‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 177 sur 356 · VI OCTOBRE · texte numérisé non relu

VI OCTOBRE

* Le sixième jour d'octobre de l'an 1583, au collège anglais de Rome, mourut le F. Georges Gilbert, quelques heures seulement après avoir prononcé les vœux des Scolastiques. Il était né dans le comté de Sufîolk d'une famille noble et opulente, mais malheureusement engagée dans l'hérésie. Vers l'âge de vingt ans, il fit un voyage à Paris. La Providence voulut qu'il entrât en relations avec le P. Thomas Darbyshire, qui se trouvait alors dans cette ville. Comme il avait l'âme droite, la lumière de la vérité ne tarda pas à dissiper les erreurs et les préjugés de sa jeunesse. A Rome, où il se rendit ensuite, le P. Robert Persons acheva l'œuvre commencée ; Georges Gilbert fit son abjuration et n'eut plus d'autre désir que de se dévouer aux intérêts de l'Eglise, dont il venait de devenir l'enfant.

De retour en Angleterre, il mit sa grande fortune au service des catholiques confesseurs de la foi, qui languissaient dans les cachots, et des missionnaires, prêtres séculiers et religieux, qui travaillaient au salut de ses compatriotes exposés à mille périls. En même temps que sa bourse, il ouvrit encore sa [jmaison et en fit un lieu de refuge pour les persécutés. Il se donna ensuite luimême ; il se constitua le compagnon inséparable et souvent le do-

mestique et le valet de l'intrépide P. Persons dans ses courses à travers l'Angleterre. Enfin, pressé par son zèle également industrieux et ardent, il institua une association de jeunes gens appartenant aux premières familles catholiques du royaume, association dont le but était de procurer des aumônes aux missionnaires, de leur servir de guides, de veiller à leur sûreté et, à l'occasion, d'être leurs auxiliaires en faisant le catéchisme aux enfants et aux ignorants. Cette] œuvre, dont Georges Gilbert était l'àme et le soutien, fut solennellement]^ bénie et encouragée par le Souverain Pontife Grégoire Xlll et rendit les plus éminents services. Le P. Persons, écrivant au même Souverain Pontife, n'hésitait pas à déclarer : « Le bien que [nous avons fait dans ce pays, c'est à Georges Gilbert, après Dieu, que nous en sommes redevables ».

Aussi les hérétiques vouèrent-ils au pieux gentilhomme une haine à mort, i^ Des poursuivants furent lancés de tous côtés à sa recherche ; pour se soustraire à la prison et sans doute à l'échafaud, il dut, par l'ordre même du P. Persons, se réfugier sur le continent. 11 se rendit à Rome, avec la pensée de s'offrir au Père Général de la Compagnie. Mais le P. Aquaviva, estimant qu'il rendrait plus de services en retardant quelque temps encore l'exécution de son projet, lui persuada de se retirer au collège anglais. Georges Gilbert obéit avec simplicité et, en attendant l'heure de la Providence, mena la vie du plus fervent religieux. Il châtiait rigoureusement son corps, consacrait cinq heures chaque jour à l'oraison et obéissait en toutes choses comme un novice.

Cependant le Pape Grégoire XIII venait de lui confier une mission importante ; il allait se mettre en route pour la France, lorsque la veille même de son départ, il fut saisi d'une fièvre

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