‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 135 sur 356 · X SEPTEMBRE. FF. HEEREN ET CIESIELSKI · texte numérisé non relu

X SEPTEMBRE. FF. HEEREN ET CIESIELSKI

dés par un traître, ces misérables envahirent un jour subitement la maison où il avait trouvé un refuge. Il n'eut que le temps de se blottir dans le salon sous une table couverte d'un tapis dont les bords tombaient jusqu'à terre. Il y demeura sept long-ues heures, replié sur lui-même, n'osant ni remuer ni presque souffler ; et par un prodige qui rappelle celui auquel saint Félix de Noie dut autrefois la vie, les poursuivants qui fouillaient toute la maison avec une sorte de rage pour découvrir le jésuite, n'épargnant pas un meuble, une cheminée, une tenture, n'eurent pas une seule fois la pensée de soulever le tapis de cette table près de laquelle ils venaient souvent s'asseoir ; et pleins de honte et de dépit, ils se retirèrent enfin, fatigués de leurs inutiles investigations.

Le P. Ilarcourt sortit alors de sa cachette ; mais il était plus mort que vif. Cette souffrance se joignant à tant d'autres avait achevé de l'épuiser. Impuissant désormais à continuer ses travaux, il dut revenir sur le continent, et au bout de trois mois il expira victime de son zèle, à l'âge de cinquante-quatre ans, dont il avait passé trente-huit dans la Compagnie.

Brevis relatio felicis agonis..., p. 78. — Sotuellus, Biblioth., p. 311. — SoMMERVoGEL, BibUotli.^ t. 1, p. 711. — FoLEY, Recovds, t. 5, p. 480; t. 1 ., p. '^k. — Sunimar. vitse defunct. Provinc. nngl. {Archù>. Rom.). — Oliver, Collections, p. 112.

* Le dixième jour de septembre, les Frères Coadjuteurs Théodore Heeren, de la Province de Flandre-Belgique, et Georges Ciesielski,

de la Province de Litliuanie, moururent g-lorieusement au service des pestiférés, le premier à Anvers en 1623, le second à Vilna en 1710.

Le F. Théodore Heeren, né à Leeuwarden en Hollande, n'avait encore que vingt-cinq ans, dont il avait passé quatre dans la Compagnie. Mais par son humilité, son obéissance, sa charité, son admirable empressement à se mettre à la disposition de tous les Pères appelés la nuit auprès des malades, il avait amassé déjà de riches trésors de mérites. La peste s'étant déclarée à Anvers, il obtint d'être l'infirmier d'un de nos frères atteint du fléau ; il l'assista jusqu'à la mort avec la plus héroïque charité et le suivit bientôt lui-même au tombeau, victime de son dévouement.

Le F. Georges Giesielski avait parcouru le cercle entier des études littéraires dans notre collège de Polotsk ; mais par humilité il demanda de servir Notre-Seigneur et la Compagnie dans les offices domestiques. Chargé après son noviciat de l'emploi de portier au collège de Yilna, il le remplit avec une grande perfection ; il était digne par toutes ses vertus, son affabilité, sa modestie, sa mortification, sa fidélité à la règle, d'être proposé comme le modèle des Frères Coadjuteurs.

Lorsque les supérieurs, vaincus par ses supplications et ses larmes, lui permirent enfin de se dévouer au service des pestiférés, sa joie n'eut point de bornes. Il était à table quand cette autorisation, si vivement attendue, lui fut communiquée. Laissant aussitôt son repas, il courut à la chambre où luttait contre la terrible maladie le F. Jacques Moeller, chargé de l'imprimerie du collège, comme un autre aurait couru, dit l'auteur de son éloge, à un festin de noces. Le F. Moeller ayant bientôt succombé, il

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