IV JANVIER. — V. PYRRHUS GHERARUI
Le fléau de la peste fil tout à coup invasion dans la ville sainte, et y multiplia les victimes. La maison professe du Gesù n'échappa à la contagion, que grâce h une protection particulière de saint Ignace, comme en fait foi un tableau commémoratif, suspendu en signe <le reconnaissance à son tombeau.
Le P. Petra saisit avec un joyeux empressemenl cette occasion de faire le sacrifice de sa vie : deux mois entiers, il ne cessa, en compagnie de plusieurs autres Pères, de se dépenser au service des malades et des moribonds, et de leur prodiguer tous les secours spirituels et corporels de la plus ardente charité. Comme si tant de travaux ne sultisaient pas encore à apaiser sa soif d'immolation, il y joignait matin et soir les plus rudes flagellations. La nature succomba enfin à tant de fatigues. y\tteint du redoutable mal, il dut se l'etirer du champ de bataille ; tous les moyens pour le ramener à la vie furent impuissants ; après une lutte de cinq jours, pendant lesquels il fit éclater une invincible patience, on le trouva mort à genoux devant une image de saint Ignace, comme si le vaillant soldat avait voulu rendre le dernier soupir sous les yeux de son chef; et être présenté par lui au souverain capitaine et roi de la Compagnie, Notre-Seigneur .lésus-Christ.
P.vTRiGNANi, Menologio, 4 Genn., p. '4.5. — Alegamre, Heroes et Victimœ charitat., ann. 1657, p. 555.
* Le quatrième jour de janvier de l'an 1684 rappelle la mémoire du P. Pyrrhus Gherardi, mort à Rome dans la quatre-vingt-troi-
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sième année de son Age et la quai'antième depuis qu'il exerçait les fonctions de Procureur général de la Compagnie. La carrière des honneurs ecclésiastiques s'était ouverte de bonne heure devant lui : à vingt ans. il avait été pourvu d'un canonicat, et immédiatement après son i^acerdoce, nommé pénitencier de la cathédrale do Parme. Peut-être se serait-il contenté d'une vertu commune dans le monde, quand un exemple héroïque de dévouement lui inspira l'ambition d'une perfection plus haute. Un de ses frères, François Gherardi, religieux de la Compagnie, était all<> dans la sainte maison de Lorette, offrir les prémices de son sacerdoce, et il l'avait accompagné. Les premières ardeurs de sa dévotion à peine satisfaites, le nouveau prêtre apprend que la peste vient d'éclater à Parme ; aussitôt il rourt se jeter au milieu de la contagion, et il ne tarde pas à tomber victime <ie sa charité.
En présence de ce glorieux trépas, le chanoine Pyrrhus est saisi d'admiration ; il renonce sur-le-champ à ses dignités, et s'offre à prendre la place de son frère ; il avait alors trente-trois ans. Dès le premier jour de son noviciat, sa vertu parut formée ; il remplit ensuite ilifférents emplois dans les collèges, sans être lîxé à aucun, lorsque le P. Mutins Vitelleschi le fit venir à Home, et lui confia la cliarge de Procureur général de la Compagnie. C'est là que le voulait la Providence ; pendant quarante ans, jusqu'à son dernier soupir, le P. Gherardi usa joyeusement et vaillamment ses forces dans ce labeui' ingrat. On admirait son application entière à ses devoirs : son exactitude et ba netteté dans ses réponses aux mille questions qui affluaient à son bui'eau de toutes les parties (lu monde; sa dextérité et sa constance à poursuivre et à mènera bonne fin les affaires les plus épineuses et les plus embrouillées.
IV JANVIER. r. ANTOINIO ÇOXTARINI. 'tb
Le successeur du P. Vitelleschi, le Vénérable l\ Vincent Caraft'a, l'appelait hautement le compagnon do son généralnt, et déclarait qu'il ne connaissait personne plus an conrani des (dioses de l'Institut.
