X NOVEMBRE
Le dixième joui" de novembre de l'an 1626, mourut à Anvers en odeur de sainteté le P. Guillaume De Prétère, de Bruxelles, épuisé avant le temps par ses travaux pour le salut des âmes. Il était à peine âgé de quarante-huit ans et en avait passé plus de vingt à évangéliser cette grande ville. Les prisonniers, les malades, les pauvres, les artisans, les enfants et les soldats l'appelaient tous leur père, aussi bien que les religieuses, les prêtres, les hommes apostoliques, et l'évêque lui-même, qui s'était mis sous sa direction et l'appuyait de toute son autorité.
Quatre congrégations de la sainte Vierge fondées par le P. De Prétère et animées de son esprit, vivifiaient les différentes œuvres de charité corporelle et spirituelle, créées ou entretenues par l'homme de Dieu. Une d'entre elles s'occupait de l'enseignement du catéchisme aux enfants, particulièrement aux bergers de la campagne, et de la visite des vingt-quatre écoles dont la ville d'Anvers lui était redevable. Il parvint aussi à exterminer les livres dangereux et obscènes, semés à profusion dans le peuple, et à les remplacer par une multitude de petits écrits, adaptés à tous les besoins et à toutes les conditions, qu'il faisait imprimer à bas prix et répandre de tous côtés. Parmi ses conquêtes sur l'hérésie.
l'Histoire de la Compagnie cite en particulier le célèbre comte de Mansfeld, un des principaux chefs du protestantisme et des plus grands hommes de guerre de son temps.
Pour attirer sur ses travaux des bénédictions plus abondantes, le P. De Prétère avait l'habitude de les consacrer à la très sainte Vierge, et s'était engagé par vœu à réciter tous les jours le petit office en son honneur. Par amour pour la pureté, il s'attachait à imiter parfaitement la modestie de cette divine Reine des anges; dans ses vingt années d'apostolat, il ne se rappelait pas avoir jeté les yeux sur une seule femme, de manière à la reconnaître aux traits du visage. Aussi l'avait-on surnommé l'ange d'Anvers. La guerre qui désola toute la Flandre dans les derniers temps de sa vie, lui apporta un redoublement de fatigues pour le salut des soldats catholiques ; il passait souvent les jours entiers sans nourriture, et les nuits sans sommeil, courant perpétuellement d'un poste à l'autre, pour exhorter, préparer à la mort et confesser. Ce fut dans ces pieux ministères qu'il succomba d'épuisement; comme ces pauvres gens lui adressaient les mêmes paroles que les disciples de saint Martin avaient fait entendre autrefois à leur maître et à leur père : Cur nos, Pater, deseris ? aut ciii nos desolatos relinquis ? il répondit humblement, à l'exemple du grand évêque de Tours : Domine, si adhue populo tuo sum necessarius, non recuso laboreni. Le P. De Prétère avait passé vingt-sept ans dans la Compagnie.
Summar. vitie defunct. P ravine, flandr.-belgic. {Archiv. Rom.). — Cor- DARA, Histor. Societ. Jesu, part. 6'\ lib. l, n. 75, p. 33; lib. 8, n. 52, p. 429; lib. 11, n. 172, p. 56. — Sotuelhjs, Biblioth., p. 318. — Na-
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DASi, Annus dier. memor., 10* nov., p. 268. — Drews, Fasti, 10'* nov., p 440. — Patrignani, Menol., 10 nov., p. 59. — Sommervogel, Biblioth., t. 6, p. 1206.
* Le dixième jour de novembre de l'an 1565, mourut à Louvain le P. Nicolas Florens, plus connu sous le nom latin de Gaudanus ou GouDANUS, de Gouda sa ville natale. 11 était déjà prêtre, lorsqu'il fut reçu dans la Compagnie par le Bienheureux P. Ganisius à Louvain. Presque aussitôt après, il fut appliqué aux travaux du ministère apostolique \ et par son zèle, sa grande doctrine, sa merveilleuse puissance de parole, il recueillit parmi les catholiques et les protestants des fruits de conversion extraordinaires. Le bruit de ses succès parvint jusqu'à Rome. Saint Ignace, malgré les sollicitations contraires les plus vives, le fît venir auprès de lui pour le former de ses propres mains. Après l'avoir admis à la profession, il l'envoya à Bologne prendre le degré de docteur en théologie et l'établit ensuite premier Recteur du collège de Venise.
Dès ce moment, la vie du P. Gaudanus n'offre qu'une suite non interrompue de grands travaux soutenus pour les intérêts de Dieu et de la sainte Eglise. De Venise, il fut envoyé à Ingolstadt, sur les instances du duc de Bavière, pour y enseigner la théologie ; d'ingolstadt, il accompagna le Bienheureux Ganisius à Vienne, où le roi Ferdinand venait de fonder un collège à la Compagnie ; puis, après avoir assisté à la deuxième Congrégation générale, il se rendit, par ordre du Pape, à Worms, où les chefs du parti protestant, Mélanchton, Brentzen, Flaccus Illyricus, etc., avaient provoqué les catholiques à des disputes publiques. Les conférences eurent A. G. II. — T. I. — 53.
lieu ; mais comme il arrivait presque toujours, la victoire des docteurs romains fut stérile ; les dissidents fermèrent les yeux pour ne pas voir la lumière et s'enfoncèrent de plus en plus dans leurs ténèbres.
