XXV OCTOBRE
Le vingt-cinquième jour d'octobre de l'an 1607, le P. Gisbert Bernardi, de Harlem en Hollande, mourut à Worms, en se dévouant au service des pestiférés. Un jour, pendant qu'il exerçait son pieux ministère, il trouve sur les bords du Rhin un jeune homme^ ancien élève de nos collèges, atteint par le fléau et prêt à expirer. Le moribond tenait sur sa poitrine un papier dans lequel, en prévision du mal qui devait le frapper et lui enlever l'usage de la parole, il avait écrit d'avance sa confession. Le Père le réconcilie et, le prenant dans ses bras, l'emporte à l'hôpital, sous les yeux des catholiques et des protestants qui applaudissent à son courage.
Mais lui-même tomba malade à son tour et fut bientôt réduit à l'extrémité. Il apprit alors qu'un malheureux pestiféré allait rendre l'âme sans qu'on pût lui trouver un prêtre ; il se fît traîner prè& de son lit, lui administra les derniers sacrements, et c'est alors seulement qu'il expira lui-même, plein de joie d'avoir ouvert à cet infortuné les portes du ciel. Le peuple et le clergé de Worms, pour témoigner leur reconnaissance au P. Bernardi, célébrèrent à trois reprises différentes un service solennel pour le repos de son A. G. 11. — T. II. — 46.
âme et, pendant trente jours de suite, vinrent, à l'issue des offices du matin, réciter en chœur les prières de l'absoute sur son tombeau. Le P. Bernardi avait passé vingt-quatre ans dans la Compagnie.
Litterx ann. Societ. Jesu, aniio 1607, p. 733. — Alegambe, Heroes et Victiinœ cliarit., p. 162.
* Le vingt-cinquième jour d'octobre, l'an 1665, mourut à Rome le P. Patrice Grusan, né de parents hérétiques à Aberdeen en Ecosse. Envoyé en France pour faire son éducation, il eut le bonheur d'y connaître la vérité ; et comme son cœur était droit, il n'hésita pas à l'embrasser. La voix de Dieu se fit bientôt entendre <le nouveau, l'invitant à une perfection plus haute sous l'étendard de saint Ignace. Ses amis s'efforçaient de le retenir ; car il s'exposait, lui disaient-ils, à être renvoyé dans le monde, même après plusieurs années passées en religion, s'il venait à se relâcher de sa ferveur. « J'approuve cette sévérité, répondit-il ; et c'est un motif de plus pour moi de me présenter. Si l'amour de Dieu ne m'anime pas à bien faire, la crainte du châtiment me retiendra ».
Après avoir terminé son noviciat à Naples et rempli différents offices, le P. Crusan fut appelé au collège écossais de Rome par le P. Mutins Vitelleschi. Il y passa près de vingt ans dans l'exercice des plus solides vertus. On eût dit qu'il avait sans cesse présentes à l'esprit les paroles de ses anciens amis, pour s'encourager lui-même et ne pas compromettre l'inestimable grâce de sa vocation. Nul n'était plus humble et ne se traitait avec plus de