A ces rares qualités d'administration, le P. Glierardi joignait dans une perfection égale toutes les vertus religieuses, même celles qui auraient semblé pouvoir moins facilement s'accorder avecla nature de ses fonctions : une pauvreté très sévère et très étroite pour lui-même, mais large et généreuse ponr les autres, et surtout pour les pauvres, auxquels il abandonnaii tout ce <]ue le Père Général mettait à sa disposition ; une union ;i Dien presque continuelle, et une telle habitude de la prière qu'on lui avait donné le surnom d'homme toujours à genoux et en oraison. Nul n'était plus humble, plus exact à demander les plus minimes permissions, à garder les moindres règles, à suivre jusque dans sa vieillesse tous les exercices de la vie commune. La mort du P. (Iherardi fut le digne écho de sa sainte A'ie ; par reconnaissance autant que par vénération, les supérieurs firent prononcer devant les Nôtres le panégyrique de ce bon et fidèle serviteur de Dieu et de la Compagnie.
P\T«iGN\Ni, Menai., 4 Genn., p. 46.
* Le quatrième jour de janvier de l'an 1761, mourut à Padoue dans une sainte et laborieuse vieillesse le P. Antoine Contakim, de l'antique et noble famille vénitienne de ce nom, don! Notre Bien- A. i. — T. I. — 4.
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heiu'eux Père avait plus d'une fois reconnu les grands services envers son Ordre naissant. La Providence semble avoir suscité cet excellent ouvrier dans les derniers temps de l'ancienne Compagnie, pour montrer avec éclat que les enfants de saint Ignace n'avaient point dégénéré de l'esprit de leur fondateur. Sa vie s'écoula presque tout entière à Padoue ; et en vérité, dit l'auteur de son éloge, elle est plus admirable qu'imitable. Pendant quarante ans, il ne cessa de se dépenser au bien des âmes ; il embrassait toutes les œuvres de zèle et de charité : secourir les pauvres, visiter les malades, assister les moribonds, entendre les confessions, prêcher, diriger de vive voix et par écrit une multitude de personnes, qui de toutes les parties de la ville et du diocèse recouraient à ses lumières. Il est vrai que Dieu l'avait doué d'un tempérament de fer, capable de résister à toutes les fatigues. II s'en prévalait pour se refuser tout ménagement, et se charger sans miséricorde ; déjà presque octogénaire, il travaillait encore à l'égal des plus jeunes et des plus intrépides, lorsqu'une chute de voiture le condamna pour le reste de ses jours à une sorte d'immobilité. Dans cette situation si pénible à son activité naturelle et si contraire à ses habitudes, le P. Contarini lit paraître une résignation admirable, mais il ne renonça pas au travail. Tous les jours il se faisait porter à la maison de retraite; et là, enfermé dans un confessionnal, il se livrait de longues heures à la multitude des pénitents.
En même temps, par un secret qui est celui des saints, cet infatigable ouvrier, tout entier aux âmes, était aussi tout à Dieu. Souvent, à l'exemple de saint François-Xavier, après avoir consacré le jour aux œuvres extérieures, il donnait encore la nuit à
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la prière. Il possédait dans iiii degré éniinenl toutes les vertus propres à un apôtre : un grand esprit de foi ; un complet oubli de soi-même, de ses aises comme de sa réputation; une simplicité de colombe jointe à une prudence de serpent ; une affabilité de manières ravissante; un calme et une sérénih^ d'âme qui se reflétaient dans les traits de son visage ; une tendresse de cœur toute maternelle pour les affligés ; enfin un empressement toujours égal h accueillir, écouter, supporter tous ceux cpii venaient h lui, sans donner jamais aucun signe d'impatience ou d'ennui.
Aussi le P. Contarini était-il vénéré comme un saint dans tout le diocèse de Padoue, et les ennemis les plus acharnés de la (Compagnie ne pouvaient eux-mêmes lui refuser leur estime. Quand il mourut, ce fut partout un concert de louanges et de regrets ; la foule se disputa comme des reliques les moindres objets ([ui avaient été à son usage. Le P. Contarini était dans la quatre-vingtunième année de son âge et la soixante-sixième depuis son entrée dans la Compagnie.
BoERO, Menol. , 4 Genn. ., p. 8;î et
suiv.