Au milieu de tant de missions éclatantes, le P. Gaudanus ne perdait pas de vue l'apostolat plus obscur et non moins fécond des plus humbles ouvriers de la Compagnie, la confession, la prédication et, avant tout, l'enseignement de la doctrine chrétienne aux enfants et aux ignorants. Le message de consolation porté au nom du Souverain Pontife Pie IV à la reine d'Ecosse Marie Stuart, prisonnière de ses sujets révoltés dans son propre palais, fut le dernier acte solennel de cette belle vie, toute dévouée à l'Eglise et à son chef. Après avoir rempli son mandat au milieu des plus graves dangers et en avoir rendu compte au Pape, le P. Gaudanus retourna à Louvain, et consacra ce qui lui restait de forces au bien spirituel de ses frères et de la nombreuse jeunesse des écoles. Il mourut plein de joie et d'espérance à l'âge de cinquante ans, dont il avait passé dix-neuf dans la Compagnie.
Sacchinus, Histor. Societ., part. 3*, lib. l, n. 88, p. 30. — Tanner, Societ. Jes. apostol. imitatr., p. 103. — Socher, Histor. Provinc. Austr., lib. % p. 65 seqq. — Patrignani, Menol., 10 noi'., p. 56. — Méiiol, hollancL, 10 nov. — Imago primi sœculi., lib. &, p. 779, 867. — Mederer, Annal. Acadeni. Ingolst., t. 1, 215, 217, 229. — Jos. Hansen, Rlicinische Akten zur geschichte des Jesuitenordens, passim. Cf. indic. p. 805. —
* Le dixième jour de novembre de l'an 1798, mourut à Polotsk le P. Gabriel Lenkiewicz, deuxième Vicaire-Général de la Compagnie
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dans la Russie-Blanche. Il avait d'abord enseigné les sciences et donné dans notre collège de Polotsk des leçons publiques d'architecture, art pour lequel il avait des aptitudes remarquables et qu'il avait étudié à l'école des grands maîtres à Rome. Sa prudence, son intelligence des hommes et des affaires et ses autres qualités n'avaient pas tardé à l'appeler aux premières charges. Il . fut successivement Recteur du collège de Polotsk, Assistant du P. Stanislas Gzerniewicz et, à la mort de celui-ci, élu Vicaire- Cénéral de la Compagnie dans la Russie-Blanche.
Dans cette haute dignité, le P. Lenkiewicz donna constamment l'exemple des vertus que notre Bienheureux Père demande avant toutes les autres au premier Supérieur de la Compagnie, l'abnégation, l'humilité, la charité, l'union à Dieu par la prière, la mortification, l'amour de la vie commune, la sollicitude également ferme et douce à maintenir dans sa ferveur la discipline reli-
gieuse.
Une grande consolation lui fut ménagée dans ses dernières années. En 1793, le duc Ferdinand de Parme, désireux de réparer les injustices commises autrefois en son nom contre la Compagnie, et d'opposer une barrière au torrent d'idées subversives que la révolution française avait déchaînées, lui fit demander quelques-uns de ses sujets. Le P. Lenkiev^àcz s'empressa d'accéder au pieux désir du prince, et trois Pères prirent le chemin de l'Italie. C'était la première fois que les enfants de saint Ignace franchissaient les limites dans lesquelles i'is demeuraient renfermés depuis vingt ans, et comme un acheminement à la restauration, dont l'espérance commençait à faire battre leurs cœurs. En effet, parmi les voyageurs, se trouvait le P. Louis Panizzoni qui, vingt-et-un ans plus
tard, devait recevoir des mains du Souverain Pontife la bulle du rétablissement de la Compagnie dans tout l'univers. Après une longue et très douloureuse maladie supportée avec une inaltérable patience, le P. Lenkiewicz expira très saintement à l'âge de soixante-seize ans, dont il avait passé cinquante-trois en religion.
Compcndium vilse Adm. R. P. N. Gabrielis Lenkiewicz, Vicarii Generaiis S. J. [Befunct. in colleg. Poloc. 1749-1815. E ms. Provinc. Galic.J. — Elogiuni Adm. R. P. Gabrielis Lenkiewicz, Vicarii Gêner, perpetui S. J. (E ms. Provinc. Galic). — Zalenski, Les Jésuites de la Russie-Blanche, t. 1, liv. 3, ch. 7, p. 4i3, ch. 8; /. 2, l. 1, ch. 1, 2, 3, 4. — Som- MERVOGEL, BlhUotli., t. 4, p. 1690.