‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 119 sur 356 · XXXI AOUT. P. ADAM LIPOWSKI · texte numérisé non relu

XXXI AOUT. P. ADAM LIPOWSKI

assistant les pestiférés dans la ville de Plock en Lithuanie. Les lettres qui annoncèrent sa mort, l'appellent un chérubin et un séraphin, toujours en contemplation devant le trône de Dieu, consumé des plus ardentes flammes de son amour. En dehors de Dieu, tout lui était à charge ; il estimait comme perdue toute parcelle de temps qu'il n'eût pas employée à s'entretenir avec Dieu ou à travailler pour Dieu. Un de ses plus intimes confidents lui témoignait un jour sa surprise de le voir toujours aspirer, dans l'enseignement, à ce qu'il y avait de plus bas : « Vous vous trompez, lui répondit-il en souriant, j'aspire à ce que je connais de plus haut, car en toute chose je ne prétends à rien que de divin ». Ses moindres paroles en effet, en classe, en chaire et dans la direction des âmes, étaient animées d'un zèle tout apostolique. En butte néanmoins aux calomnies les plus noires, il se contentait de dire à Notre-Seigneur : «J'attache à votre croix, ô mon Dieu, mon nom, ma réputation et mes opprobres. Quelle autre gloire voudrais-je ici-bas, sinon celle que vous avez choisie pour vous » ?

A l'apparition de la peste en 1708 dans les principales villes de Pologne: «Voici ma moisson qui se prépare », dit-il; et il écrivit aussitôt, aux pieds de son crucifix, cet admirable vœu, trouvé dans ses papiers après sa mort : « Adorable Trinité, Père, Fils, et Esprit Saint, moi Adam Lipowski , de la Compagnie de Jésus, en présence de la très sainte Vierge, des chœurs des anges et de toute l'assemblée des bienheureux, je fais vœu de servir les pestiférés et de me dépenser tout entier pour leur salut, par le seul motif de votre très pur amour ; pour réjouir votre divin cœur, ô mon Dieu ; pour payer de retour le sang inestimable de Jésus- Christ, qui a témoigné tant d'amour et tant d'estime pour les âmes,

en les rachetant à un si haut prix ; pour la gloire, l'honneur, la reconnaissance due à chaque moment à votre divine excellence, aux dépens même de notre vie. Je vous en supplie donc, ô clémence, amabilité, beauté et bonté infinie, par le sang- de Jésus, daignez recevoir cet holocauste que je vous offre sans aucune vue de mon bien propre, ni sur la terre, ni dans le ciel, et' que je vous supplie de regarder d'un œil miséricordieux ».

Pendant les deux mois qui suivirent cette héroïque offrande, le P. Lipowski fut en effet comme une victime de toutes les heures uniquement dévouée aux mourants : après avoir assisté chaque jour les malades en danger dans la ville de Plock, il allait à la recherche des malheui'eux que la contagion avait frappés dans les ' forêts et les montagnes voisines et qui périssaient sans secours ; il eut la joie d'envoyer au ciel devant lui plus de deux mille âmes. Enfin, sentant qu'il touchait à sa dernière heure, il se traîna péniblement à l'église, prit de ses mains le saint viatique et, s'enveloppant du linceul des morts, remit doucement son àme entre les mains de Dieu. Il était âgé de cinquante-et-un ans, et en avait passé trente-deux dans la Compagnie.

P.vTRiGN.^Ni, Menol., 24 ogost., p. 197. — Poszakowski, Societ. Jesu lithunn.^ p. 511.

N. B. — Nous avons suivi le catalogue universel des défunts et le P. Poszakowski, qui mettent au 31 août la mort du P. Lipowski.

* Le trente- et-unième jour d'août de l'an 1636, mourut le Père Pierre du Ghastel, le plus illustre des neuf religieux de la Gom-

Page 1