VI NOVEMBRE. — P. FRANÇOIS DE ROUGEMONT
pestilence et de mort, avec un courage héroïque et des fruits immenses de salut. Plus de trente de ces vaillants fils de saint Ignace furent atteints par la contagion ; quatre d'entre eux, les Pères David Taelmans et Georges Van der Laenen, les Frères Coadjuteurs François Sporemaker et François Van den Bosch, succombèrent dans l'espace de quelques jours.
Le P. Taelmans se signala entre tous ces héros. A la première apparition du mal, sa charité s'était enflammée, comme si une étincelle, dit son biographe, avait jailli au milieu d'un monceau d'étoupes. 11 se dévoua sans compter jusqu'à l'épuisement complet de ses forces ; et après quatre jours seulement de maladie, remit son âme généreuse entre les mains de Dieu, à l'âge de quarante ans, dont il avait passé vingt-trois dans la Compagnie.
Summar. vitsc defunct. Provinc. flandr.-belg. [Archiv. Rom.) — Cordara, Histor. Soc, lib. 7, n. 85, p. 369.
* Le sixième jour de novembre de l'an 1676, mourut à Tschangchou, dans la mission de Chine, le P. François de Rougemont, né à Maestricht d'une famille également noble et chrétienne. Dès son entrée dans la Compagnie à 1 âge de dix-sept ans, il s'était senti incliné vers les missions étrangères. Ce désir alla toujours grandissant pendant ses études et sa régence. Lorsqu'il apprit que le P. Martin Martini, Procureur de la mission de Chine, venait de débarquer à Hambourg et se rendait à Rome, il se hâta de solliciter auprès du P. Gosvvin Nickel la faveur de le suivre à son retour en orient.
La réponse du Père Général tardant à venir, François de Rougemont conçut le projet de faire plaider sa cause par ceux-là même qui, semble-t-il, auraient dû être ses plus ardents adversaires. Il écrivit à son père et à sa mère la lettre la plus touchante ; il s'ouvrit à eux de ses désirs d'aller annoncer l'Évangile aux nations infidèles et de verser son sang pour le nom de Jésus-Christ. Il se plaignit respectueusement du silence du Père Général, et les conjura au nom de leur amour de lui venir en aide dans une si noble entreprise ; il les priait donc d'envoyer à Rome une lettre commune, pour supplier sa Paternité d'accorder à leur fils, à euxmêmes et à toute la famille, une faveur si glorieuse.
« Vo3'ez, dit le secrétaire de la Compagnie, le P. Gilles Estrix, à qui nous empruntons ces détails, voyez le courage qu'inspire la foi. A la réception de cette supplique, ajoute-t-il,' la mère du missionnaire éclate en sanglots ; mais son mari relève doucement son âme, et prenant la plume, il écrit au Père Général une lettre telle que la souhaitait son fils. Il atteste que ce sera pour lui et pour sa femme une joie extrême de rendre à Dieu l'enfant que Dieu leur a donné, et de le voir porter la bonne nouvelle aux peuples idolâtres, même au prix de son sang. Il signe ensuite d'une main ferme, et la pauvre mère, dominant les sentiments de la nature, signa après lui ». Le P. Nickel ne put résister à de telles supplications ; il accorda la faveur demandée. Ce fut l'occasion d'un nouveau sacrifice accepté et accompli avec une égale générosité. Avant de quitter pour toujours la terre natale, le .P. de Rougemont sut faire agréer à ses héroïques parents, qu'il n'allât pas leur dire les derniers adieux.
Il arriva en Chine en 1659, et pendant dix-sept années, ar-