‹ Ménologe de la Compagnie de JésusChapitre 251 sur 356 · XIII NOVEMBRE · texte numérisé non relu

XIII NOVEMBRE

Le treizième jour de novembre, assigné par le Souverain Pontife Clément X pour la fête de saint Stanislas, fut aussi, au témoignage de plusieurs graves historiens, le jour de la mort de son frère Paul Kostka, admis peu de mois auparavant par le Père Claude Aquaviva au nombre des novices de la Compagnie. Cette bienheureuse mort arriva l'an 4607 à Piotrkow, en Pologne. Depuis longtemps, Paul avait expié, par les plus rigoureuses pénitences et par toutes les œuvres de miséricorde et d'humilité chrétiennes, ses anciennes persécutions contre son saint frère. Il partageait sa vie entre l'église qu'il avait fait bâtir à Prasnitz et l'hôpital auquel il avait consacré une partie de ses biens. Son plaisir était de recevoir les pèlerins, de leur laver les pieds, de les servir à table et de subvenir à leurs besoins par d'abondantes aumônes. Pour lui, il se traitait avec une sainte haine, il crucifiait son corps par les jeûnes, les cilices, les veilles et de sanglantes disciplines. A la vérité, pour éloigner tout soupçon, il habitait près de l'hôpital un appartement conforme à son rang et à sa fortune ; mais son lit était la terre nue ou, quand sa santé réclamait quelque adoucissement, un tapis étendu sur le plancher.

Une nuit, pendant qu'il était dans un château du voisinage, un

enfant couché, sans qu'il le sût, à peu de distance de son lit, fut témoin de ses exercices de dévotion et de pénitence, et l'entendit après plusieurs heures de prières, se flageller avec violence, en répétant continuellement ces paroles : « Mon saint frère, priez pour moi, pécheur que je suis ; et pardonnez à celui qui vous persécuta et vous frappa tant de fois ». Il avait pris pour devise ces paroles du grand Apôtre: Non eruhesco Evangelium (Rom. 1. 16.), et témoignait le désir que ce fût la seule inscription mise sur son tombeau. En traversant les pa3's hérétiques, il portait toujours, à l'exemple des premiers compagnons de saint Ignace, son chapelet pendu à son cou, comme pour faire aux yeux de tous profession publique de sa foi.

Mais rien n'égalait sa dévotion pour la Passion de Notre-Seigneur et le Très Saint Sacrement. Il entendait et servait lui-même tous les jours plusieurs messes, à la suite d'une longue et fervente oraison, qu'il commençait ordinairement à deux heures du matin. Dans ses voyages, lorsqu'il n'avait pu assister au saint Sacrifice, il suppliait le curé, dès qu'il rencontrait une église, de vouloir bien lui ouvrir le tabernacle ; alors, comme si le Sauveur se fût dévoilé sensi^ement devant lui, il se prosternait à ses pieds dans une sorte d'extase, et semblait ne pouvoir se résoudre à s'éloigner. Cette ferveur, qui ne se démentit jamais, et la grâce dont il s'estimait hautement indigne, de finir ses jours, dans la Compagnie de Jésus, furent regardées comme une des marques les plus signalées et les plus glorieuses du pouvoir de son angélique frère au ciel. Du reste, depuis près de six ans déjà, les Lettres annuelles de la Pologne appelaient Paul Kostka « le noble émule des vertus de Stanislas, digne d'être proposé à l'admira-

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