‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 169 sur 356 · XXX SEPTEMBRE · texte numérisé non relu

XXX SEPTEMBRE

Le trentième jour de septembre de l'an 1598, mourut victime de la , haine des hérétiques le P. Martin Laterna, de la Province de Pologne. Dans un voyage qu'il avait fait dans ce pays vers l'âge de quinze ou seize ans, la seule vue du peuple de Braunsberg transformé par nos premiers Pères, lui avait donné une si haute idée des Exercices de saint Ignace, qu'il avait demandé aussitôt à en éprouver la vertu ; il y puisa cette surabondance de vie surnaturelle que ses travaux, ses souffrances et son martyre devaient si glorieusement illustrer. Les champs de bataille sur lesquels il accompagna l'armée polonaise, alors en guerre contre les Moscovites, la cour des rois Etienne et Sigismond, les villes de Braunsberg, de Vilna, de Grodno, de Cracovie et de Lemberg, furent pendant près de quinze ans les principaux théâtres de son zèle ; et lorsqu'il dut quitter cette dernière résidence pour se rendre en Suède, à la demande de Sigismond, l'archevêque, la noblesse et le peuple de Lemberg voulurent l'accompagner jusqu'à une grande distance de la ville, en témoignage de leur reconnaissance et de leur respect.

Brisé de fatigue et presque mourant, le P. Laterna venait de se rembarquer pour la Pologne, lorsqu'il fut saisi dans la traversée par une bande de luthériens au service du duc de Sudermanie. Reconnu pour jésuite à l'intrépidité de sa confession de foi, il fut

à l'instant même condamné à mort et précipité dans les flots. Il était âgé de quarante-six ans et en avait passé vingt-six dans la Compagnie.

Dieu glorifia la mémoire du saint martyr par d'éclatants prodiges. Nos historiens racontent comment il délivra, quatre ans après sa mort, un noble polonais, jadis son bienfaiteur et son ami. Tombé entre les mains des tartares, ce seigneur avait été emmené captif ; de peur qu'il ne vînt à s'enfuir, ses maîtres lui repliaient toutes les nuits les jambes et les mains derrière le dos et les rattachaient ensemble à une perche suspendue sur une fosse profonde, où la rupture de ses liens l'aurait nécessairement précipité. Dans cet horrible état, le prisonnier suppliait avec larmes Notre-Seigneur de le délivrer par les mérites de quelqu'un des saints de la Pologne, quand tout à coup le P. Laterna lui apparut sur un char de gloire, image et récompense, lui dit-il, de sa ferveur à prêcher la doctrine de Jésus-Christ, en expliquant au peuple les quatre évangiles ; et détachant le captif, il le transporta en un moment près des murailles de Lemberg, à cinquante milles de distance du camp ennemi.

JuvENCius, Histor. Societ., part. 5* , lib. 14, n. 38, p. 261 seqq. — Id., Epitome Histor. Societ., t. 3, p. 242. — Tanner, Societ. Jesu milit., p. 42.

— Alegambe, Mortes illustres, p. 219, 232. — Damianus, Synopsis primi sœculi Soc, lib. 5, p. 268. — Poszakowski, Societ. Jesu lithuan., p. 493.

— SoTUELLus, Biblioth., p. 588. — Sommervogel, Biblioth., t. 4, p. 1549.

— Wielewicki, Diarium domus professée S. J. Cracoviens., t. \, p. 253 seqq. — Rostowski, Lituanie. Histor., lib. 4, p. 186 seqq. — Nieremberg, Varones ilustres, t. 6, p. 34. — Nadasi, Annus dier. niemor., 30^ sept., p. 193. — Patrignani, Menol., 30 sett., p. 255. — Dhews, Fasti, 30» sept.^ p. 381. — Litter. ann. Societ., anno 1598. — Divers Me'nologes.

DE

ASSISTANCE DE GERMANIE

DEUXIÈME SÉRIE

Page 1