‹ Ménologe de la Compagnie de Jésus (volume 5)Chapitre 94 sur 331 · XX FEVRIER · texte numérisé non relu

XX FEVRIER

Le vingtième jour de février de l'an 1680, mourut dans la fleur de l'âge le F. Jean Pic de la Mirandole, Scolastique du Collège Romain, enterré près de l'autel de saint Louis de Gonzague. Frère et unique héritier d'Alexandre 11, duc de la Mirandole, il se rendit, à peine âgé de dix-huit ans, au noviciat de Novellara. Quand il vit venir au devant de lui le P. Alexandre Boselli, alors Provincial de Venise, il se mit à genoux et demanda humblement la grâce d'être reçu parmi les enfants de la Compagnie. Dès ce jour, il supplia son Père Maître d'oublier tout ce qu'il avait été dans le monde, et de n'avoir aucun égard pour la délicatesse de sa complexion. Comme il s'offrait quelque temps après à Notre-Seigneur, il crut entendre intérieurement cette parole : « Toutes tes offres sont bien peu de chose »! 11 lui vint alors en pensée que peut-être il n'avait pas embrassé une vie assez austère. Mais aussitôt qu'il eut ouvert son cœur à ce sujet à son Père Maître, celui-ci lui fit si bien comprendre l'excellence et la perfection des règles de saint Ignace, que ses inquiétudes se dissipèrent sur-le-champ. 11 y avait à Novellara un vieux et saint Frère Coadjuteur accablé d'infirmités et couvert de plaies. Le F. de la Mirandole s'offrit à le panser et à le servir. Rien ne semblait lui coûter dans ce ministère de charité, et le

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bon vieillanl pleurait de reconnaissance, en revoyant chaque jour ce jeune prince lui prodiguer les plus délicates attentions.

Cependant la vocation du F. Jean n'était pas à l'abri de tout péril. Son frère désirait vivement lui transmettre un jour l'héritage de sa principauté. Pour couper court à ces tentatives, le g-énéreux novice s'adressa plein de confiance à la très sainte Vierge, et forma le dessein de renoncer par vœu à toute dignité humaine, nommément à celle qu'on lui proposait ; et après une longue et sérieuse préparation, il fut admis à prononcer ce vœu le jour de la fête de saint François de Borgia. Contraint par l'obéissance d'aller plus tard, durant ses études, passer quelques jours dans le palais de son frère, il y reparut comme autrefois Louis de Gonzague à la cour de Castiglione, sanctifiant bien des âmes par sa seule présence. Il mourut après un peu plus de six ans de vie religieuse, consumé lentement par une maladie de poitrine, rendant grâces jusqu'à son dernier soupir à la Reine du ciel, de sa vocation et de sa persévérance dans la Compagnie.

Patrignani, Menol. , 20 febbr. , p. 182. — CASSA^f^, Varones ilustres, t. 3, p. 268-277.

*Le vingtième jour de février de l'an 1779, mourut à Rome dans l'ancienne maison professe du Gesii, le P. Pascal de Matteis, de Lecce, religieux également remarquable par sa piété, sa doctrine, sa prudence dans le gouvernement, et son amour de la Compagnie. Le roi de Naples l'avait choisi pour un des théologiens de la cour,

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et saint Alphonse de Liguori, qui l'honorait de son amitié, ne publiait aucun livre sans l'avoir soumis à son appréciation.

Mais c'est dans la direction des Nôtres que le P. de Matteis faisait surtout éclater son zèle et son admirable sagesse. Supérieur des Scolastiques, juvénistes et philosophes, Maître des novices pendant neuf ans, Recteur du grand collège de Naples, Provincial, Préposé de la maison professe, il ne négligeait aucun des moyens que recommande l'Institut pour promouvoir, avec douceur et fermeté tout ensemble, les vertus solides et la discipline religieuse. H en était alors besoin plus que jamais. La tempête qui avait emporté la Compagnie en Portugal, en France et tout récemment en Espagne, commençait à gronder en Italie. L'indigne ministre du jeune roi Ferdinand, Tannucci, avait juré notre perte. Après une longue suite de vexations savamment combinées, d'intrigues et de mensonges adroitement mis en œuvre pour tromper à la fois le roi, le peuple et ses propres victimes, il parvint, avec la complicité du confesseur du prince, à faire signer à Ferdinand le décret d'expulsion, qui s'exécuta le vingt novembre 1767, au milieu des ténèbres de la nuit, par crainte d'un soulèvement.

