plus nombreux d'une élection divine ; et nul autre peut-être, après saint Ignace, n'eut plus de titres à la reconnaissance xle ses inférieurs et ne les aida plus puissament à procurer la double fin de leur vocation. Né à Naples en 1543, et dernier fils d'Antoine Aquaviva, duc d'Atri, le jeune Claude, élevé dans le palais de son père, n'avait guère connu que de nom quelques-uns des premiers compagnons de saint Ignace. Vers l'âge de vingt ans, il se rendit à Rome, pour y défendre devant le Souverain Pontife une question fort délicate, concernant les intérêts de sa famille ; mais il fut retenu à la cour romaine, et choisi pour camérier intime par Pie IV d'abord, puis bientôt après par Pie V, ravis l'un et l'autre de ses nobles qualités de cœur et d'esprit.

Les PP. Christophe Rodriguez, Jean Polanco et François de Borgia étaient souvent admis à l'audience du Saint-Père. Leur seu-

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le vue révélait des hommes de Dieu. Aquaviva ne pouvait sans émotion les entendre parler des choses du ciel ; peu à peu il eu vint à leur porter une sainte envie ; puis il s'informa secrètement de leur genre de vie et de leur règle. L'espérance prochaine et assurée de la pourpre romaine le fit toutefois balancer longtemps ; mais enfin à vingt-quatre ans, le jour de la fête de saint Pierre, frappé vivement de ces paroles : « Mes brebis écoutent ma voix et me suivent-», il alla, au sortir de la messe pontificale, se jeter aux pieds de François de Borgia, et le supplia de l'admettre à l'heure même au nombre de ses enfants. « Le palais apostolique a perdu son plus bel ornement », s'écria le légat du Saint-Siège, Nicolas Ormanetto, en apprenant cette nouvelle.

Neuf ans plus lard, après avoir gouverné le Séminaire Romain, et fait refleurir en quelques mois le collège de Naples, réduit par le trop fameux P. Den3^s Vasquez au plus triste état, Claude Aquaviva était élevé le même jour au degré de profès et à la charge de Provincial de Naples ; puis, appelé par le P. Mercurian à gouverner la Province de Rome, il était dès l'année suivante élu Général de la Compagnie à l'Age de trente-sept ans. On sait comment les PP. Jules Mancinelli, Claude Mathieu, Richard Flaminius et plusieurs autres, le virent présenté par saint Ignace et la très sainte Vierge, d'abord à Notre-Seigneur et au Père Eternel, qui l'agréèrent, puis à tous les Pères réunis dans la salle de l'élection. Le P. Jérôme Natal avait annoncé son choix bien des années auparavant ; il avait dit au P. Claude lui-même : « Mon Père, que votre principal, et pour ainsi dire unique livre, soit désormais celui des Constitutions de saint Ignace ; car vous en aurez un jour grandement besoin » !

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