XXI NOVEMBRE
Le vingt-et-unième jour de novembre de l'an 1658, mourut à Bruxelles le P. JossE Andries, de Courtrai, appelé par ses biographes le grand prédicateur, le grand écrivain et le grand saint. Pendant ses quarante années environ d'apostolat, il prêchait souvent deux et trois fois par jour, et plusieurs personnages très dignes de foi assurèrent l'avoir vu en chaire, surtout lorsqu'il parlait de la Passion, le visage resplendissant de lumière et le front couronné d'une étoile d'une merveilleuse beauté. Pour propager dans le peuple les pratiques de la vie chrétienne et particulièrement l'amour des souffrances du Sauveur et de sa sainte Mère, le P. Andries composa et répandit à profusion une multitude de courts et pieux opuscules, entre autres, son petit livre des Deux clefs du ciel ou L'acte d'amour de Dieu et de contrition, traduit presque aussitôt en six langues, et distribué en peu de temps à plus de cent cinquante mille exemplaires ; et celui de La croix perpétuelle de Jésus depuis son incarnation jusqu'à sa mort, dont les libraires vendirent cinquante mille exemplaires en un an. Grâce au concours empressé d'un pieux évêque, très zélé pour la gloire divine, et au désintéressement de quelques généreux chrétiens, le P. Andries était parvenu à mettre ses traités à la portée des bourses les plus modestes, bien qu'ils fussent enrichis de nombreuses gravures ; et pour n'en citer qu'un exemple, dont il a conservé le souvenir
dans une de ses préfaces, il faisait donner pour deux sous et même moins, son opuscule orné de cinquante-deux images, sur Ce qui est nécessaire au salut, de nécessité de précepte et de moyen.
Au milieu de ses travaux, que la prière seule venait interrompre, ou plutôt qu'elle accompagnait sans cesse, le P. Andries était toujours à la pleine et entière disposition du prochain, particulièrement des Nôtres qui recouraient à sa charité ; nul ne l'abordait sans être pénétré du vif sentiment de la présence de Dieu, qui respirait dans sa personne. Un de ses délassements les plus doux était de se mêler à la conversation des Frères Coadjuteurs ou des novices, et de partager leurs travaux.
Ce saint homme était surtout une vive image de Jésus crucifié. Bien qu'il choisît souvent pour se maltraiter le temps de la nuit et lavât soigneusement lui-même son linge taché de sang, il ne parvenait à dérober par ce pieux artifice, qu'une faible partie de ses austérités. Dans ses voyages môme et en chaire, il était toujours armé d'un cilice ou d'une chaîne de fer ; il lui arriva pendant des mois entiers de ne boire qu'une seule fois le jour, pour ressentir quelque chose de la soif du Sauveur sur la croix. A ses derniers moments, le P. Andries ne cessait de coller ses lèvres sur les plaies du crucifix, et ce fut en répétant plusieurs fois: Au ciel! au ciel! qu'il expira. Il était âgé de soixante-dix ans et en avait passé cinquante-deux dans la Compagnie.
SoTUELLus, Biblioth., p. 515. — Sommervogel, Biblioth., t. 1, p. 373. — Nadasi, Ann. dier. menior., 21» dec, p. 337. — Drews, Fasti, 21* «o(^., p. 457. — Patrignani, MenoL, 21 «oc, p. 157. — Paquot, Mémoires, t. 12, p. 286.