XII FEVRIER
Le douzième jour de février de l'an 1693, fut massacré à coups de massue, dans les missions de la Noirvelle-Grenade, le P. Vincent LovERSO, Sicilien. Il passait déjà pour un des avocats les plus distingués de Palerme, lorsque à l'âge de vingt-trois ans, il foula aux pieds toutes les espérances du monde. Loin de prétendre tirer quelque honneur de sa haute réputation, il pria les supérieurs, après les épreuves du noviciat, de lui faire recommencer ses études de grammaire ; et il s'y livra tout entier, ne croyant devoir rien épargner, disait-il, pour glorifier Dieu par la science aussi bien que par la sainteté. Douze ans après, il s'embarquait pour la Nouvelle- Grenade. Sa triple navigation de Sicile à Gênes, de Gênes à Cadix, de Cadix à Carthagène, fut pour lui un lent et douloureux apprentissage du martyre. Les convulsions et les flots de sang que lui coûta cette longue traversée, ne l'abattirent pas un seul moment. Rien ne put le décider à s'arrêter dans quelque port et à retourner en arrière.
Bien plus, sans prendre même le repos que son corps épuisé réclamait impérieusement, à peine débarqué à Carthagène, il entreprit le rude trajet de cette ville aux rives de l'Orénoque, où quelques peuplades sauvages commençaient à se réunir autour de la croix.