XXII NOVEMBRE
* Le vingt-deuxième jour de novembre de l'an 1622, mourut k Liège, dans la maison de probation de la Province d'Angleterre, le F. Jean Shelley, Coadjuteur temporel. Après avoir fait ses études au collège anglais de Douai, il s'était engagé dans les liens du mariage et avait donné une éducation si chrétienne à ses enfants, que tous sans exception se consacrèrent au service de Dieu, ses fils dans la Compagnie ou dans les rangs du clergé séculier, ses filles dans un Ordre fervent. Cependant, pour sauver les restes de sa grande fortune, presque entièrement ruinée par les amendes sous le règne d'Elisabeth, il eut la faiblesse de faire des concessions et on le vit fréquenter les temples des hérétiques. Sa conscience ne tarda pas à protester. Pour expier sa faute, Jean Shelley se livra aux plus rigoureuses pénitences, les jeûnes, les veilles, les macérations : rien ne put apaiser ses remords. Après trois années de larmes et de prières, il se résolut à vendre ses biens et passa sur le continent ; il se réconcilia avec Dieu et la sainte Église, et c'est alors seulement qu'il recouvra la paix du cœur.
A la mort de sa femme, il sollicita avec de vives instances la faveur d'être admis dans la Compagnie, où deux de ses fils l'a^
valent précédé. Plusieurs lui conseillaient de demander le sacerdoce ; il s'y refusa avec une sorte d'indignation ; il serait trop heureux, disait-il, si on voulait bien le recevoir au rang des Frères Goadjuteurs. Rien n'était plus touchant que son humilité. Quelquefois le Maître des novices, pour éprouver sa vertu, le reprenait àprement devant les autres frères ; le bon vieillard inclinait la tête et promettait de mieux faire à l'avenir. Il était chargé de l'office de portier, et s'en acquittait avec un soin admirable, accueillant ceux qui se présentaient comme il aurait reçu Notre-Seigneur, mais surtout les pauvres, auxquels il distribuait avec les secours matériels l'aumône spirituelle pour le bien de leurs âmes. Son bonheur était de servir à l'autel ; et si le Frère sacristain l'employait à plusieurs messes, il l'en remerciait avec effusion comme d'une précieuse faveur. Après une maladie de trois mois, sanctifiée par la patience et une prière continuelle, le F. Shelley remit doucement son àme entre les mains de Dieu, à l'âge de soixante-dix ans, dont il n'avait passé que six dans la Compagnie.
Summar. vitae defuncl. Provitic. gall.-belg. (Archiv. Rom.}. — Morus, Histor. Provinc. anglic, lib. 10, p. 449. — Nadasi, Ann. dier. mentor., 22« nov., p. 287. — Foley, Records, t. 5, />. 784; t. 7, p. 706. — Oliver, Collections, p. 190.
* Le vingt-deuxième jour de novembre de l'an 1629, mourut à Doesburg dans la Gueldre le saint et apostolique P. Théodore