‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 95 sur 331 · XXI FÉVRIER. — P. JÉRÔME CENTOFIORINI · texte numérisé non relu

XXI FÉVRIER. — P. JÉRÔME CENTOFIORINI

d'une aumône qu'il avait faite ; tantôt c'était un malade auquel il obtenait en un moment, par ses prières, une guérison inopinée ; tantôt c'était une main invisible qui lui ouvrait les portes fermées, lorsque après avoir assisté quelque moribond, il retournait au collège bien avant dans la nuit.

Le P. Boselli fut emporté par un coup soudain, à l'âge de soixante-douze ans, selon qu'il en avait souvent exprimé le désir, afin de n'être à charge à personne. Mais si sa fin parut inopinée aux autres, elle ne fut pas imprévue pour lui. Car le jour même où il rendit le dernier soupir, après avoir passé toute la matinée au confessionnal, il fit ses derniers adieux à un homme de qualité son pénitent : « Le Seigneur nous appelle à sa gloire, lui dit-il ■ adieu, nous nous reverrons en paradis».

Guidée, Ménol. ms. , traduit du Ménol. romain, p. 66. — P\trign\.ni, Menol. , 21 febb., p. 193. — Cassa.ni, Varones ilustres, t. 3, p. 111.

* Le vingt-et-unième jour de février de l'an 1712, mourut à Tossiccîa, dans les Abruzzes, le P. Jérôme Genïofiorini, de Recanati, un de ces admirables apôtres, qui à la fin du XVll" siècle et au commencement du XVIIP, se signalèrent par tant de glorieuses victoires sur l'enfer. 11 était venu à Rome déjà prêtre, pour se frayer la voie aux honneurs de l'Eglise, quand deux de ses oncles qui avaient échangé l'éclat des prélatures romaines contre l'humilité de la vie religieuse dans la Compagnie, obtinrent de Dieu à force de prières A. I. — T. I. —31.

qu'il renonçât à ses brillantes espérances, et les suivît sous l'étendard de saint Ignace, à l'Age de vingt-trois ans. Jérôme Centofîorini, comme honteux d'avoir tardé si longtemps à quitter le monde, s'efforçait de racheter par un redoublement de ferveur les années consumées dans de vains projets, et il aimait à s'appliquer ces paroles de saint Augustin : Si sero, tamen serio.

Son noviciat terminé, il fut associé au P. François Petruccioli, célèbre missionnaire, et parcourut avec lui pendant trois mois la Campagne romaine. Il fut si frappé des grands biens de ce ministère, qu'il résolut, autant qu'il était en lui, d'y consacrer le reste de ses jours. Mais l'obéissance le retint d'abord huit années entières dans l'étroite enceinte d'une classe. Son zèle, excité par cette longue attente, semblable à une flamme longtemps captive, put enfin se donner carrière. Pendant près de trente ans , compagnon du P. Tomasini, du bienheureux Baldinucci et d'autres intrépides apôtres, il ne cessa de porter la bonne nouvelle dans les grandes villes et les plus humbles hameaux. L'année était comme une suite ininterrompue de missions : les retraites publiques succédaient aux missions proprement dites, et les stations de carême remplissaient l'intervalle laissé entre les unes et les autres.

Le P. Gentofîorini avait du reste toutes les qualités de l'orateur populaire : une imagination vive, une mémoire facile et tenace, une parole ardente, une voix forte et sonore qui se faisait entendre sans peine aux plus nombreux auditoires , et que nulle fatigue ne parvenait à briser ; surtout il avait la réputation de sainteté qui l'accompagnait partout , la vertu de ses jeûnes, de ses flagellations , de ses oraisons prolongées , des prodiges qu'on lui attribuait. Aussi l'ébranlement était universel. A Florence, la vaste

XXI FÉVRIER. — P. CENTOFIORINI. 243

enceinte de la cathédrale pouvait à peine contenir les flots de la foule qui se pressait autour de sa chaire ; ce n'était pas seulement le peuple, c'était la plus haute noblesse et le grand-duc de Toscane avec sa cour qui recueillaient avec avidité sa parole. Des conversions sans nombre récompensaient son zèle ; une si grande multitude prit part à la communion générale qui suivit la retraite, que de mémoire d'homme, on ne se rappelait pas avoir vu un spectacle pareil. Dieu soutenait manifestement son serviteur ; atteint plus d'une fois de maladies mortelles et conduit jusqu'aux portes du tombeau, le P. Centofiorini, à peine échappé au péril, reprenait son travail avec le même oubli de lui-même et de tous les ménagements. Mais une nouvelle infirmité mit sa vertu à une rude épreuve : toutes ses dents tombèrent l'une après l'autre et il se vit exposé au péril de ne pouvoir plus se faire entendre ; c'était bien le sacrifice le plus pénible de tous pour son cœur d'apôtre. Dans cette extrémité, il appliqua sur ses lèvres la relique de saint Térentien martyr, à qui les bourreaux avaient coupé la langue, et qui n'avait pas laissé de chanter les louanges de Dieu : « Bienheureux martyr, lui dit-il, ô vous qui avez parlé sans votre langue, obtenez-moi de prêcher et d'être entendu du peuple sans mes dents » ; prière naïve et confiante qui fut pleinement exaucée.

C'est sur le champ de bataille de son apostolat que le P. Centofiorini devait tomber. Saisi d'une fièvre violente pendant qu'il donnait une retraite à Tossiccia, localité des Abruzzes, il resta néanmoins debout trois jours encore, et continua de prêcher matin et soir ; mais l'heure était venue où le maître de la moisson voulait récompenser son zélé serviteur. La nouvelle de sa mort se répandit avec rapidité. Plus de cinq mille personnes accoururent de toutes

les campagnes environnantes, et accompagnèrent, des torches en main, sa précieuse dépouille, comme celle d'un apôtre et d'un saint. Le P. Centofiorini était âgé de soixante-trois ans, et en avait passé quarante dans la Compagnie.

Tvtn, Brevi Ragguagli. . . , p. 133-174. — Patrignani, Menolog.^ 1\. fehhr., p. 194. — Mazzolari, Comment, et Ellog. , />. 146.

Page 1