XII SEPTEMBRE
Le douzième jour de septembre de l'an 1665, le pieux et savant P. Jean Bollandus mourut dans la maison professe d'Anvers, à l'âge de soixante-neuf ans, dont il avait employé près de trentesix au grand monument des Actes des Saints. Les protestants aussi bien que les catholiques se sont accordés à reconnaître que l'érudition des temps modernes n'a jamais entrepris de plus bel ouvrage ; on pourrait faire un volume des seuls éloges que Is P. Bollandus a reçus depuis deux cents ans.
Mais les services d'un autre genre rendus par ce grand homme à la Compagnie et à l'Eglise, ainsi que le détail de ses admirables vertus, ne sont malheureusement pas assez connus, et bien peu de lecteurs vont les chercher dans la courte mais excellente biographie que ses premiers successeurs lui ont consacrée . Nous y trouvons les renseignements les plus précieux sur les industries qu'il mettait en usage dès l'âge de vingt-et-un ans, pour faire avancer ses cent trente élèves de grammaire dans la science et dans la piété ; sur ses catéchismes en latin aux trois cent soixante élèves des classes inférieures de Bois-le-Duc, sur son zèle à faire honorer en même temps la très sainte Vierge dans la congrégation que ses supérieurs lui avaient confiée malgré sa jeunesse et qu'il for-
ma si habilement à la pratique des vertus solides, que trente de ses congrég-anistes renoncèrent au monde pour se rendre au noviciat. On y rappelle encore son influence sur la formation des scholastiques et des professeurs de nos collèges, ses luttes contre les ennemis de l'Eglise, ses encouragements et ses conseils qui provoquèrent les magnifiques travaux des Pères Dechamps et Ripalda sur la grâce, et fondèrent cette glorieuse école d'hagiographes qui se glorifie encore de porter son nom.
Au milieu de ces immenses travaux, le P. Bollandus n'oubliait pas le soin de son àme et, tout en étudiant la vie des saints, il ne négligeait rien pour leur ressembler ; ses mortifications égalaient celles des pénitents les plus austères. Il travaillait revêtu d'un long cilice, qui lui descendait des épaules jusqu'aux genoux ; il n'avait de libres que les bras, encore les tourmentait-il d'ordinaire par des bracelets de fer dont on trouva les pointes après sa mort toutes rouges de son sang. Et cependant, sans parler même de ses fatigues et de son âge, tout autre eût regardé comme une pénitence surabondante, d'être en proie aux douleurs de la pierre, d'une hernie énorme et d'un asthme qui l'étouffait. Mais la souffrance était j)Our lui un don inestimable de la main de Dieu ; il eût regardé comme une illusion des plus dangereuses de prétendre jamais ressembler à Jésus-Christ sans être avec lui sur la croix.
Acta Saiictoruin, niait., t. 1, p. i-xlvi. — Sotuellus, Biblioth., p. 422. — SoMMERvoGEL, BibUotli., t. 1, p. 1624. — Gassani, Varones ilustres, t. 3, p. 521-.562. — Patrignani, Meiwl., 12 sett., p. 91. — Drews, Fasti Soc, IS^» sept., p. 356. — Ménol. holland., 12 sept. — Guidée, Me'nol., 12 sept., p. 289. — Les Précis historiques, années 1854, du Bollandisme. — Crétineau-Joly, Histoire de la Compagnie, t. 4, ch. 4, p. 269. — Feli.er, Dictionn. histor., t. 1, p. 528.