Tannucci osa bien proposer au P. de Matteis une situation avantageuse, s'il voulait se séparer de ses compagnons et rester à Naples. Le religieux se contenta de répondre qu'un homme traître à son Dieu pourrait bien n'être pas fidèle à son roi, et il prit la route de l'exil. Le P. Pagano, Provincial, lui confia la tâche délicate de s'occuper des jeunes religieux qui s'étaient réfugiés sans aucune ressource dans les Etats pontificaux. Le P. de Matteis les réunit dans une demeure commune, les encouragea par de fréquentes exhortations, rétablit le cours des études et tous les exer-

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cices de la vie de communauté. Mais le bref de Clément XIV, en supprimant la Compagnie, les dispersa de nouveau sans retour. Pendant plusieurs jours, le P. de Matteis ne cessa de pleurer ; .sa douleur était inconsolable. Adorant les desseins secrets de la Providence, il se livra plus que jamais à l'étude et à la prière. Aux pieuses pratiques qu'il avait composées autrefois pour favoriser la dévotion des six ou des dix dimanches en l'honneur de saint Louis de Gonzague et de saint Stanislas Kostka, il ajouta les neuvaines de saint Ignace, de saint François Xavier, des saints anges, et divers ouvrages de polémique religieuse dont la plupart ont été publiés sous le voile de l'anonyme ou sont demeurés manuscrits. Longtemps ballotté par l'orage et sans demeure assurée, errant tour à tour à Terracine, à Anagni, à Frosinone, à Frascati, et laissant partout la réputation d'un homme consommé en sainteté, il eut enfin la consolation de pouvoir se fixer à Rome dans la maison du Gesù, en compagnie de plusieurs de ses anciens frères. On croit qu'il fut averti de sa fin prochaine par son bon ange, auquel il avait une dévotion extraordinaire. Une céleste harmonie sembla réjouir sa dernière heure. On le vit tout rayonnant de joie ; puis prenant son crucifix, il baisa avec amour la plaie du côté, inclina doucement la tête et expira. Il était dans la soixantedouzième année de son âge et la cinquante-septième depuis son entrée dans la (Compagnie.

Caballero, Supplem. secund. Scriptor. Soc. Jes., p. 71. — Boeho, Menol. , 20 f'ebbr., p. 363. — Termanini, Vita nis. — de Backer, Bibliothèque..., 1"^ édit., t. 4, p. 405.

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Le vingt-et-unièine jour de février, de l'an 1788, mourut au collège de Polotsk, à l'àge de trente-huit ans, le P. François Angio- LiNi, qui après la dissolution générale de la Compagnie par Clément XIV, était allé la chercher de nouveau jusqu'en Russie. Quatre de ses frères s'étaient enrôlés avec lui sous les drapeaux de saint Ignace, et ses cinq sœurs avaient embrassé la vie parfaite dans différents instituts religieux. François avait eu dès son enfance la modestie et la pureté d'un ange. Entré au noviciat de Novellara, à l'âge de quinze ans, il vit bientôt après les Jésuites chassés de Plaisance, sa patrie, par le duc de Parme ; mais ni les larmes de sa famille, ni les prières et les offres brillantes de l'évêque de Plaisance et du ministre d'Etat ne purent le détacher d'une vocation proscrite déjà dans la moitié de l'Europe ; et quand elle lui fut arrachée de force, il n'en abandonna aucun exercice, ni aucune règle ; étranger aux fêtes et aux distractions du monde, il ne voulut goûter aucune consolation humaine. 11 se retira à Vérone et partagea toutes ses journées entre la prière et l'étude. Cependant consumé par le désir et l'amour du bien qu'il avait perdu, le P. Angiolini se rendit à Naples où les dispositions bienveillantes du roi Ferdinand donnaient l'espérance d'une pro-

chaîne résurrection de la Compagnie. Mais cette espérance même ne suffisait pas à ses regrets, et il résolut d'aller affronter le rude climat de la Russie pour reprendre le joug de l'obéissance. Bien des épreuves l'y attendaient, et en particulier une cruelle tempête de scrupules qui achevèrent de le purifier. Dans ses angoisses, il n'avait d'autre consolation que d'ouvrir toute son âme à son confesseur, et d'en suivre aveuglément les moindres prescriptions, ne voulant que faire ou souffrir tout ce qu'il plairait à Notre- Seigneur. Héroïque disposition qui lui fît retrouver la paix et la joie des anges durant les deux dernières années de sa vie.

BoEHo, Menol. , 21 febbr. , p. 396. — Caballeho, Bibliolh. Scriptor. Soc. Jes. , Supplem. , secund. p. , 6. — Sommervogel, Bibliothèque de la Compagnie de Je'sus, t. 1, p. 391.

Le vingt-et-unième jour de février de l'an 1660, le P. Alexandre BosELLi mourut au collège de Parme, dont il était l'insigne bienfaiteur. Ennemi déclaré de son repos et de ses aises, le P. Boselli se réglait uniquement sur les maximes de la Sagesse divine et sur l'Institut. Il se regardait sincèrement comme le dernier de tous, et goûtait une joie profonde quand il pouvait se charger d'un office ou d'une corvée qu'il était difficile d'imposer à d'autres. Au milieu des occupations les plus diverses, il était toujours égal à luimême et étroitement uni à Dieu.

Ces rares vertus, rehaussées encore par l'éclat des prodiges, lui acquirent la réputation d'un saint parmi les Nôtres et parmi les étrangers. Tantôt c'était un inconnu qui lui apportait le centuple

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