V OCTOBRE
Le cinquième jour d'octobre de l'an 1629, mourut à Anvers le célèbre P. Héribert Rosweyde, d'Utrecht, justement regardé comme le père des Bollandistes, et qui le premier conçut et entreprit d'élever le magnifique monument des Actes des Saints. Dans sa correspondance privée et dans ses épîtres dédicatoires à la manière du seizième siècle, nous le voyons se former à ce grand rôle de lutteur contre l'hérésie, et d'érudit catholique, tel que nos premiers Pères l'avaient compris. Plein de la sainte émulation d'égaler au moins, pour la gloire de Dieu, l'ardeur et l'àpreté au travail des suppôts de l'erreur ou des érudits profanes, il se révoltait à la seule pensée de vivre dans un lâche repos, en face de ces hommes, « qui passaient leur vie, disait-il, à étaler sur leur buffet les parchemins rongés des vers d'un Pétrone, ce patron de toute infamie ; à faire paraître au jour cet Ane de Lucius, chargé de toutes sortes d'obscénités, et se regardant comme la lumière du monde, allaient s'ensevelir de gaieté de cœur dans les ténèbres et les flammes éternelles ».
Grâce au généreux concours de deux bienveillants abbés de Liessies, sucesseurs du Vén. Louis de Blois et dignes héritiers de son affection pour les enfants de saint Ignace, le P. Rosw^eyde
profitait chaque année du temps des vacances, pour chercher et recueillir les plus précieux trésors de l'antiquité ecclésiastique ; il eut bientôt réuni jusqu'à 1300 Actes inconnus. En même temps il publiait son beau travail sur les Pères du désert, ses vigoureuses attaques contre Gappel, Scaliger et Casaubon, et ses Fleurs des saints en langue vulgaire, recueil qui depuis près de trois siècles partage avec l'Histoire sainte l'honneur de conserver la vie chrétienne au sein des populations flamandes. Parvenu à l'âge de soixante ans, le P. Rosv\^eyde allait enfin donner au monde le premier des dix-huit volumes in-folio qui lui semblaient pouvoir suffire à sa gigantesque entreprise, lorsqu'en 1629, oubliant ses travaux et ses espérances pour aller assister un moribond atteint d'une maladie contagieuse, il contracta le même mal et mourut bientôt, laissant au P. Jean Bollandus les trésors qu'il avait amassés avec tant de peine pour la gloire de Dieu et des saints. 11 avait passé quarante ans dans la Compagnie.
Acta Sanctorum, t. [ j'anuar., Prœfat. gêner., p. ix, xxiii ; t. 7 octob., Proœmiuin de ratione universa operis, p. 1. — Cordara, Histor Societ., part. 6^ , lib. 14, n. 110, p. 304. — Sunimar. vitie defunct. Provinc. flandr.-belg. {Archiv. Rom.). — Sotuellus, Biblioth., p. 334. — SommervoGEL, Biblioth., t. 1 , p. 190. — Drews, Fasd, 5» octob., p. 389. — DoM PiTRA, Études sur la collection des Actes des Saints, p. 9-17. — Feller, Dictionn. histor., t. 5, p. 329.