‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 155 sur 356 · XX SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

XX SEPTEMBRE

* Le vingtième jour de septembre rappelle le souvenir de trois Frères Coadjuteurs des Provinces gallo-belge et flandro-belge, les FF. Jean Arendts, Thomas Brabant et Philippe Van Dyck, morts très pieusement le premier à Bruxelles en 1625, le second à Douai en 1630, le troisième à Gand en 1634.

Le F. Jean Arendts, né à Bruxelles, avait fait ses études littéraires jusqu'à la philosophie. Après des fortunes diverses, il embrassa la règle de saint Ignace à l'âge de trente-sept ans. Il remplit presque toujours l'office de portier, à Courtrai d'abord et ensuite pendant quinze ans à Bruxelles, avec une diligence, une charité, une modestie qui ravissaient et qui, jointes à quelques bonnes paroles dites à propos, selon l'esprit de sa règle, exerçaient un véritable apostolat. Si nombreux ou importuns que fussent ceux qui se présentaient à la porte, il ne se troublait et ne s'impatientait jamais ; à ceux qui lui adressaient des paroles blessantes ou des injures, il n'opposait que ces mots Deo grattas, accompagnés d'un sourire. Il jeûnait tous les samedis en l'honneur de la très sainte Vierge, et récitait chaque jour le petit office avant le lever de la communauté. Il mourut à l'âge de soixante-six ans.

Le F. Thomas Brabant, né dans la Province du Hainaut, était

un homme de prière et de mortification. Il sanctifiait ses rudes travaux de menuisier et de charpentier par le souvenir presque continuel de la présence de Dieu et l'unique pensée de plaire à la majesté divine, comme il en fit lui-même l'aveu au lit de la mort. Il récitait chaque jour cinq chapelets en l'honneur des cinq plaies du Sauveur, et n'hésitait pas à prendre sur son sommeil pour payer à Notre-Seigneur ce tribut d'amour et de pieuse compassion. Il mourut à l'âge de cinquante-quatre ans, emportant au ciel, comme on a lieu de le croire, l'innocence de son baptême.

Le P. Philippe Van Dyck, d'Anvers, donna joyeusement sa vie, à l'âge de trente-neuf ans, au service des pestiférés. Du reste le dévouement et l'abnégation étaient ses vertus de prédilection. 11 disait lui-même qu'il était venu dans la Compagnie pour travailler. Rien ne lui paraissait trop pénible ou trop rebutant. Au collège d'Ypres, il soigna une année entière un pauvre vieillard tombé en enfance, sans donner jamais un signe de fatigue ou d'ennui.

Summar. vitas defunct. Prov. flandr.-belg. et gall.-belg. (Arch. Rom.}.

* Le vingtième jour de septembre de l'an 1626, mourut à Anvers, sa patrie, le F. Hermann Empsen, Coadjuteur temporel. Il remplissait les fonctions de portier. Les habitants de la ville l'avaient surnommé l'ange, tellement il les ravissait par sa modestie, sa réserve, son air affable et gracieux, son empressement à rendre service. Il avait eu plus d'une lutte à soutenir pour réprimer les saillies d'une nature ardente et portée à la colère. Avec la grâce de Dieu,

XX SEPTEMBRE. P. JEAN TAYLOR. 2bS

il était demeuré le maître, et nulle parole moins mesurée ne s'échappait de ses lèvres. La nuit, il devait souvent éveiller ou accompag-ner les Pères qu'on venait chercher pour les malades. Au premier signal il était debout, afin, disait-il dans son langage plein de foi, de ne pas faire attendre un Açe de plus ceux qui allaient peut-être mourir. Le F. Empsen souffrit pendant plusieurs années de très cruelles douleurs qui lui donnaient à peine quelques moments de répit. Il succomba enfin à cette lente agonie, après avoir, sur son lit de mort, demandé pardon de ses fautes avec un accent d'humilité et de regret qui tira des larmes de tous les yeux. Il n'était âgé que de trente-quatre ans et en avait passé douze dans la Compagnie.

Levens l'an Broeders Coadjut.^ 20 sept., p. 513. — Necrolog. Provinc. flandr.-belg. (Arch. Rom.}.

* Le vingtième jour de septembre de l'an 1675, mourut dans le collège de Saint-Thomas de Cantorbér^^ le P. Jean Taylor, appelé aussi Jean Robinson et Valentin Upsall, plusieurs fois captif pour Jésus-Christ et, pendant près d'un demi-siècle, apôtre de l'Angleterre. Ce zèle et cet amour de l'Église étaient un héritage de famille. Son père, dépouillé de ses biens en haine de son inébranlable constance dans la foi, était mort dans un cachot; sa mère avait aussi porté les chaînes de longues années pour avoir recelé des prêtres catholiques. Le P. Jean Taylor était entré dans la

Compagnie vers l'Age de vingt ans, et huit ans après, en 1628, était venu dans la mission d'Angleterre, avec un ardent désir de se dépenser pour les âmes et de beaucoup souffrir pour le nom de Jésus-Christ. Arrêté presque aussitôt et enfermé dans le château d'York, il eut pour compagnon de captivité le Vénérable martyr Henri Morse qui fit une partie de son noviciat sous sa direction, et prononça ensuite les premiers vœux entre ses mains.

Vingt années plus lard, le P. Taylor fut pris une seconde fois, et après dix mois d'une rigoureuse détention, pendant laquelle il vit mourir d'épuisement entre ses bras le P. Jean Smith on Thompson, qui partageait sa misérable cellule, il fut traduit devant le tribunal des assises d'York comme prêtre et jésuite, coupable du crime de haute trahison. Le serviteur de Dieu répondit avec une noble intrépidité ; et lorsqu'il entendit le juge prononcer contre lui la peine de mort, il se jeta à genoux pour rendre grâces à Dieu et d'une voix forte récita le Te Deum. En revenant à sa prison, il était comme hors de lui et laissait déborder la joie de son âme en de tels transports que la multitude, qui se pressait sur son passage, était dans l'admiration ; les larmes jaillissaient de tous les yeux. Des personnages de très haut rang s'entremirent en sa faveur pour faire rapporter la sentence ; mais leurs démarches demeurèrent sans résultat.

Le P. Ta^dor était donc au comble de ses vœux, et cro3^ait saisir déjà la palme si ardemment désirée, lorsque la veille même du jour de l'exécution arriva un ordre du Parlement, interdisant aux juges de condamner personne à mort pour le seul motif de religion. Les plus chères espérances du saint confesseur étaient déçues. Il se prosterna tout en larmes, et au lieu des accents

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