XVIII OCTOBRE. P. GASPARD BARZÉE
mi les lépreux ou les pestiférés, aux terres des chrétiens, des Sarrasins ou des idolâtres, en habit pauvre et déchiré, avec faim et soif, froid et chaud, pluie et neige, ou en toute autre pauvreté, voulant suivre l'Agneau quelque part qu'il aille, jusqu'à la mort et jusqu'à la mort de la croix ». Le nouveau candidat fut admis parmi les Frères Coadjuteurs temporels, dans le noviciat de Coïmbre ; mais bientôt le P. Rodriguez découvrit, par une permission spéciale de Notre-Seigneur, le trésor qu'il avait entre les mains; et peu de mois après, il lui faisait recevoir les saints ordres et l'envoyait au secours du grand apôtre de l'orient. Quand le P. Gaspard et ses compagnons abordèrent à Goa, saint François Xavier était prêt à faire voile pour Ormuz. Mais appelé par Notre-Seigneur à la conquête du Japon, il chargea le P. Barzée d'aller à sa place faire régner Jésus-Christ dans cette Babylone des Indes, comme l'avaient fait surnommer par les Portugais les désordres inouïs de ses habitants. « Je n'ai pas encore rencontré, dit le P. Barloli en commençant le récit de cet apostolat, et je ne pense pas rencontrer jamais ailleurs rien de comparable aux trois années que le P. Gaspard mit à transformer cette grande ville ». Les chrétiens y étaient pires que les infidèles. Prêter l'oreille au serviteur de Dieu, c'était s'exposer à périr sous le fer des assassins. Barzée comprit qu'il lui fallait d'abord fléchir le Seigneur par la prière et la pénitence. Dieu seul sait combien le salut de ces pauvres âmes lui coûta de larmes, de veilles et de sang. Il se mit ensuite à parler chaque jour sur les plus terribles sujets de la justice et de la vengeance divine, frappant sans relâche d'une sainte et salutaire terreur ces cœurs endurcis. On vit alors se renouveler les plus surprenantes merveilles de
la conversion des âmes. Au bout de six mois, Ormuz avait tellement changé de face que, selon l'expression pleine de foi des vieux historiens, toutes les semaines y étaient devenues autant de semaines saintes, consacrées à la détestation et à l'expiation du péché.
De l'apostolat des catholiques, le P. Barzée passa bientôt à celui des juifs, des mahoniétans et des idolâtres, avec des résultats non moins éclatants. Après les premières discussions, les juifs gagnés par sa charité et par sa science, lui offrirent la chaire de leur s3^nagogue , qu'il accepta sur-le-champ ; peu s'en fallut même qu'ils ne le nommassent leur interprète officiel des Livres Saints. 11 baptisa solennellement tout» un monastère de pénitents indiens en un seul jour. Ses victoires sur Mahomet eurent tant de retentissement dans les Indes, que les défenseurs du faux prophète le faisaient passer pour avoir à son service toute la puissance des démons. Beaucoup d'entre eux tenaient pour enchantée la sonnette de ses catéchismes et, dès qu'elle se faisait entendre, s'enfuyaient ou se bouchaient les oreilles. De tous les pays voisins, pas un seul docteur musulman n'osait plus s'exposer à lutter contre lui. Déjà le roi d'Ormuz penchait visiblement vers la foi, et plusieurs villes d'Arabie avaient envoyé de concert huit ambassadeurs au saint missionnaire, le conjurant de venir au plus tôt leur annoncer Jésus-Christ, lorsque saint François Xavier, près de s'embarquer pour la Chine, lui ordonna de revenir à Goa pour y prendre la direction de tous les apôtres de l'orient.
Les prodiges de zèle qu'il avait opérés dans la conversion d'Ormuz se renouvelèrent à Goa ; on peut môme affirmer qu'il y